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Protéger la dernière forêt vierge n’est pas une position idéologique

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Réplique à la lettre de M. André Tremblay (Conseil de l’industrie forestière)

Dans une lettre ouverte publiée dans le Journal de Montréal en date du 12 septembre dernier, le président du Conseil de l’industrie forestière du Québec, André Tremblay, a accusé Greenpeace de faire de la désinformation en demandant la protection de la forêt boréale située dans la Vallée de la Broadback. Dans son texte, ce dernier s’en prend également à notre communauté, la Première Nation crie de Waswanipi, nous qualifiant de «communauté dissidente» et nous accusant «de ternir la réputation du Québec et de nuire à une industrie de 110 000 emplois directs et induits». Parce que M. Tremblay fait exactement ce qu’il dénonce, c’est-à-dire de la désinformation, je me dois d’apporter quelques précisions.

Les Cris de Waswanipi sont les fiers et ardents défenseurs d’un territoire unique et riche. Depuis des siècles, mon peuple vit de la chasse et de la pêche, de l’exploitation et de la gestion des richesses du territoire, en plus de veiller sur le joyau environnemental que représente notre forêt ancestrale. La Nation crie est unie dans cette bataille pour la préservation et la protection de nos terres.

À la lisière de la taïga, la Vallée de Broadback constitue le refuge de nombre d’animaux nordiques en voie d’extinction comme le caribou forestier. C’est aussi notre territoire de chasse ancestral, fait de lacs, de forêts et de rivières, au sud-est de la Baie d’Hudson (800 km au nord de Montréal). Les plus récentes images satellite montrent que 90 % de ce territoire a déjà été coupé ou fragmenté par l’industrie forestière. Alors que plus de 33 000 km de chemins forestiers ont été construits sur notre territoire, les cicatrices laissées par l’industrie sont même visibles de l’espace.

Ce que nous dénonçons, avec l’appui de Greenpeace et de plusieurs autres, n’est pas l’exploitation forestière en tant que telle, mais bien les coupes qui sont prévues dans nos dernières forêts vierges, qui sont encore, à l’heure actuelle, sans protection.

Il ne s’agit pas d’une position idéologique, comme l’affirme M. Tremblay. Nous protégeons non seulement notre mode de vie et celui d’espèces menacées comme le caribou forestier, mais nous défendons par le fait même un territoire et un environnement au bénéfice des générations à venir.

C’est pourquoi nous travaillons avec plusieurs partenaires afin d’assurer que cette forêt soit enfin protégée. Nous invitons d’ailleurs les représentants de l’industrie forestière à venir nous rencontrer et à mieux comprendre notre position, qui est totalement légitime et raisonnable. Entre-temps, mon Conseil, à titre de gouvernement de la Première Nation crie de Waswanipi, a initié des discussions avec le gouvernement de la Nation crie et le gouvernement du Québec sur l’enjeu de la protection de ce territoire. Par ce processus, nous allons travailler à trouver des solutions.

Nous sommes la voix de ce territoire.

Marcel Happyjack
Chef de la Première Nation crie de Waswanipi