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Crimes sexuels en hausse dans le métro

Avec déjà 25 plaintes en huit mois, l’année en cours pourrait s’avérer la pire depuis 2008

Crimes sexuels en hausse dans le métro
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Montréal n’échappe pas à la tendance observée dans plusieurs grandes villes ailleurs dans le monde, alors que les infractions de nature sexuelle rapportées dans son métro sont en hausse depuis deux ans.

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a reçu 25 plaintes pour des crimes sexuels au cours des huit premiers mois de l’année dans le réseau du métro, a appris Le Journal.

À ce rythme, 2015 pourrait même s’avérer la pire à ce chapitre depuis huit ans. Déjà, on avait enregistré une augmentation considérable de ce type d’infractions en 2014.

Plus de dénonciations

La situation s’expliquerait principalement par le fait que les victimes dénoncent davantage ce genre d’inconduite, d’après le SPVM qui dit prendre ce phénomène «très au sérieux».

«Depuis deux ans, nous avons fait énormément d’efforts pour augmenter la visibilité des policiers dans le métro et ainsi créer une opportunité pour les citoyens de dénoncer certains crimes. Nous avons modifié notre stratégie pour que nos policiers soient plus présents en fonction des zones et des heures où il y a plus d’achalandage», a expliqué l’inspecteur Roger Bélair, responsable de la Section métro au SPVM.

Entre janvier et août, la police a notamment enquêté sur deux agressions sexuelles. Une quinzaine de plaignantes ont été la cible d’attouchements sexuels, tandis qu’une demi-douzaine de cas d’exhibitionnisme ont été rapportés.

«C’est une question d’opportunité pour les suspects, qui profitent souvent de la proximité de la foule pour poser ces gestes», selon l’inspecteur Bélair.

Neuf suspects épinglés

Les policiers ont résolu le tiers des dossiers en matière sexuelle par l’arrestation de neuf suspects ou accusés, dont plusieurs ont été épinglés à l’aide des images prises par des caméras de surveillance.

Un suspect a notamment été inculpé pour s’être livré à des attouchements sexuels sur cinq victimes qui empruntaient «la ligne orange» entre les stations Henri-Bourassa et Berri-UQAM, l’hiver dernier.

«Ce sont souvent des cas où les fautifs sont des personnes vulnérables sur le plan psychologique», a mentionné l’officier à la tête d’une brigade de 115 patrouilleurs, mise sur pied en 2007 et dont le travail s’ajoute à celui des agents de surveillance de la Société de transport de Montréal (STM).

C’est à la station Berri-UQAM, la plus achalandée des 68 stations du réseau, qu’on a rapporté le plus d’infractions cette année: trois.

«Il n’y a toutefois pas d’endroits où la problématique est plus concentrée qu’ailleurs. C’est réparti sur l’ensemble du territoire», a précisé le chef de la Section métro, en ajoutant que les 25 plaintes touchaient 16 stations au total.

Autres crimes à la baisse

Le SPVM prévoit bientôt lancer une autre campagne de prévention visant à inciter les victimes à dénoncer les crimes de toutes sortes commis à leur endroit et pas seulement dans le métro.

Selon l’inspecteur Bélair, le métro de Montréal, dans lequel la STM dénombre quotidiennement près d’un million de déplacements, demeure «sûrement l’un des plus sécuritaires au monde».

À preuve, les crimes contre la personne – soit les infractions avec violence, dont les voies de fait et les vols qualifiés – ont chuté de 42 % depuis 2008, l’année suivant le déploiement d’une brigade policière dans le métro.

Cette année, l’inspecteur Bélair y note cependant une recrudescence des vols à la tire et des méfaits, mais les crimes contre la propriété ont tout de même diminué de 10 % entre 2008 et 2014.

- Avec la collaboration de Sarah Bélisle

Les autres crimes diminuent

Voies de fait
  • 2009 : 299
  • 2014 :166
Vols qualifiés
  • 2009 : 177
  • 2014 : 129
Méfaits
  • 2009 : 235
  • 2014 : 311
Fraudes
  • 2009 : 50
  • 2014 : 24
Vols simples
  • 2009 : 341
  • 2014 : 311
Incendies criminels
  • 2009 : 12
  • 2014 : 1
Total des crimes contre la personne
  • 2009 : 547
  • 2014 : 282
Total des crimes contre la propriété
  • 2009 : 655
  • 2014 : 474
Crimes sexuels dans le métro
  • 2008 : 19
  • 2009 : 23
  • 2010 : 34
  • 2011 : 27
  • 2012 : 18
  • 2013 : 13
  • 2014 : 31
  • 2015* : 25
22 : moyenne annuelle entre 2008 et 2014

Source: SPVM

* 1er janvier au 3 septembre

Les stations de correspondance et de fin de ligne sont celles où l’on rapporte les volumes de criminalité les plus élevés du réseau: Jean-Talon, Berri-UQAM, Lionel-Groulx, Angrignon, Honoré-Beaugrand, Côte-Vertu, Snowdon, Montmorency et Saint-Michel

Un meurtre et sept tentatives de meurtre ont été commis dans le réseau du métro depuis 2008

La ligne verte est celle qui génère le plus de criminalité

Le quart des délits dans le métro sont perpétrés entre 15 h et 17 h

Environ 10 % des délits sont commis entre 21 h et 22 h

Comme à New York et à Londres

Les métros de New York, Paris et Londres connaissent une recrudescence des crimes sexuels, cette année.

En août dernier, la police des transports britannique rapportait que les infractions sexuelles rapportées dans le métro de Londres avaient bondi de 32 % par rapport à l’année précédente.

En 2013, les autorités elles-mêmes ont lancé une campagne de sensibilisation axée sur la dénonciation des infractions sexuelles dans les transports en commun londoniens – le Project Guardian, dont le slogan est: «Report it to stop it» –, pour inciter les victimes à se manifester.

Roger Bélair, Métro au SPVM
Photo d'archives
Roger Bélair, Métro au SPVM

«La hausse enregistrée cette année montre clairement que cette problématique n’était pas suffisamment rapportée aux policiers par le passé», a commenté l’agent Adrian Hanstock dans un communiqué.

En juillet, la police new-yorkaise rapportait une hausse de 7,5 % des crimes sexuels dans le métro, depuis le début de 2015.

Dénonciation

Depuis 2009, la Metropolitan Transportation Authority incite ses usagers à dénoncer toute inconduite sexuelle aux policiers, par des campagnes de sensibilisation, notamment sur internet.

La situation est semblable à Paris, où le gouvernement a lancé un plan d’intervention cet été, après la publication d’un sondage dans lequel presque toutes les répondantes ont dit avoir déjà été la cible de harcèlement sexuel dans le métro.

Ailleurs dans le monde

Londres

4,5 millions d’usagers du métro par jour

396 plaintes pour crimes sexuels en 2014-2015

New York

5,5 millions d’usagers du métro par jour

343 plaintes de crimes sexuels en 2015

Paris

5 millions d’usagers du métro par jour

207 plaintes pour crimes sexuels l’an dernier

Sortir du métro avec les yeux dans l’eau

Karine Charbonneau a été victime d’attouchements sexuels dans le métro.
photo courtoisie
Karine Charbonneau a été victime d’attouchements sexuels dans le métro.

Impuissance, dégoût, peine et colère. C’est ce que Karine Charbonneau a vécu le soir du 5 juin dernier, au métro Vendôme, alors qu’elle revenait chez elle, dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce.

«Ma journée productive se termine finalement en pleurs», écrivait alors la jeune Montréalaise de 26 ans sur sa page Facebook, après qu’un inconnu lui eut mis la main aux fesses.

«Je marchais vers la sortie de la station de métro quand j’ai senti quelqu’un marcher très vite et très près de moi, a-t-elle raconté au Journal cette semaine. Quand je me suis retournée, il était déjà trop tard.»

Elle dit avoir d’abord cru à une «erreur». «Mais il était 20 h et il n’y avait personne d’autre derrière moi. Le gars devait mesurer six pieds et cinq pouces, dans la quarantaine ou la cinquantaine. J’ai crié après lui, mais il était déjà parti, presque en courant.»

« Pas rare »

Cette employée d’une agence de marketing sur le web est convaincue que ce genre d’inconduite sexuelle «n’est pas rare» dans les transports en commun, incluant les quelque 70 km de tunnels que sillonnent les wagons de métro

à Montréal. L’automne dernier, elle avait vécu une autre forme d’agression sexuelle dans un autobus de la STM, alors qu’un homme s’était longuement frotté les parties génitales sur son postérieur. «Je l’ai regardé et il s’est collé encore plus contre moi. J’ai “gelé”. J’avais les yeux pleins d’eau. Ensuite, je me suis sentie coupable de ne pas l’avoir confronté devant tout le monde.»

Les «frotteurs» représentent la source d’une bonne partie des infractions à caractère sexuel dans le métro, selon le SPVM.

L’anxiété de dénoncer

Comme la plupart des victimes de ce genre d’inconduite en public, la jeune femme n’a pas rapporté ces incidents aux autorités policières.

«Que serait-il arrivé? Ça me rendait anxieuse rien que d’y penser. Dans les deux cas, ç’aurait été ma parole contre la sienne. Je me sentais complètement démunie», a-t-elle expliqué.

L’inspecteur Roger Bélair a répété que si les victimes ne se manifestent pas auprès des policiers, «on ne peut rien faire». «On leur recommande de porter plainte et de nous aider à nous attaquer à cette criminalité», a insisté le chef de la section métro du SPVM.

 
 

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