/opinion/blogs/columnists
Navigation

Nos auteurs

CA_Steve E. FortinCA_Stéphane Lessard

Le grand perdant du débat

Thomas Mulcair
Photo REUTERS

Coup d'oeil sur cet article

Malgré l’insistance des observateurs, commentateurs et autres analystes à désigner les gagnants et les perdants d’un débat des chefs dans les minutes qui suivent l’évènement, cet exercice demeure très hasardeux. On peut bien sûr se prêter au jeu de notre propre point de vue, mais le vrai gagnant et le vrai perdant n’apparaîssent que les jours suivants le débat, selon ce que la population elle-même aura conclu.
La bataille de l’image
Pour ma part, au niveau de l’image, il m’a semblé que Justin Trudeau sortait gagnant de ce débat. Sa prestance physique, son regard directement pointé vers la caméra, son visage calme et souriant et sa gestuelle retenue le démarquait. Si ce débat avait été muet, le chef libéral l’aurait emporté haut la main. Stephen Harper aurait fini second, grâce à son calme olympien, Gilles Duceppe troisième, sa prestance physique étant diminuée par sa gestuelle plus agitée. M. Mulcair, qui montrait souvent un visage fâché et toujours barbu, a été le grand perdant du match muet. Elisabeth May? Elle aurait certainement beaucoup gagné à un débat muet, tellement son français est approximatif.
Le contenu des échanges
En matière de contenu, Gilles Duceppe était dans une catégorie à part. Ses interventions répondaient aux questions posées par les journalistes, avec des faits, des chiffres, des explications claires. Sur la santé et le déséquilibre fiscal, l’assurance-emploi, l’environnement, la gestion de l’offre ou la question pétrolière, il a passé tous ces messages. L’attaque sur le double discours de Mulcair, où il a terminé avec la cinglante « J’aimerais savoir si Tom parle à Thomas des fois », a touché la cible. Faire dire à Stephen Harper que l’Arabie saoudite était l’alliée du Canada fut également un moment marquant, qui a rebondi les jours suivants jusqu’au Canada anglais.
Stephen Harper a probablement connu son meilleur débat en français, de mémoire. Il a fait sortir Tom Mulcair de ses gonds en prenant sa fille en exemple à propos du Niqab. Sa ligne en bon québécois vernaculaire sur la souveraineté « passé date » a sans doute réjoui profondément ses partisans et l’auditoire fédéraliste.
Thomas Mulcair s’est bien défendu. La stratégie de ne jamais engager de duel avec Gilles Duceppe était brillante, mais elle n’a pas résisté quand celui-ci l’a accusé d’avoir été complice des magouilles fédérales de 95 ou de piger dans la caisse d’assurance-emploi. Comme il le fait depuis des mois, le chef du NPD avait manifestement décidé d’être le pourfendeur de Stephen Harper. Il n’a pas réussi à ébranler ce dernier, n’a fait aucune proposition marquante susceptible de plaire aux Québécois, tandis qu’il s’assurait de leur déplaire profondément sur la question du Niqab.
Quant à Justin Trudeau, autant il aura marqué des points au niveau de l’image, autant il en aura perdu dans le contenu des échanges. Sa cassette « j’ai un plan » est devenue un running gag. Son refus absolu de répondre aux questions posées pour vendre sa salade était plutôt désagréable. On avait l’impression d’avoir affaire à un vendeur, vous savez dans ses émissions d’info-publicités à la télé?
Elisabeth May? On nous dira qu’elle était la seule femme, que sa présence était rafraîchissante, etc. Mais la vérité, c’est qu’elle n’avait pas d’affaire là. Son français est difficilement compréhensible et saisir son propos demandait une concentration douloureuse. De plus, ses interventions brisaient le rythme du débat. Selon les sondages, le Parti vert pèserait tout au plus 3 % au Québec. (Il faudrait bien qu’un jour on nous explique pourquoi Radio-Canada-Ici sabote elle-même ses propres productions télévisuelles)
Duceppe à l’offensive, Mulcair sur la défensive

Pour juger du résultat d’un débat, on peut d’abord observer le comportement de chacun les jours suivants. À ce compte-là, le grand perdant fut M. Mulcair. Alors que M. Duceppe se promenait à son aise à Québec, un endroit peu propice a priori pour le Bloc, le chef du NPD refusait de répondre aux questions des journalistes, pressé de s’éclipser après une rencontre avec le maire Labeaume.

Le chef du Bloc a débuté sa journée par un rassemblement partisan à Trois-Rivières où il s’est porté à l’offensive, affirmant que le vent avait tourné depuis que les Québécois voyait le double discours de Tom/Thomas Mulcair, le comparant à une Volkswagen! Il a ensuite prononcé un discours très bien accueilli devant la FQM, avant d’aller rencontrer le maire de Québec, affirmant en sortant qu’ils étaient sur la même longueur d’ondes, y compris sur le Niqab. Le chef du Bloc a donné une entrevue au tandem Duhaime-Normandeau. Le duo avait organisé un visionnement du débat la veille avec ses auditeurs (certainement pas en majorité bloquiste) qui ont déclaré Duceppe vainqueur. 
M. Mulcair de son côté a tenu un point de presse au nord de Québec très peu couru par les médias, qui l’attendaient plutôt au sortir de sa rencontre avec le maire. Il s’est vite éclipsé, refusant de répondre aux questions sur...le Niqab.

Bref, belle journée pour un Duceppe à l’offensive, dure journée pour un Mulcair sur la défensive.


Mulcair, le grand perdant
Comme je l’écrivais l’autre jour, le défi de Tom Mulcair consistait à freiner la chute brutale de son parti au Québec. Pour le moment, aucun sondage autre que le Nanos quotidien ne nous permet de conclure définitivement. Mais si on se fie à la tendance observée par cette firme au Québec, en trois jours le NPD aurait encore perdu 3 points, tandis que le Bloc en aurait gagné 5. Non seulement Mulcair n’aurait pas réussi à freiner la chute, mais il aurait même réussi à l’accélérer, le NPD perdant plus d’un point par jour depuis 10 jours.
Si cette tendance se confirme, le chef du NPD aura bel et bien été le grand perdant de ce premier débat en français et conséquemment, le chef du Bloc en aura été le grand gagnant.

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.