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Inondations au square Chaboillez dans Griffintown

1886

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Avant Après
photo courtoisie, Bibliothèque et Archives Canada, c020777
Photo Le Journal de Montréal, Pierre-Paul Poulin

 

Montréal ou Venise ?

photo courtoisie Bibliothèque et Archives Canada, c020777

Les erreurs écologiques ne datent pas d’hier. Au printemps 1886, Montréal connaît la pire inondation de son histoire. Atteignant un mètre vingt, la crue inonde toute la vieille ville au sud de la côte du Beaver Hall. Depuis 1860, les coupes de bois sont excessives dans la région de la rivière des Outaouais. Sans couvert forestier, la neige fond très rapidement et gonfle le débit du fleuve. Poussées par le courant Sainte-Marie, les glaces s’entassent dans le port, créant une véritable muraille qui détourne l’eau vers les secteurs les plus bas de la ville, comme Griffintown. Les familles ouvrières voient leur rez-de-chaussée inondé, de même que les lieux d’aisance extérieurs, et les meubles sont déménagés à la hâte au premier étage. Près du square Chaboillez, la gare du Grand Tronc est paralysée. Les usines cessent de fonctionner. Imaginez les dégâts: moisissures, insalubrité, chômage, et ce, moins d’un an après une grave épidémie de variole. Pour protéger la ville de la débâcle des glaces printanières, on construit entre 1891 et 1898 la jetée du Havre (où se trouve maintenant Habitat 67).

 

Le carré Chaboillez

photo courtoisie Bibliothèque et Archives Canada, c020777

De sa lumière au gaz, la lanterne victorienne éclaire les promeneurs noctambules traversant ce carrefour bigarré. Carré ou square, Chaboillez n’en a que le nom. Davantage d’une forme triangulaire, le square, à l’époque, est situé aux intersections des rues Notre-Dame Ouest, Saint-Maurice et Saint-Albert (maintenant disparue). Le square Chaboillez est un carrefour très densément peuplé et animé. Les voyageurs descendant des trains du Grand Tronc y trouvent plusieurs hôtels et restaurants. Commerces variés et débits d’alcool se côtoient, mais gare aux désordres! La police veille. Incapable d’épeler «Chaboillez», Louis Cyr, alors policier, a traîné la carcasse d’un cheval sur la rue Notre-Dame pour simplifier l’écriture de son rapport. Après l’exil progressif des populations, à cause de la désindustrialisation du quartier au XXe siècle, le carré perd son animation. En changeant son orientation de l’est vers le nord en 1954, la Ville réaménage le square en stationnement pour la gare du CN. Remplacé par le planétarium Dow bâti à l’occasion de l’Expo 67, le square Chaboillez renaît du côté de la rue Saint-Jacques.

 

Sous les toits montréalais

photo courtoisie Bibliothèque et Archives Canada, c020777

Bien alignées, les trois demeures en toile de fond résument un siècle d’histoire du logement ouvrier. Celle de gauche possède un toit à pignon typique de la maison villageoise rurale, bien présente jusqu’en 1850. Lui succède celle du milieu, la maison à mansarde, qui offre un espace de rangement ou de logement supplémentaire sous le toit. Suit la troisième, populaire depuis 1875, avec son toit plat imperméabilisé au goudron, ici masqué par de fausses mansardes. Ces demeures n’offrent pas les meilleures conditions de vie. Dans Griffintown, une famille de huit personnes en moyenne y habite par étage. Au tournant du XXe siècle, la moitié des logis ne possèdent que des latrines sèches en arrière-cour. La promiscuité, l’insalubrité et le peu de lumière, d’air frais ou d’accès à la verdure choquent les réformateurs de l’époque, comme Herbert Brown Ames. Cet industriel fait donc construire en 1897 l’un des premiers logements sociaux à Montréal: le Diamond Court. Au 1010 rue William, 39 familles deviennent alors les rares résidents de Griffintown à avoir accès à toutes les commodités modernes que seuls les plus riches pouvaient alors se permettre.


♦ Pour en savoir plus sur le quotidien des familles ouvrières, visitez dès le 24 septembre la nouvelle exposition du Centre d’histoire de Montréal, Dans Griff.