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Une histoire inachevée

La rébellion
tranquille/
Une histoire
du Bloc
québécois
 (1990-2011) : Martine
Tremblay
Éditions 
Québec
 Amérique
Photo courtoisie La rébellion tranquille/ Une histoire du Bloc québécois (1990-2011) : Martine Tremblay Éditions Québec Amérique

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C’est l’histoire du Bloc québécois, un parti qui n’a pas encore dit son dernier mot — même si plusieurs prédisent sa fin depuis longtemps —, mais qui le dira uniquement lorsque le Québec aura acquis les pleins pouvoirs.

Cette histoire captivante débute en 1990. Jean Lapierre, alors député libéral à Ottawa, serait à l’origine de la formation d’un bloc québécois à Ottawa. Lapierre, qui se questionne alors sur son avenir politique, est en liaison constante avec le premier ministre du Québec, Robert Bourassa.

À la suite de l’échec de l’accord du Lac Meech, le 22 juin 1990, Bourassa prononce cette phrase mémorable à saveur souverainiste : «Le Canada anglais doit comprendre d’une façon très claire que, quoi qu’on dise et quoi qu’on fasse, le Québec est, aujourd’hui et pour toujours, une société distincte, libre et capable d’assumer son destin et son développement.» C’est la fin du «beau risque» de Brian Mulroney.

Un mois avant la mort de Meech, Lucien Bouchard démissionne, au grand étonnement de ses collègues, et il va siéger comme indépendant. Le Canada anglais l’accuse de trahison. Bouchard, extrêmement passionné, n’hésite pas à engager un combat verbal avec ceux qui l’insultent. Son collègue Jean Charest tente de calmer ses ardeurs en chambre : «Mais il s’agit de mon honneur, tonne le ministre, courroucé. — Christ, ton honneur! On est tous des putains, ici!» réplique Charest sur le même ton. (Qu’en sera-t-il lorsque ce même Charest deviendra premier ministre du Québec?)

Orphelin politique

Ne sachant plus à quel saint se vouer, Bouchard se sent orphelin politique. Il voudrait bien se rapprocher du Parti québécois, mais il déteste son chef, Jacques Parizeau. Quant à Bourassa, qui souffle le chaud et le froid, il préfère ne pas voir Bouchard venir jouer dans ses platebandes à Québec. Il encourage donc Jean Lapierre dans ses efforts pour fédérer les députés dissidents à Ottawa. Il se défendra toutefois d’avoir aidé à fonder le Bloc québécois.

Lapierre propose alors au ministre démissionnaire de faire front commun: «Monsieur Bouchard, je vous annonce qu’après le congrès de Calgary [qui consacrera l’élection de Jean Chrétien à la tête du PLC, le 23 juin], Gilles Rocheleau et moi, on s’en va. Pourquoi ne pourrait-on pas faire des choses ensemble sur une base temporaire?» Lapierre devient rapidement l’ami de Bouchard. Il lui trouve où se loger, dans une petite suite de l’Hôtel Le Reine Elizabeth. «Lucien et moi, on a écrit le texte de la mission du Bloc ensemble au Reine Elizabeth», confie l’ancien député de Shefford. C’est aussi Lapierre qui présente Mario Dumont à Bouchard.

À la suite du décès du député de Laurier—Sainte-Marie, Jean-Claude Malépart, des élections se tiennent le 13 août 1990. C’est à ce moment que Gilles Duceppe arrive dans le paysage. Il est alors négociateur syndical pour la CSN. Un ex-organisateur du PQ, Bob Dufour, s’occupera de la campagne de Duceppe, mais encore faut-il que Bouchard le rencontre. Dufour a acheté une brasserie, rue Ontario, dans l’est de la ville, un quartier d’ouvriers et de débardeurs, et c’est là qu’il donne rendez-vous à Bouchard. Le récit de cette rencontre surréaliste est assez époustouflant. Finalement, Duceppe remporte les élections partielles, avec près de 67 % des suffrages, en battant le candidat libéral... Denis Coderre. Il devient ainsi le premier député ouvertement souverainiste que les Québécois envoient à Ottawa.

Bien sûr, le Bloc n’a pas la vie facile. Il doit œuvrer en milieu hostile, en plein territoire ennemi, où les couteaux volent bas. Parfois même, les coups bas viennent du propre camp souverainiste. Vingt ans plus tard, le Canada anglais ne comprend toujours pas pourquoi nous voulons l’indépendance du Québec. N’empêche, «il aura confirmé, si besoin était, le vide identitaire de ce pays [le Canada], tout aussi incapable de s’imaginer sans le Québec que de lui savoir gré de contribuer puissamment à sa différence et à sa singularité en Amérique du Nord».

Éphémère, le Bloc? Oui, jusqu’à l’indépendance du Québec.

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