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Hauts fonctionnaires sous enquête

Trois gestionnaires du CSPQ dans l’embarras

Les trois fonctionnaires au Centre Bell, en février 2015, pour un match du Canadien en compagnie de Louis Martel, directeur général, secteur public, de Bell Canada.
Photo courtoisie Les trois fonctionnaires au Centre Bell, en février 2015, pour un match du Canadien en compagnie de Louis Martel, directeur général, secteur public, de Bell Canada.

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QUÉBEC | Hauts fonctionnaires faisant l'objet d'une enquête, photo compromettante au Centre Bell et des dizaines de millions de dollars de matériel de radiocommunication «oublié»; une tempête frappe la gestion informatique du gouvernement.

Deux enquêtes administratives indépendantes ont été lancées par la direction du Centre des services partagés du Québec (CSPQ), plus grand donneur de contrats informatiques au gouvernement (voir définition ci-dessous), à l’endroit de trois de ses hauts fonctionnaires.

Une vérification externe a d’abord été lancée concernant la photo de ces trois gestionnaires de la fonction publique en compagnie d’un directeur de Bell Canada à un match du Canadien de Montréal (voir autre texte).

L’autre enquête administrative vise uniquement Michel Gauthier, vice-président responsable des dossiers informatiques au CSPQ de 2007 à juillet dernier.

En lien avec RENIR

Tout a commencé le printemps dernier, quand le CSPQ était sur le point d’acheter pour 25 millions de dollars d’appareils de radiocommunication dans le cadre du controversé projet de radiocommunication des services d’urgence: RENIR. Ce projet inachevé, dont est notamment responsable Gauthier, est déjà passé de 144 M$ à plus de 340 M$.

Claude Morin Directeur CSPQ et Michel Gauthier Ancien v-p CSPQ
Photo courtoisie
Claude Morin Directeur CSPQ et Michel Gauthier Ancien v-p CSPQ

Mais, avant de débloquer les 25 M$, le nouveau patron du CSPQ, Denys Jean, a été stupéfait d’apprendre que l’organisme avait déjà en stock 51 M$ d’appareils de radiocommunication inutilisés. Michel Gauthier ne lui avait pas parlé de cette réserve en dormance alors que l’organisme se préparait à débourser 25 M$ supplémentaires provenant des contribuables.

M. Gauthier a aussitôt quitté le CSPQ et Denys Jean a mandaté une firme de vérification externe pour se pencher sur l’affaire. Les résultats de l’enquête administrative seront dévoilés sous peu. Le CSPQ veut savoir pourquoi ce stock n’a jamais été utilisé, pourquoi il a été acheté et s’il sera retrouvé en totalité.

Transféré à la Santé

Michel Gauthier a pris quelques semaines de vacances cet été et a été nommé par le gouvernement en septembre au poste d’adjoint au sous-ministre responsable des dossiers informatiques au ministère de la Santé.

Il a été relevé provisoirement de cette fonction, hier, le temps d’«une vérification administrative», nous a expliqué le Secrétariat du Conseil du trésor.

Cadre informatique au gouvernement depuis près de 20 ans, M. Gauthier avait un poste clé au CSPQ, qui octroie un demi-milliard de dollars de contrats informatiques par année.

Confirmant qu’il avait «posé les gestes qui s’imposaient» concernant M. Gauthier, le patron du CSPQ, Denys Jean, craint une généralisation et a tenu à défendre l’organisme et ses 2000 employés. «Est-ce à dire qu’il n’y a rien à changer au CSPQ? Bien sûr que non. C’est pour cette raison que nous nous sommes engagés (...) dans une vaste révision de nos façons de faire», a-t-il ajouté.

Si cela s’avère nécessaire, le CSPQ compte transférer la vérification aux policiers.

QU’EST-CE QUE RENIR?

Le projet RENIR est la construction du réseau de radiocommunication des services d’urgences du Québec (policiers, pompiers, ambulanciers). Le projet qui devait être terminé en 2008 pour 144 M$ n’est pas achevé et est évalué à plus de 330 M$.

QU’EST-CE QUE LE CSPQ?

Le Centre de services partagés du Québec (CSPQ) est un organisme gouvernemental qui achète, au nom des ministères et organismes, toutes sortes de biens et services dont ces ministères et organismes peuvent avoir besoin, comme des véhicules, des téléphones, des services-conseils et des nuits d’hôtel. La création de l’organisme vise à empêcher chaque ministère d’acheter les mêmes biens chacun de leur côté en parallèle et ainsi à renforcer le pouvoir d’achat commun. L’organisme a été écorché pour ses nombreux problèmes de gestion et Denys Jean a été mandaté au début de l’année 2015 pour amorcer un redressement. 

Brèves

Gestionnaires du CSPQ

Photographiés et relevés de leurs fonctions

Louis Martel, Directeur général chez Bell Canada
Photo courtoisie Louis Martel, Directeur général chez Bell Canada

QUÉBEC | Michel Gauthier est aussi au coeur d’une enquête administrative après avoir été photographié avec un directeur de Bell Canada à un match du Canadien de Montréal.

Gauthier était alors accompagné de Claude Morin et de Patrick Amiot, deux gestionnaires de la direction générale des services d'infrastructure technologique et de la clientèle au CSPQ.

La photo, obtenue par notre Bureau d’enquête, a été prise en février dernier. Les trois étaient au Centre Bell avec Louis Martel, directeur général, secteur public Québec, chez Bell Canada. Ce dernier siège aussi comme secrétaire-trésorier du comité exécutif du centre de recherche CEFRIO. Il préside aussi le comité innovation de la Chambre de commerce de Québec.

Depuis 2009, le CSPQ a octroyé plus d’une centaine de contrats à Bell Canada, d’une valeur totale de plus de 300 millions de dollars, a-t-on calculé. Bell Canada n’a pas voulu commenter. Le gouvernement a décliné nos demandes d’en­tre­vues avec les trois fonctionnaires.

Par contre, nous avons appris que Claude Morin et Patrick Amiot avaient été rencontrés et relevés provisoirement de leur fonction en lien avec cette photo. Une firme externe a été mandatée par leur patron, Denys Jean, spécifiquement pour cette affaire. Michel Gauthier avait déjà quitté ses fonctions lorsque son patron a entendu parler de cette photo.

L’UPAC a aussi averti les firmes

Soulignons que dans un rapport présenté la semaine dernière, l’UPAC n’a pas seulement été critique à l’endroit des fonctionnaires, mais aussi contre les représentants des firmes privées en informatique.

Appelé à commenter, le patron du CSPQ, Denys Jean, a mentionné «que toute situation pouvant porter atteinte aux règles d’éthique sera évaluée et les actions appropriées seront prises, le cas échéant».

«Pour moi, c’est tolérance zéro en matière d’éthique», tranche-t-il.

-Avec la collaboration de Sarah Sanchez et d’Aude Garachon, Bureau d’enquête