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Des infirmières sonnent l’alarme

La qualité des soins est menacée par la surcharge de travail, dénoncent-elles

Il faut revoir le ratio infirmière/patients si l’on veut donner une qualité de soins, selon Nancy Hogan (au centre). À ses côtés, Marie-Ève Chabot et Pascal Beaulieu, aussi infirmiers à l’hôpital de l’Enfant-Jésus.
Photo Le Journal de Québec, Jean-François Desgagnés Il faut revoir le ratio infirmière/patients si l’on veut donner une qualité de soins, selon Nancy Hogan (au centre). À ses côtés, Marie-Ève Chabot et Pascal Beaulieu, aussi infirmiers à l’hôpital de l’Enfant-Jésus.

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À bout de souffle, les infirmières québécoises lancent un cri d’alarme au sujet de la dégradation des soins, révèle une étude percutante sur les difficiles conditions de travail de ces soignantes.

«On n’est même plus capable de donner des soins de base. C’est déprimant et décourageant. Il faudrait bouger les patients alités toutes les deux heures, mais ça ne se fait plus. On leur met des culottes d’incontinence, pour gagner du temps. J’ai même déjà vu des infirmières contentionner des patients, parce qu’ils voulaient juste aller aux toilettes», dénoncent des infirmières, à propos de la surcharge constante.

Patrick Martin, professeur en sciences infirmières et infirmier.
Photo Le Journal de Québec, Jean-François Desgagnés
Patrick Martin, professeur en sciences infirmières et infirmier.

Dans le cadre de sa thèse de doctorat, Patrick Martin, professeur à la Faculté des sciences infirmières de l’Université Laval, a donné la parole à une quarantaine d’infirmières engagées provenant de différentes régions du Québec et de divers milieux de soins.

Le constat est troublant. Obligées quotidiennement d’éteindre des feux, les infirmières ont le sentiment d’avoir perdu l’essence même de leur profession, la compassion et la relation d’aide avec leurs patients.

En mode survie

«Elles sentent que ce pour quoi elles sont devenues infirmières est relégué au second plan. Elles se font bouffer par la machine. On voit beaucoup de colère, d’impuissance. Les infirmières ne savent plus trop où donner de la tête», observe le professeur Martin, qui n’hésite pas à parler de dérive des soins.

Un patient est anxieux, mais on n’a pas le temps de le réconforter. On lui donne un petit Ativan et on passe à un autre patient, déplore une infirmière.

Les soignantes montrent du doigt le manque récurrent d’infirmières au sein des milieux de soins, le manque de contrôle sur leur propre profession ainsi que le manque de reconnaissance et de respect à leur égard. «Les infirmières sont négligées et elles négligent leur santé pour le bien-être des patients. Les gestionnaires tiennent pour acquis que, peu importe la surcharge, elles vont sauver les meubles. Si un incident survient, ce sont les infirmières qui en portent l’odieux», analyse Patrick Martin.

Omerta

À sa grande surprise, la peur est beaucoup ressortie lors des entrevues réalisées.

«Cela se décline de différentes façons, peur de parler ou de recourir à son syndicat par crainte de représailles, peur de commettre des erreurs à cause de la fatigue, peur du jugement des collègues», constate M. Martin.

À bout de souffle

«Souvent, les chefs d’unité, on va dire les vraies affaires, on les envoie à la guerre avec des cuillères.»

– Une infirmière

«J’ai été témoin quotidiennement de prescriptions non remplies, de prises de sang qui ne sont pas faites ou de pansements changés une fois par jour au lieu de trois, parce qu’on manque de temps.»

– Un infirmier

«On a 13 civières (à l’urgence psychiatrique). L’autre fois, on a eu 41 patients! On fait une demande en surplus d’infirmières, mais on ne les a pas, les trois quarts du temps. Le message de l’employeur, souvent, c’est d’aller aux priorités. Ça devient choquant.»

– Une infirmière

«Il faut revoir les ratios infirmière/patients qui sont trop élevés, si l’on veut donner des soins de qualité. C’est ce qu’on revendique depuis un bon moment.»

– Nancy Hogan, vice-présidente du Syndicat des professionnels en soins au CHU de Québec

«Cela ne s’en va pas pour le mieux. On est en train de perdre nos soins. Les heures supplémentaires obligatoires sont des mesures d’exception qui sont devenues des méthodes de gestion.»

– Patrick Martin, professeur en sciences infirmières et infirmier

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