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Le libre claque la porte

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L’Association Professionnelle des Entreprises en Logiciels Libres (APELL) a annoncé mardi qu’elle se retirait du conseil consultatif québécois des technologies de l’information.

Ce conseil a été créé l’an dernier par Martin Coiteux. Il regroupe 16 acteurs majeurs dans le domaine informatique au Québec (organismes, ministères, associations d’entreprises privées). Il a été créé afin d’épauler le gouvernement dans sa réforme en informatique.

L’APELL faisait aussi partie de la troupe, mais c’est terminé.

La cause ? L’APELL dénonce le nouveau projet de règlement sur les marchés publics présentement à l’étude.
L’APELL précise ne pas juste dénoncer, mais dénoncer «avec la plus grande énergie» le projet qui «s'il était adopté, constituerait un grave recul pour le Québec, son économie et la capacité pour son administration à se moderniser».

«Ce projet de règlement, s'il était adopté tel que présenté, renforcerait les positions dominantes du très petit nombre de fournisseurs ayant déjà accès aux marchés publics, réduirait encore la
concurrence (déjà pratiquement inexistante), renforcerait la mainmise d'un petit groupe de multinationales sur nos systèmes d'information et ne permettrait pas aux petites et moyennes entreprises québécoises d’accéder aux marchés publics. S'il était adopté tel que présenté, ce projet de règlement ne permettrait pas à l'État d'obtenir les meilleurs biens et services aux meilleurs prix, ni d'accéder aux technologies les plus innovantes, ni de créer les conditions pour réaliser demain avec succès les grands projets numériques nécessaires à la modernisation de l'administration publique», ajoute l’APELL, présidée par une voix importante du logiciel libre au Québec, soit Cyrille Béraud, de Savoir Faire Linux

Le gouvernement critiqué

L’APELL est plutôt cinglant envers le gouvernement actuel : «après un an et demi d'immobilisme, le Conseil du trésor, dont l'essentiel des décisions en la matière se résume au démantèlement du Centre d'expertises en Logiciels libres du CSPQ, s'apprête à faire adopter un règlement sur les marchés publics avant même le dépôt d'une loi sur la gouvernance des TI au sein du gouvernement et des organismes publics. Il s'agit là, d'après nous, d'un véritable détournement du processus démocratique parlementaire».

La «politique gouvernementale proposée» mènera «Québec dans une impasse», ajoute l’association.

«C’est d'abord au Premier Ministre, Monsieur Philippe Couillard, que nous nous adressons : Les orientations que s'apprêtent à imposer un petit groupe de hauts fonctionnaires
(...) ne sont pas conformes à ce que vous souhaitez ni ne correspondent aux objectifs ambitieux et modernes que vous avez construits avec les militants de votre parti avant même votre élection et, par la suite, au cours du Conseil Général du Parti Libéral du Québec de 2014 dédié aux questions liées au numérique, puis réitérées lors du Forum des idées».
L’APELL fait ainsi référence à l’annonce de M. Couillard sur un plan numérique.

«Cette politique de changement, dont le Québec a urgemment besoin, Monsieur le Premier ministre, ne pourra trouver sa légitimité que si elle est menée sous votre autorité».

Le PQ réagit

« C’est aberrant ce qui se passe», commente le député du Parti québécois, Alain Therrien, visiblement déçu par cette impasse entre Québec et l’industrie du logiciel libre. Le PQ talonne souvent le gouvernement sur l’importance de l’intégration des logiciels libres dans l’informatique gouvernementale québécoise.

« Quand on parlait des solutions pour améliorer les dossiers informatiques au Québec, un des grands problèmes, c’était les appels d’offres qui favorisent souvent les mêmes grandes entreprises. Et là, on voit un groupe faire un sortie virulente pour dire qu’on s’en va encore dans cette avenue là», s’inquiète-t-il.

Le gouvernement étonné

Du côté gouvernemental, on se dit «surpris» de la réaction du l’APELL. « On est loin d’abandonner le logiciel libre», a commenté le cabinet du président du Conseil du trésor, Martin Coiteux.

L’attachée de presse de Martin Coiteux souligne que le projet de règlement en question et dénoncée par l'APELL n’est pas adopté et que le gouvernement poursuit les consultations.

On rappelle que le président du Conseil du trésor a conféré une place importante au logiciel libre dans sa réforme de l’informatique gouvernementale. Une mesure concerne la considération plus systématique du logiciel libre et une autre prévoit la création d’un catalogue des logiciels libres utilisés par les organismes publics.