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Abolir les cégeps ?

Abolir les cégeps ?
Photo Le Journal de Québec, Simon Clark

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 Je suis coupable : j’ai obtenu mon diplôme collégial pré-universitaire en 5 sessions. Je n’entre donc pas dans la « case » des 32% de cégépiens qui ont terminé dans les délais prévus, comme le mentionnait le Journal de ce matin.  Comme plusieurs d’entre nous, ma prolongation s’explique par un changement de programme et d’établissement en cours de parcours. Non, je n’ai pas perdu mon temps au cégep et oui j’y ai appris une bonne partie du bagage culturel que j’ai aujourd’hui.

 

À lire certains commentaires aujourd’hui, plusieurs de ceux qui prolongeraient leur laps de temps seraient des « paresseux » ou des fainéants alors que nous sommes assez loin, dans la majorité des cas, du cas du mythique cégépien éternel. D’ailleurs, existe-t-il hors des légendes urbaines de Mononcle Roger, celui-là ?

 

Sur certaines tribunes,  on va même jusqu’à réclamer l’abolition des cégeps, un modèle unique au monde et qui a fait ses preuves depuis 1967, année à laquelle ces établissements ont été crées,  après la publication du Rapport Parent. Ces établissements permettant aux jeunes Québécois d’accéder à la formation post-secondaire, et ce, à un prix dérisoire. C’est aussi un modèle qui permet aux régions de garder leurs jeunes plus longtemps, et à certaines de mettre sur pied des programmes uniques et particuliers, en en faisant l’un des centres de savoir de plusieurs villes de régions québécoises. Je pense par exemple à Art et Technologies des médias, à Jonquière.

 

Mettre la hache dans les cégeps est un sujet qui revient souvent dans l’actualité.  Et pourtant !  Vouloir réduire toujours et encore plus la formation fait de nos établissements d’éducation supérieure, permettant de diplômer plus rapidement, plus efficacement afin d’être plus rapidement  payeur de taxes... beau projet de société.  L’objectif de nos cégeps ne devrait pas être celui de “l'éducation marchande” où l'on forme une main-d'oeuvre spécifiquement liée aux besoins du marché, mais bien un lieu de transmission de culture et de savoirs. Un lieu où l'on instruit des citoyens plutôt que des travailleurs, des gens qui peuvent penser et réfléchir par eux-mêmes. La formation de base commune, contenant entre autre la philosophie et la littérature permet un socle de connaissances culturelles et de culture générale à tous ceux qui passent par les murs des cégeps. Les cégeps sont des joyaux québécois, une étape de transition importante vers l’université et une façon de former adéquatement des techniciens de tous secteurs.

 

Est-ce qu’il y a des lacunes ? Évidemment Est-ce qu’il y a matières à amélioration ? Assurément. Est-ce une raison pour tenter de les abolir ? Absolument pas. Les mesures d’amélioration y ont leur place, comme à l’université ou encore au secondaire.

 

D’un autre côté, une autre question est sous-jacente au taux de diplomation collégiale mérite d’être soulevée, bien qu’elle soit tabou: est-ce que tous les jeunes qui entrent au cégep sont prêts à y être ? Est-ce que tous ceux qui diplôment du secondaire devraient l’être ? Est-ce que tous les jeunes qui entrent au cégep ont le bagage nécessaire pour y réussir ? La réponse est assez simple : non. On s’évertue quand même à ne valoriser que ce parcours, alors qu’il n’est pas fait pour tout le monde. À mon avis, nous valorisons trop le sacro-saint parcours cégep + université au détriment, par exemple, d’un parcours en formation professionnelle au niveau du secondaire, où on offre des tonnes de formations intéressantes, payantes et offrant d’excellentes perspectives d’emplois. Pourtant, nous en entendons très peu parler, alors qu’on sait qu’un plombier peut facilement avoir des conditions salariales beaucoup plus intéressantes que certains diplômés universitaires.

 

Une évidence s’impose : nous pourrions mieux préparer l’éveil à la vie professionnelle des jeunes lors du secondaire. Est-ce une raison pour abaisser continuellement les exigences d’admission au cégep ? Plutôt que de chercher à rendre l’entrée toujours plus facile, il faudrait peut-être afin valoriser les cheminements alternatifs personnalisés, permettant à tous les jeunes Québécois de pouvoir exercer là où ils excellent, là où ils se plaisent et là où ils se réaliseront, peu importe de quel niveau ils seront diplômés.

 

 

 

 

 

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