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Martin St-Louis: heureux papa à temps plein

Il dirige ses fils au Connecticut et le hockey de la LNH ne lui manque pas

Martin St-Louis dirige maintenant les équipes de hockey de ses fils Ryan, Mason et Lucas, au Connecticut. On aperçoit aussi son épouse Heather et son père Normand.
Photo d'Archives, AFP Martin St-Louis dirige maintenant les équipes de hockey de ses fils Ryan, Mason et Lucas, au Connecticut. On aperçoit aussi son épouse Heather et son père Normand.

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Pour la première fois en plus de 25 ans, Martin St-Louis ne participe pas à un camp d’entraînement d’une équipe de la Ligue nationale de hockey en septembre.L’athlète de 40 ans originaire de Laval a annoncé sa retraite au début de l’été, mettant un terme à une brillante carrière de 16 ans dans la LNH, au cours de laquelle il a dépassé toutes les attentes.

Son père, Normand, n’a rien oublié de l’époque où même les équipes de calibre junior majeur avaient levé le nez sur son fils, le forçant à aller jouer pour les Hawks de Hawkesbury, dans un circuit junior A.

«Lorsque les recruteurs analysent le rendement d’un joueur au petit gabarit [5 pi 7 po], ils le suivent pendant une dizaine de matchs et s’il a le malheur d’en connaître un mauvais, ils en tirent la conclusion qu’il est trop petit pour jouer dans la LNH», aime-t-il raconter.

«Lorsque ces mêmes dépisteurs surveillent un joueur au gros gabarit pendant 10 matchs, si ce dernier finit par en connaître un bon, ils en déduisent qu’il jouera dans la LNH. Voilà la différence.»

Il aurait pu continuer

Si Martin St-Louis a déjoué tous les dépisteurs qui n’ont pas cru en lui en amassant un total de 1033 points en 1134 matchs de saison régulière dans la LNH, sans oublier sa récolte de 90 points en 107 rencontres éliminatoires, il a surpris bien des gens en annonçant sa retraite, le 2 juillet.

On aurait cru qu’il poursuivrait l’aventure pour une 17e saison. Après tout, n’avait-il pas récolté 21 buts et 52 points en 74 matchs avec les Rangers la saison dernière, tout en présentant un différentiel de +12?

Le Journal de Montréal a joint St-Louis à son domicile situé à Riverside, au Connecticut. Il revenait à la maison après avoir dirigé une séance d’entraînement de l’équipe pour laquelle évolue son fils de 10 ans, Lucas.

Et lorsqu’il n’est pas sur la glace avec Lucas, il l’est avec ses deux autres garçons, Ryan (12 ans) et Mason (7 ans). St-Louis affirme qu’il n’a pas le temps de s’ennuyer à la retraite.

Au lieu de te préparer pour une nouvelle saison dans la LNH, tu te retrouves à la maison. Risques-tu de t’ennuyer ?

«Je n’ai même pas le temps d’y penser tellement je suis occupé avec mes trois gars qui jouent au hockey dans la région. Récemment, mes enfants ont participé à un gros tournoi à Boston et j’ai été appelé à “coacher” neuf matchs durant la même fin de semaine! Je suis derrière le banc pour toutes les rencontres que dispute Lucas dans la catégorie atome avec les Rangers junior de Mid Fairfield. Je dirige aussi des entraînements avec les équipes de Ryan et de Mason lorsque mon horaire me le permet. À bien y penser, je passe pratiquement plus de temps sur une patinoire que lorsque je jouais dans la LNH! Il y a les pratiques, les matchs et les tournois. Ça m’occupe six jours par semaine. On se promène un peu partout: Toronto, Buffalo, Pittsburgh, Boston. J’accompagnerai d’ailleurs Ryan au prochain tournoi pee-wee de Québec.»

Dirais-tu que la décision de te retirer a été difficile à prendre ?

«Pas vraiment. J’étais joueur autonome et j’ai reçu des offres [il préfère ne pas nommer les équipes], mais ma décision était déjà prise. Le cœur n’y était plus. À 40 ans, il n’y a rien de plus important à mes yeux que la famille. Mon plus vieux est âgé de 12 ans et ce sera bientôt un adolescent. J’ai souvent été absent durant les 12 premières années de sa vie et je ne veux plus rien manquer. J’ai la chance de faire cela, de jouer le rôle de papa à temps plein.»

Ne crains-tu pas d’avoir des regrets ?

«Si j’avais été égoïste, j’aurais poursuivi ma carrière. Mais le moment était venu de privilégier la famille et je ne peux pas regretter ma décision. Lorsque je jouais, je parvenais difficilement à décrocher du hockey lorsque je me retrouvais à la maison. Si j’avais continué, j’aurais fait payer le prix à mon épouse Heather et aux enfants. Ils ont davantage besoin de moi que la LNH a besoin que je sois sur la glace. Il n’y a que l’esprit de camaraderie qui risque de me manquer.»

Tu sembles apprécier le métier d’entraîneur. Serais-tu tenté de vivre l’expérience au niveau professionnel ?

«Non. Le métier d’entraîneur demande qu’on y consacre plus de temps que lorsqu’on est joueur. Les journées sont longues. Je veux profiter de la vie, jouer au golf quelques fois par semaine, voyager en famille. Le temps file si vite. Ces moments passés auprès de mes enfants sont précieux. Dans quelques années, ils auront quitté la maison pour aller à l’université, comme je l’ai fait au Vermont. Il faut en profiter présentement.»

Est-il difficile de diriger son propre fils ?

«Oui. On ne veut pas le traiter différemment des autres joueurs. Je veux aider mes garçons à développer leurs habiletés. J’aime les motiver, mais je dois aussi faire preuve de prudence pour ne pas exagérer quand je leur refile des conseils. Les enfants doivent s’amuser en jouant au hockey. Ils sont trop jeunes pour qu’on les inonde d’informations.»

Tu as connu une belle carrière, ayant remporté une coupe Stanley, une médaille d’or olympique, une Coupe du monde, deux médailles d’argent aux championnats du monde, un trophée Hart, deux trophées Art Ross, un trophée Ted Lindsay et trois trophées Lady Byng. De quoi es-tu le plus fier ?

«D’être entré dans la LNH à ma manière, car on ne m’a rien donné, et d’en être sorti à ma façon, sans attendre qu’on me mette à la porte. J’ai marqué 21 buts à ma dernière saison et 30 lors de la campagne précédente. Je suis fier de dire que j’étais encore productif à la fin.»

Ta production s’est toutefois limitée à un seul but lors des dernières séries. Comment expliques-tu cela ?

«J’ai raté de belles occasions de marquer en première ronde et ma confiance en a souffert. C’est certain que j’aurais aimé marquer plus de buts, mais je ne peux pas blâmer le style de jeu que pratiquent les Rangers puisque l’équipe d’Alain Vigneault s’est rendue loin dans les séries au cours des deux dernières années. Un joueur doit toujours s’adapter au système de jeu de son équipe. C’était un style différent de celui pratiqué à Tampa, mais l’équipe gagnait régulièrement et ce fut plaisant de jouer pour les Rangers. Je suis simplement déçu de ne pas avoir pu mettre la main sur une deuxième coupe Stanley avant de me retirer. Nous sommes venus bien près en 2014. Je croyais en nos chances de l’emporter en finale contre les Kings.»

Comment t’es-tu senti lorsque tu t’es retrouvé en finale d’association face à ton ancienne équipe le printemps dernier ?

«Ce furent des moments plutôt bizarres. Je me demandais comment la foule allait m’accueillir à Tampa. J’avais des sentiments partagés. J’ai passé la majeure partie de ma carrière avec le Lightning et on a gagné la coupe en 2004. J’aurais bien aimé qu’on élimine Tampa, mais on a perdu le match décisif de la série devant nos partisans, en ne parvenant pas à déjouer Ben Bishop.»

Quels coéquipiers t’ont le plus aidé au cours de ta carrière ?

«Le premier fut sans contredit mon ami Éric Perrin. On a longtemps joué ensemble, dès les rangs mineurs à Laval. Si ça n’avait pas été d’Éric, je n’aurais jamais connu une telle carrière dans la LNH. On se poussait l’un et l’autre pour s’améliorer. Ensemble, on a su s’éloigner des mauvaises influences que peuvent exercer un groupe de jeunes. Éric est un très bon joueur de centre, qui poursuit d’ailleurs sa carrière en Finlande. Jamais je n’oublierai ce qu’on a fait ensemble dans le hockey mineur. Il m’a appris à jouer de la bonne façon.»

Qui a été ton meilleur joueur de centre dans la LNH ?

«J’ai été choyé sur ce plan. À mon arrivée avec le Lightning, je me suis retrouvé avec un joueur fort habile en Brad Richards. J’ai beaucoup appris en jouant à ses côtés et on a remporté la coupe Stanley en 2004. Puis j’ai eu la chance d’avoir Vincent Lecavalier comme joueur de centre. Il était différent de Brad, se fiant davantage à son instinct. On jouait du hockey offensif, un peu comme dans les années 1980. J’adorais ça. Enfin, j’ai eu la chance de jouer aux côtés d’un véritable franc-­tireur en Steven Stamkos. Ça m’a permis de me développer davantage dans le rôle de fabricant de jeu.»

Quel est le meilleur joueur que tu as côtoyé au cours de ta carrière ?

«Mario Lemieux, sans aucun doute. Quel talent prodigieux! J’ai eu le privilège de faire équipe avec lui en 2004, lors du tournoi de la Coupe du monde, et il m’avait impressionné, autant à l’extérieur de la patinoire que sur la glace. Je n’oublierai jamais la saison 2002-2003, lorsque je m’étais retrouvé au second rang des marqueurs de la LNH derrière Mario. J’avais de la misère à le croire.»

Quels ont été les buts les plus mémorables de ta carrière ?

«Il y en a eu plusieurs, mais je vais en choisir deux, soit celui que j’ai inscrit en prolongation lors du sixième match de la série finale contre les Flames à Calgary en 2004 et celui que j’ai marqué en prolongation lors du quatrième match de la finale d’association contre le Canadien en 2014. J’ai dû composer avec beaucoup de pression après avoir demandé un échange à Tampa pour me retrouver avec les Rangers et j’étais soulagé de pouvoir aider ma nouvelle équipe à avancer dans les séries. Ce fut un moment marquant dans ma carrière, surtout dans les circonstances que vous connaissez [le décès de sa mère].»

As-tu aimé jouer sous la gouverne de John Tortorella ?

«Je lui dois beaucoup. Si le directeur ­général Rick Dudley a cru en moi, c’est surtout John Tortorella qui m’a fait confiance. Il est le genre d’entraîneur dont j’avais besoin pour exprimer tout mon talent sur la patinoire. Il a toujours poussé fort sur les joueurs négligés et j’ai connu du succès sous sa férule.»

Pendant cinq ans, tu t’es entraîné en compagnie de Max Pacioretty durant l’été, soit au Connecticut. Que penses-tu de sa nomination à titre de capitaine du Canadien ?

«Je n’ai aucun doute que Pacioretty saura bien relever le défi. Il sait ce que ça prend pour occuper un tel rôle. Il est mûr pour ça. Le Canadien a pris une excellente décision. Max est un gars responsable qui ne ménage jamais ses efforts.»