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Avertissement: cette chronique utilise des enfants

Avertissement: cette chronique utilise des enfants
illustration benoit tardif, colagene.com

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Comme beaucoup d’autres auteurs, je passe mon temps à piger dans mes propres souvenirs ­d’enfance pour exprimer ce qui me tracasse. Ce sont souvent les textes que les lecteurs préfèrent. Il est manifeste que l’enfance nous fascine sans discontinuer. Sa fragilité, mais aussi ce qu’on interprète comme une certaine pureté, nous touche de façon toute particulière. C’est peut-être pour ça qu’on utilise tant les enfants.

Comme beaucoup d’autres auteurs, je passe mon temps à piger dans mes propres souvenirs ­d’enfance pour exprimer ce qui me tracasse. Ce sont souvent les textes que les lecteurs préfèrent. Il est manifeste que l’enfance nous fascine sans discontinuer. Sa fragilité, mais aussi ce qu’on interprète comme une certaine pureté, nous touche de façon toute particulière. C’est peut-être pour ça qu’on utilise tant les enfants.

Ces temps-ci, je suis assaillie par une pub Internet qui fait la promotion d’un gâteau industriel au chocolat en mettant en scène un petit garçon gourmand qui attaque son dessert sous différents angles.

À force de voir ce clip, je suis évidemment allée m’acheter du gâteau industriel. Mais j’ai aussi réalisé que si la Loi sur la protection du consommateur du Québec interdit la publicité qui s’adresse directement aux ­enfants, elle n’interdit pas la publicité qui utilise les enfants pour s’adresser aux adultes. Les exemples sont nombreux, des chaînes de restauration rapide au yaourt en passant par les prêts hypothécaires, le «trop cute» des enfants fait vendre de tout.

Les enfants politiques

Et la politique ne fait pas exception à cette utilisation. Lorsque j’étais enfant (décidément, on ne s’en sort pas), la ­caravane d’un parti politique stationnée dans la cour de l’école primaire avait créé tout un émoi. Mes collègues et moi en étions plutôt excités; tout cela avait des relents de gens riches et célèbres peut-être aperçus à la télévision. Mais quand j’ai raconté ça aux adultes autour de moi, ils sont tombés dans une colère noire: ça ne se faisait pas d’aller ainsi tenter de séduire les enfants! L’histoire ne dit pas si les adultes qui m’entouraient auraient réagi pareillement si nous avions eu la visite du parti pour lequel ils votaient...

D’autres exemples? Rappelons-nous que le matin du 11 septembre 2011 George W. Bush faisait la promotion de sa politique éducative dans une classe où les enfants lui faisaient leur spectacle de chien savant. Et en faisant une recherche rapide, j’ai trouvé en quelques secondes des clichés de chacun des chefs des partis fédéraux pavant avec des ­enfants. Toutes ces mises en scène ne sont pas illégales, mais il faut bien admettre qu’elles utilisent les enfants.

Les enfants de la cause

Alors quand on me dit que les calmes manifestations pour protester contre les coupes dans les écoles publiques sont une façon d’utiliser les enfants, vous m’excuserez de hausser les épaules. On les utilise pour nous séduire constamment. Ils nous vendent de la malbouffe, des prêts hypothécaires, des partis politiques et même des causes humanitaires. On les paie, on les pavane, on les ­photographie sous tous leurs angles et souvent au bénéfice de sujets auxquels ils ne connaissent rien. Alors je ne vais pas pleurer sur le fait qu’on demande à certains enfants de se tenir debout pour une cause qui les concerne directement.

Que le parti au pouvoir ne s’inquiète pas trop: en temps et lieu ils retrouveront des enfants disponibles pour poser avec eux. Et leur équipe de communication ne trouvera rien de trop grave à utiliser des enfants puisque la cause leur paraîtra bonne.