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18 mois de prison ferme pour Lise Thibault

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C’est en prison que Lise Thibault a passé la nuit. Son séjour pourrait cependant être de courte durée puisque l’avocat de l’ancienne lieutenante-gouverneure entend porter la sentence de 18 mois devant la Cour d’appel dès jeudi pour la faire libérer.

Celle qui a plaidé coupable en décembre dernier aux accusations d’avoir abusé de la confiance des deux ordres gouvernementaux et d’avoir fraudé les Québécois et les Canadiens, empochant ainsi des centaines de milliers de dollars, a reçu sa peine sans aucune émotion.

Pourtant, la tension était palpable dans la salle qui contenait plus d’une centaine de badauds et d’avocats rassemblés pour connaître le sort imposé par le juge Carol St-Cyr.

Photo Le Journal de Québec, Didier Debusschère

Lise Thibault, menottée

Après plus d’une heure de lecture d’une décision rendue par écrit et la peine enfin dévoilée, les constables spéciaux ont demandé aux gens de quitter la salle.

Ce sont alors les agents correctionnels qui ont pris en charge la septuagénaire et qui l’ont menottée avant de l’exposer à nouveau au regard de la population.

DIDIER DEBUSSCHERE/JOURNAL DE QU

Lise Thibault a pris le chemin de la détention en empruntant l’ascenseur rouge du palais de justice de Québec, puisque les couloirs de la détention ne sont pas adaptés aux personnes qui se déplacent en fauteuil roulant.

Cour d’appel

Pendant ce temps, son avocat, Me Marc Labelle, a discrètement quitté la meute rassemblée pour se rendre avec Réal Cloutier, le conjoint et ex-garde du corps de Lise Thibault, au greffe de la Cour d’appel.

«On pense que le juge a accordé trop de poids à l’aspect exemplarité de la peine par rapport à l’aspect individualisation. Nous allons donc demander à la Cour d’appel de se pencher sur cet aspect», a dit l’avocat, précisant qu’il demanderait aussi que Mme Thibault soit remise en liberté durant cette procédure «afin que l’appel ne devienne pas théorique».

Réflexion

De son côté, le procureur aux poursuites criminelles et pénales, Me Marcel Guimont, a dit qu’il allait prendre le temps de bien lire la décision rendue par le président du tribunal avant de poser quelque geste que ce soit.

«Lorsqu’on suggère une peine d’emprisonnement de quatre ans, c’est parce que l’on croit que c’est ce que ça vaut. Le juge en est venu à une conclusion différente. Il faut respecter cela même si ça ne nous empêche pas, après avoir bien pris connaissance de la décision à tête reposée, d’aller en appel», a-t-il dit.

Photo Le Journal de Québec, Didier Debusschère

En plus de sa peine d’emprisonnement, Lise Thibault devra rembourser des sommes importantes, de l’ordre de 200 000 $ au gouvernement du Canada et de 100 000 $ au gouvernement du Québec.

Tout a commencé par des demandes d’accès à l’information

(NDLR) L’affaire Lise Thibault, comme on peut baptiser cette saga qui se termine avec la peine de prison pour fraude imposée à l’ex-lieutenante-gouverneure du Québec, a commencé il y près de neuf ans par des demandes d’accès à l’information formulées par le Bureau parlementaire du Journal de Montréal et du Journal de Québec.

Ce n'est pas inutile de le rappeler aujourd'hui, car le gouvernement du Québec prépare une révision de la loi sur l'accès à l'information. Malgré l'objectif d'améliorer la transparence, plusieurs des orientations proposées ont été vivement contestées par la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, qui a notamment réclamé la création d'un comité indépendant.

Ces demandes d’information à l’origine de l’affaire Thibault étaient l’initiative de notre recherchiste de l’époque, Serge Laplante, un vétéran que Le Journal avait recruté dans les rangs du journal Le Devoir. Les boîtes de documents avaient été reprises par le journaliste Mathieu Boivin, aujourd’hui reporter à la radio de Québec, le FM 93.

Le Journal avait ensuite publié ce délicat reportage durant plusieurs jours, en commençant par la manchette à la une: «Elle dépense comme une reine». Le reportage était délicat parce que Lise Thibault jouissait d’une excellente réputation au Québec à cette époque, notamment en raison de son implication dans diverses œuvres de charité.

Serge Laplante a ensuite quitté Le Journal pour accepter une offre d’emploi à La Presse. Malheureusement, une semaine avant l’aboutissement de cette saga, ce dernier a fait les frais des réductions de personnel annoncées la semaine dernière par La Presse et a pris le chemin de la maison. Lise Thibault, elle, a au moins pris le chemin de la prison.

Photo Le Journal de Québec, Didier Debusschère

Extraits de la décision rendue par le juge Carol St-Cyr

«Sans prétendre que l’accusée a mis sur pied un système frauduleux sophistiqué, il est indéniable qu’elle a, au cours des années, agi de manière à se faire rembourser des dépenses indues.»

«Le bénéfice personnel et la cupidité n’étaient pas ses seules motivations.»

«Elle avait un devoir de transparence, de prévoyance et de sagesse. Or, la preuve révèle qu’il en fut tout autrement.»

«Elle n’a pas réalisé l’ampleur et l’importance de la fonction en oubliant que le premier rôle d’un souverain et de ses mandataires est de donner le bon exemple à ses sujets.»

«D’ailleurs, à l’origine, la maxime “The King can do no wrong” signifiait “that the King was not privileged to commit illegal acts”.»

«Ses regrets et ses remords sont plutôt mitigés.»

«En somme, Lise Thibault n’avait manifestement pas les moyens de ses ambitions.» 

Ce que notre enquête avait révélé:

À trois endroits en même temps

Les 21 et 23 février 2000, des reçus de carte de crédit signés «Lise Thibault» sont déposés pour un restaurant à Lafontaine (Laurentides) et un autre à Québec, à 300 km de distance. Au même moment, elle réclame aussi des frais de restaurant au Mont-Sainte-Anne.

En avril 2002, Mme Thibault réclame un remboursement de 266,36 $ dans un restaurant de Sainte-Foy et de 286,21 $ dans un restaurant de Montréal au cours de la même soirée.

Elle a facturé 30 000 $ pour une fête de Noël et 59 000 $ pour un garden-party.

Dépenses spectaculaires de Lise Thibault: