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La glissade du NPD

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Chaque nouveau sondage confirme la glissade du NPD d’un bout à l’autre du Canada. Que se passe-t-il?

Chaque nouveau sondage confirme la glissade du NPD d’un bout à l’autre du Canada. Que se passe-t-il?

L’affaire du niqab y est évidemment pour beaucoup. La position de Thomas Mulcair heurte de plein fouet le sentiment ultra-majoritaire tant au Québec qu’au Canada anglais.

Au lieu d’expliquer que les tribunaux ne font qu’appliquer une directive administrative du gouvernement qu’il revient à ce dernier de changer, ce qu’il devrait faire impérativement, Thomas Mulcair s’est enfoncé dans une vigoureuse défense de la liberté individuelle d’une fanatique.

Erreur tactique

Il a le droit d’y croire, mais ce fut une monumentale et surprenante erreur tactique de la part de quelqu’un qui a toujours montré une remarquable élasticité sur le plan des principes.

Plusieurs déplorent que le niqab prenne tant de place, considérant, disent-ils, que seule une petite poignée de femmes le portent. C’est un argument doublement faible.

D’abord, si on y voit une question de principe, que ces femmes soient dix, cent ou mille ne change rien. Le propre d’un principe est que sa validité ne se calcule pas numériquement.

Ensuite, si on estime, tant pour des raisons de civisme que de sécurité, qu’un service public doit se donner et se recevoir à visage découvert, alors il vaut mieux l’établir pendant que les personnes visées sont quelques dizaines et non quelques dizaines de milliers.

Justin Trudeau a la même position que Thomas Mulcair. Mais au Québec, il est moins pénalisé, car le PLC ne peut espérer remporter que les circonscriptions multiethniques de Montréal où l’idéologie multiculturaliste de l’appareil administratif canadien n’est qu’une religion de plus.

Le NPD, lui, détient ses sièges dans un Québec francophone qui n’aime guère que des étrangers lui manquent à ce point de respect. Il scie donc la branche sur laquelle il s’est hissé en 2011.

Identité

Il y a cependant une autre raison, selon moi, à la glissade du NPD, qui me semble jouer davantage au Canada anglais.

Au Québec, le NPD avait toujours été, jusqu’en 2011, un joueur marginal et sans racines. Au Canada anglais, il est, depuis plus d’un demi-siècle, un élément important du paysage politique, avec son histoire, son identité et ses bastions.

Pour le sortir de sa position d’éternel troisième et en faire un vrai aspirant au pouvoir, Thomas Mulcair a ramené le parti vers le centre. Il a même repris à son compte le credo de l’équilibre budgétaire.

C’était un pari audacieux, mais c’était le bon pari s’il voulait se donner des chances authentiques de victoire.

Le problème est qu’il a ainsi brouillé l’identité du NPD. Avant, on savait exactement pour quelles valeurs on votait en appuyant le NPD. Aujourd’hui, la photo est floue, d’où des appuis plus larges, mais plus fragiles, parce que plus récents.

En acceptant de faire des déficits au nom de la relance économique et pour se différencier fortement des conservateurs, Justin Trudeau, malgré ses cassettes et sa légèreté, double en quelque sorte le NPD sur sa gauche et devient, au Canada anglais, l’alternative la plus tranchée à Stephen Harper.

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