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Un pape bien étrange

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Le pape François fascine et on comprend pourquoi. Il termine une tournée américaine, considérée par la plupart comme un grand succès. On l’a applaudi à Cuba comme aux États-Unis.

Le pape François fascine et on comprend pourquoi. Il termine une tournée américaine, considérée par la plupart comme un grand succès. On l’a applaudi à Cuba comme aux États-Unis.

Chacun spéculait sur le message qu’il lancerait, ce qui confirme l’importance qu’on lui accorde. Dans un Québec devenu étranger au catholicisme, on a du mal à comprendre l’importance qu’il joue dans le monde.

Sa parole tranche avec celle des papes précédents. Jean-Paul II était un théologien, mais c’était aussi un homme d’État exceptionnel qui a joué un grand rôle dans la chute du communisme.

Benoît XVI, quant à lui, était un philosophe remarquable qui, dans des temps troublés pour l’Église catholique, avait décidé de se concentrer sur son noyau pour éviter sa dilution dans un monde qui lui est hostile.

Un pape révolutionnaire ?

François renverse la perspective. C’est moins le cœur de l’Église qui semble l’intéresser, mais ses marges et, plus encore, ceux qui se sentent exclus d’elle. Il parle aux miséreux et aux laissés pour compte de l’histoire. Il rend visite aux prisonniers. Il tend la main aux divorcés-remariés, aux homosexuels, aux femmes, à tous ceux qui, à tort ou à raison, ne se sentent pas parfaitement accueil­lis dans l’Église.

Sa parole est prophétique. Il entend faire surgir la foi là où elle est étouffée et là où l’on cherche Dieu, mais où l’on a cessé de le chercher avec l’Église catholique. Si on veut à tout prix lui coller une étiquette politique, on dira qu’il s’agit d’un pape de gauche.

Les éléments plus conservateurs dans l’Église le qualifient même de pape révolutionnaire, sans qu’il s’agisse nécessairement d’un compliment.

Quelles que soient les réformes qu’il propose, le pape devrait pourtant être prudent. Une institution comme l’Église se transforme lentement.

Il y en a néanmoins qui trouvent que les choses ne vont pas assez vite. Ils concèdent que François est un pape singulier et qu’il cherche un aggiornamento avec notre temps.

Mais ils en reviennent toujours avec leur même obsession: la morale sexuelle de l’Église. Ils ne pensent qu’à ça, comme si le catholicisme était d’abord un guide de conduite consacré aux questions de mœurs.

Le rituel est le suivant: on demande au pape ce qu’il pense de l’avortement. Surprise! Il est contre! La chose n’a donc pas changé depuis la dernière fois où on lui a posé la question? Ce sera l’occasion de refaire sonner les sirènes de l’indignation. C’en est presque lassant.

On peut parfaitement être en désaccord avec l’Église sans participer à ce rituel qui témoigne surtout de la monomanie de ceux qui le pratiquent.

L’Église, pôle de civilisation

Quelles que soient les réformes qu’il propose, le pape devrait pourtant être prudent. Une institution comme l’Église se transforme lentement.

Contrairement à ce qu’on croit, la modernisation de l’Église catholique avec Vatican II n’a pas été un grand succès. Le sacrifice de la liturgie traditionnelle, par exemple, relevait du suicide culturel et a blessé des fidèles qui ne comprenaient pas qu’on leur change leurs rituels.

Chose certaine, l’Église demeure, dans sa grandeur et ses errements, un pôle fondamental de notre civilisation. Quand François plaide pour une conversion écologique majeure, il dépasse les limites de l’écologisme militant et nous met en garde contre la démesure du monde moderne.

Quand il célèbre la famille, il rappelle qu’un individu seul au monde n’est pas libre, mais abandonné.

Il mérite qu’on l’entende.

 

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