/news/society
Navigation

Électrochoc après Electrolux

Le taux de chômage ne dit pas tout. Il indique le nombre de personnes qui se cherchent un emploi, mais omet tous ceux qui ont déniché un travail moins payant qu’avant. Le Journal a découvert plusieurs cas qui pourraient laisser croire que le Québec s’appauvrit.

baisse de salaire
Photo Katherine Boisvert Éric Massé et Daniel Comtois, deux ex-collègues de l’usine d’Electrolux, à L’Assomption, ont connu un parcours semé d’embûches depuis leur mise à pied en juillet 2014.

Coup d'oeil sur cet article

JOLIETTE | Lors de la fermeture de l’usine Electrolux de l’Assomption en 2014, 1300 travailleurs ont perdu leur bon salaire. Plusieurs d’entre eux vivotent depuis dans des emplois précaires. Devant les factures qui s’accumulent, certains ont tenté de se suicider.

C’est le cas d’Éric Massé, 43 ans, qui avait décidé de quitter le navire Electrolux trois mois avant la fermeture. Il se doutait qu’au moment de la fermeture, ce serait plus difficile de se replacer en raison de l’abondance de main-d’œuvre qui deviendrait disponible.

«J’avais une chance d’aller travailler ailleurs, alors je l’ai prise. Mais ça n’a pas fonctionné. J’ai fait deux semaines et on m’a remercié. L’employeur trouvait que je n’étais pas assez rapide», se rappelle-t-il avec tristesse.

Celui qui possède un DEP et un ASP en électrotechnique a finalement trouvé un autre emploi. «Mais après Noël, il y a eu une petite baisse de production. Encore une fois, j’ai été mis à pied. En mars 2015, je suis tombé sur l’aide sociale.»

Il y a quelques mois, Éric Massé a fait une tentative de suicide. «Je me suis retrouvé à l’hôpital, et, à ma sortie, on m’a offert une rencontre avec un orienteur. Je fais maintenant des démarches pour retourner aux études», raconte M. Massé avec fierté.

«Electrolux, je pensais rester là jusqu’à la fin de mes jours. On avait de bons salaires et de bonnes conditions», conclut M. Massé.

Trop d’expérience

De son côté, Daniel Comtois a travaillé chez Electrolux pendant 12 ans. Il tente toujours de retrouver des conditions qui lui permettraient de maintenir son rythme de vie. «J’envoie de 20 à 25 curriculum vitæ par jour et le téléphone ne sonne pas», raconte le résident de Joliette.

Après la fermeture de l’usine, il est retourné sur les bancs d’école pour obtenir son équivalence de 5e secondaire, puis il a entrepris sa recherche d’emploi.

«J’ai eu énormément d’entrevues, j’ai passé des examens médicaux. Les processus s’échelonnent sur un mois, avec un examen par semaine. Sans succès jusqu’à présent», raconte celui qui était pourvoyeur coordonnateur en chef.

«Des fois, on me dit que j’ai trop d’expérience pour ce qu’ils ont à offrir comme poste», souligne l’homme de 45 ans.

Son ex-collègue, Éric Massé, abonde dans le même sens. «Je serais prêt à accepter un salaire moindre. Mais soit j’ai trop d’expérience, soit je n’en ai pas assez», explique celui qui était inspecteur-visuel.

Sur l’aide sociale

Daniel Comtois a eu accès à l’assurance emploi, mais ses prestations ont pris fin durant l’été. Il a dû marcher sur son orgueil pour obtenir des prestations d’aide sociale. «Le montant que je reçois ne représente que les trois quarts des factures que j’ai à payer», déplore-t-il.

M. Comtois a deux enfants, dont une fille de 18 ans qui étudie au cégep. «C’est rendu que ma fille va travailler le soir pour nous aider à payer nos factures, s’attriste le père de famille. Je suis rendu un fardeau pour elle.»

 

Viser le minimum nécessaire pour ne pas tout perdre

<b>Nancy Laroche</b><br />
Campus Emploi
Photo Katherine Boisvert
Nancy Laroche
Campus Emploi

Les cofondateurs d’un organisme qui aide les personnes ayant perdu leur emploi voient tous les jours le drame qui afflige les travailleurs vivant dans l’angoisse d’une perte importante de revenus.

«Les gens d’Electrolux avaient un train de vie qui allait avec leur salaire de 20 à 22 $ de l’heure. Et quand ils retombent au salaire minimum, c’est un gros deuil. Surtout s’il leur reste encore la moitié de leur carrière à faire», souligne Marcel Paradis Jr, cofondateur de Campus Emploi à Joliette.

«Souvent, ils ont des maisons et ils ne veulent pas tout perdre. Pour leur recherche d’emploi, on peut aller chercher un emploi avec un taux horaire minimal à partir duquel ils peuvent conserver leur maison et leur voiture», explique M. Paradis. 

Réalité cruelle

Selon M. Paradis et sa collègue Nancy Laroche, les gens qui se retrouvent sans emploi après avoir travaillé pendant plusieurs années dans la même entreprise ne connaissent plus la réalité du marché du travail, qui a beaucoup changé depuis quelques années.

Et cette réalité peut être cruelle, surtout lorsque ça fait 15 ans que l’on travaille au même endroit. 

L’organisme offre des ateliers pour montrer aux travailleurs comment bien se présenter. 

«Ils prennent un temps de réflexion pour eux. Ce n’est pas de la théorie, indique Mme Laroche. On se sert toujours de ce qu’ils vivent pour faire passer notre contenu.»

Succès

Après avoir été un projet-pilote durant quatre ans, Campus Emploi connaît aujourd’hui un véritable succès, au point de devoir refuser des participants. 

«Ce qui nous distingue, c’est le sentiment d’appartenance. Nos premiers clients reviennent nous voir. Ils savent qu’ici, ils vont être écoutés», conclut M. Paradis.

 

Brèves

Vous désirez réagir à ce texte dans nos pages Opinions?

Écrivez-nous une courte lettre de 100 à 250 mots maximum à l'adresse suivante:

Vous pouvez aussi nous écrire en toute confidentialité si vous avez de l'information supplémentaire. Merci.