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Isabelle Racicot déplore le manque de diversité à la télé québécoise

Isabelle Racicot déplore la faible représentation des Noirs au petit écran québécois

Isabelle Racicot rêve du jour où une série sera articulée autour d’un personnage de couleur. «Au Québec, on n'a jamais vu ça… sauf Linda Malo dans Jasmine en 1996», souligne-t-elle.
Photo d’archives Isabelle Racicot rêve du jour où une série sera articulée autour d’un personnage de couleur. «Au Québec, on n'a jamais vu ça… sauf Linda Malo dans Jasmine en 1996», souligne-t-elle.

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Confortablement installée devant son téléviseur, Isabelle Racicot zappait entre les Gémeaux et les Emmy dimanche. Le contraste entre les deux grands-messes du petit écran était si saisissant qu’en cours de soirée, l’animatrice n’a pu s’empêcher de dénoncer la blancheur quasi immaculée du gala québécois sur Twitter.

«J’adore notre télé mais quand je regarde dans la salle des Gémeaux, il manque de diversité derrière et devant la caméra», a-t-elle écrit.

Bien que son message ait été partagé sur les réseaux sociaux, Isabelle Racicot affirme que c’est «un discours que personne ne veut entendre» présentement. En entrevue au Journal, l’animatrice explique que c’est en voyant plusieurs comédiennes afro-américaines monter sur scène aux Emmy pour récolter des trophées qu’elle a senti le besoin de souligner cette flagrante dichotomie.

«C’était spontané, explique-t-elle. J’étais incapable de ne rien dire.»

« Il y a beaucoup de travail à faire. » – Isabelle Racicot

Le vibrant discours de Viola Davis, première Noire à être sacrée meilleure actrice dans une série dramatique aux Emmy, a beaucoup résonné en elle, particulièrement quand la star de How to Get Away with Murder a souligné que «la seule différence entre les femmes de couleur et les autres, c’est les opportunités».

«C’était une déclaration d’une grande justesse, commente Isabelle Racicot. Tu ne peux pas gagner de trophées, tu ne peux pas être mise en nomination quand tu n’es même pas là.»

Retard au Québec

Contrairement au Québec, la télé américaine a fait des pas de géant au cours des dernières années concernant la représentation des minorités ethniques, souligne – avec raison – Isabelle Racicot. Les séries à la distribution majoritairement noire ne sont plus réservées aux chaînes spécialisées. En 2015, Empire cartonne sur FOX et Blackish brille sur ABC. Les fictions de Shonda Rhimes (Scandal, Grey’s Anatomy), qui présentent des distributions extrêmement diversifiées, connaissent également beaucoup de succès.

«C’est ce que je trouve le fun aux États-Unis, c’est qu’ils sont rendus au point où ils mettent des femmes de couleur en premier plan. Ils en sont arrivés là parce qu’un nombre de plus en plus grand de producteurs et d’auteurs sont noirs. La diversité derrière la caméra est tout aussi importante», indique la mère de famille.

Manque de sensibilité

Isabelle Racicot n’a jamais arrêté de travailler depuis ses débuts dans le milieu, en 1999. L’animatrice d’origine haïtienne, qui pilote cette année l’émission du midi à Rouge fm, sait qu’elle fait partie des privilégiés.

«Ce n’est pas une décision délibérée des diffuseurs, souligne-t-elle. Je ne suis pas en train de dire: “Oh mon dieu, ils excluent les Noirs.” Mais il y a un manque de sensibilité. On cherche rarement à savoir si tout le monde est bien représenté.»

«Quand tu es capable de nommer tous les Noirs qui travaillent devant la caméra, c’est parce qu’il y a un problème, surtout avec le nombre de chaînes et d’émission qu’on a...» poursuit-elle.

Pour l’avenir

Adolescente, Isabelle Racicot a délaissé la télévision québécoise pour celle des États-Unis, qui avait comme têtes d’affiche Oprah Winfrey et Bill Cosby, des personnalités auxquelles elle pouvait s’identifier. Dans une Belle Province de plus en plus métissée, le futur du petit écran, ébranlé par Netflix et internet, passe entre autres par une plus grande diversité en ondes, croit-elle.

«Si vous voulez que les jeunes Québécois qui viennent d’ici mais qui ont des parents d’origines variées restent à l’antenne, vous devez leur offrir une télé qui leur ressemble, parce que sinon, ils vont aller voir ailleurs. C’est normal. On cherche tous des modèles qui nous ressemblent. Ce n’est pas pour rien que depuis que P.K. Subban joue pour les Canadiens, mes enfants capotent sur le hockey. Ils n’ont jamais autant tripé! Quand ils ont vu P.K. donner 10 millions $ aux enfants malades, c’était comme s’ils voyaient leur grand frère poser un tel geste. Ils étaient énervés. Ils étaient gonflés à bloc!»

«La mère en moi veut que ses enfants aient des modèles à l’écran. Parce que ça joue sur l’estime de soi: quand tu ne te vois pas, tu as l’impression que tu ne vaux rien. J’en ai souffert plus jeune. J’aimerais que mes enfants ne vivent pas la même chose», conclut-elle.