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L’étoffe d’une championne

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Photo courtoisie, Zoomphoto Pool Geneviève Asselin-Demers a commencé à se faire connaître cette année sur le circuit en remportant chacune des épreuves des Courses Gourmandes auxquelles elle a participé.

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Geneviève Asselin-Demers, 27 ans, a remporté le Marathon de Montréal dimanche dernier. Celle qui se surnomme elle-même une «nobody» raconte sa jeune histoire, où la recherche de dépassement a mené vers un mur, et non pas celui de la mythique distance...

La veille du Marathon de Montréal, Geneviève Asselin-Demers a enseigné deux cours de spinning.

«Deux heures de spinning, c’est rien. Quatre heures au gym, ce n’est pas inhabituel pour moi», dit l’athlète de Repentigny.

Ingénieure de profession, Geneviève s’entraîne une vingtaine d’heures par semaine, se tirant du lit vers 4 heures du matin pour manger de l’asphalte avant sa journée de travail. Le soir, elle donne des cours de spinning ou s’adonne à ses propres entraînements au gym.

«Disons que je ne suis pas souvent chez moi», dit-elle en riant.

Son régime rigoureux a payé le week-end dernier. Il a permis à la coureuse qui en est seulement à sa deuxième année de course à pied de gravir la plus haute marche du podium du marathon.

À la recherche de limites

«J’ai été élite en canot, j’ai gagné des compétitions de vélo de route et de vélo de montagne, et, depuis 2 ans, c’est la course à pied», résume Geneviève Asselin-Demers.

«J’apprends et progresse très vite, alors ça me motive à percer et à voir jusqu’où je peux aller», ajoute l’athlète naturelle.

En 2012, la recherche de ses limites l’a confrontée... à ses limites.

«Ça allait, mon corps répondait bien, puis ça n’allait plus du tout», raconte la coureuse. Démotivée, insomniaque, pile à plat, humeur chancelante, concentration déficiente : la femme de 27 ans présentait tous les symptômes du phénomène de surentraînement.

Comme bien des athlètes d’endurance, Geneviève est excessive. «Pour gagner un marathon, il faut avoir ce côté qui vise les excès», pense-t-elle. Doser entre la surcharge bénéfique à la progression et celle qui mène le corps droit au mur n’est pas simple pour ceux qui recherchent la performance.

«C’est facile de se déséquilibrer», ajoute la coureuse.

De trop à mieux

«Le sport, ça a toujours été mon moyen de me libérer du stress. Ma soupape, quoi» dit Geneviève.

«En 2012, je subissais une grosse charge de stress lié à ma vie professionnelle et personnelle, alors je me suis mise à faire énormément de sport pour passer à travers. L’endorphine, c’est une drogue, et j’en voulais toujours plus», témoigne la marathonienne.

Son corps, lui, ne voulait plus rien savoir.

Ça lui a pris près de deux mois remonter la pente à petits pas.... et la voilà championne du Marathon de Montréal.

Geneviève Asselin-Demers s’entraîne encore énormément. Trop, même, diront certains. Mais derrière son volume d’entraînement impressionnant, surtout, maintenant, une nouvelle attitude:

«Avant, je donnais mon 100 % à chaque entraînement. Maintenant, je dose mieux et j’alterne entre les journées intenses et les journées relaxes. Je fais des intervalles, je pratique plusieurs sports pour diversifier les demandes sur mon corps et éviter de toujours le solliciter de la même façon. Surtout, je ne suis plus aussi stressée, je me connais mieux comme athlète, je mange et je dors mieux», explique l’athlète.

«À 21 h, je suis au lit», dit la jeune femme. Et à 4 h le lendemain, elle recommence...

 

Trop ?

«Le surentraînement, ce n’est pas de s’entraîner beaucoup, ou peut-être plus qu’on devrait le faire. C’est une condition médicale plutôt rare, mais très grave», dit Guy Thibault, docteur en physiologie de l’exercice et spécialiste des sports d’endurance.

«Le corps s’adapte à l’entraînement en s’améliorant. Mais si la charge d’entraînement est trop élevée – séances trop longues, trop intensives, trop fréquentes, sans un repos suffisant – l’organisme n’est plus en mesure d’avoir une réponse positive au stress... et c’est là que les problèmes commencent», ajoute M. Thibault.

Tout stress... est stressant

Le corps ne fait pas non plus de distinction entre le stress relié à la charge d’entraînement ou celui qui découle d’une situation professionnelle exigeante ou d’un drame personnel.

«Le corps réagit exactement de la même façon face à un stress heureux ou face à un stress malheureux. Perte d’emploi ou promotion, c’est du pareil au même: l’organisme en paie le prix», donne en exemple le docteur en physiologie du sport.

S’entraîner coûte que coûte, sans égard sur la charge physique et mentale du quotidien, peut mener tout droit vers l’épuisement. «Un bon entraîneur élabore et modifie régulièrement le plan d’entraînement en tenant compte de toutes les facettes de la vie d’un athlète», explique Guy Thibault.

Trop ? Les indices

«Cela peut paraître curieux d’un docteur en physiologie du sport, mais même après des décennies d’étude du corps pour comprendre les signes avant-coureurs d’un surentraînement, il demeure que ce sont les indices psychologiques qui sont les plus probants», dit Guy Thibault.

Afin d’évaluer sa fatigue et freiner la chute vers le surentraînement, il est utile de noter chaque jour son état mental et de chiffrer sa motivation de 0 à 10. Quand le degré d’entrain diminue et qu’on se sent plus déprimé, drapeau rouge: le repos est de mise!

Il a été aussi remarqué que les fréquences cardiaques au repos deviennent plus élevées lorsqu’un athlète est fatigué et que son système immunitaire est à plat. La prise quotidienne des fréquences cardiaques peut ainsi être un bon indice pour savoir quand un repos serait de mise.