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Le rapport que Québec ne voulait pas dévoiler

95 % du contrôle des projets informatiques était détenu par le privé

yellow network wires in a switch
Photo Fotolia Après vérifications, la maîtrise d’œuvre actuellement effectuée à l’interne dans les deux créneaux identifiés se situerait en deçÀ de 5%.

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Un rapport percutant jamais rendu public et obtenu par notre Bureau d’enquête expose de façon plus concrète à quel point le Québec est devenu dépendant des firmes d’informatique privées.

Un rapport percutant jamais rendu public et obtenu par notre Bureau d’enquête expose de façon plus concrète à quel point le Québec est devenu dépendant des firmes d’informatique privées.

Ce n’est pas donc le gouvernement, mais des entreprises privées qui gèrent la plupart des projets informatiques... du gouvernement, selon les documents obte­nus.

Le gouvernement lui-même reconnaît cette dépendance, mais le rapport en précise l’ampleur. Rappelons que le mois dernier, l’UPAC a révélé que les «véritables gestionnaires» des projets informatiques du gouvernement sont les représentants de firmes privées.

Au Québec, les gouvernements se succèdent et martèlent que la province doit reprendre le contrôle de ses dépenses informatiques, qui atteignent 3,5 G$ par an. En 2010, les libéraux ont même enclenché une importante réforme dans ce sens.

Mais ce rapport, préparé en 2012, confirme en partie l’échec retentissant de cette réforme, qui est relancée avec plus d’aplomb par le gouvernement actuel.

Le rapport a été réalisé dans le cadre d’un comité formé par le Conseil du trésor et les deux principaux syndicats de la fonction publique québécoise (SFPQ) et (SPGQ).

Ce n’était pas un comité pour négocier, mais pour préparer conjointement un rapport sur la recette du succès pour sortir du bordel informatique.

Le rapport troublant, qui n’est demeuré qu’un « projet » puisque Québec a finalement refusé de le signer,  témoigne de l’ampleur de la dépendance du gouvernement envers les firmes d’infor­­matique privées.
Le rapport troublant, qui n’est demeuré qu’un « projet » puisque Québec a finalement refusé de le signer,  témoigne de l’ampleur de la dépendance du gouvernement envers les firmes d’infor­­matique privées.

« EN DEÇÀ DE 5 % »

Il est écrit noir sur blanc que la maîtrise d’œuvre effectuée par le personnel du gouvernement pour la gestion des projets informatique est «en deçà de 5 %» au Centre des services partagés du Québec (CSPQ).

Cet organisme gère les plus gros projets informatiques du Québec avec des dépenses annuelles de près d’un demi-milliard de dollars.

Le premier à reconnaître que cette situation n’a aucun sens, c’est le gouvernement, qui se donne pour objectif, dans ce même rapport, d’augmenter ce pourcentage à 35 % en cinq ans, soit en 2017.

Le gouvernement ajoute même devoir ajouter 300 postes d’informaticien au CSPQ pour atteindre cet objectif. Tant les libéraux que les péquistes ne sont pas intéressés à ce document. Québec a bien rédigé le rapport, conjointement avec les syndicats, mais au moment de le signer pour le déposer officiellement, le gouvernement a soudainement reculé et mis fin au comité en 2013.

AUX OUBLIETTES

Qu’advient-il des 300 emplois de plus? Québec n’a ouvert que 60 postes et en a comblé 21. Qu’advient-il du pourcentage de gestion à l’interne qui doit augmenter à 35 %?

Impossible d’avoir une réponse claire. Tout indique que ce rapport n’intéressait plus Québec et qu’il est allé aux oubliettes.

Des oubliettes que le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, tente pourtant de rouvrir. Ce dernier serait sans doute intéressé par le rapport. Rapatrier l’expertise à l’interne et reprendre la maîtrise d’œuvre des projets, ce sont des points majeurs de la réforme qu’il lance en informatique.

Québec envisage d’ail­leurs d’octroyer 1000 postes en informatique, ce qui va dans le même sens que le rapport pourtant rédigé il y a trois ans.

Le mystérieux abandon

Lucie Martineau, présidente du SFPQ.
Photo Journal de Montréal, Jean-François Desgagnes
Lucie Martineau, présidente du SFPQ.

La présidente du Syndicat de la fonction publique du Québec, Lucie Martineau, estime que ce rapport a été abandonné en raison d’un manque de volonté de changer les choses de certains hauts fonctionnaires.

Celle qui participait à ce comité ne jette pas le blâme aux élus et explique que ces travaux sont demeurés d’ordre «administratif» chez les fonctionnaires. «Ça ne s’est jamais vraiment rendu aux cabinets», dit-elle.

Ceux qui représentaient le gouvernement à ce comité avaient la volonté de faire quelque chose, selon elle. Ce sont plutôt des hauts fonctionnaires qui ont «sûrement dit qu’il ne fallait pas aller dans le sens» de ce rapport, ajoute-t-elle.

Même si c’est le gouvernement qui avait élaboré les solutions, il «n’a pas voulu signer et j’ai reçu un courriel disant que c’était la fin», regrette Mme Martineau.

«Nous avions libéré une personne à temps plein pour ça. On a payé une personne avec des cotisations pendant deux ans, et le gouvernement a tout abandonné!», peste celle qui entretient toutefois l’espoir que les choses changent avec l’arrivée de Denys Jean comme PDG du Centre des services partagés du Québec.

Mais, chose certaine, elle veut continuer à dénoncer, même si elle traitée de «radoteuse».

Le Trésor muet

Pour sa part, le porte-parole du secrétariat du Conseil du trésor n’était pas en mesure d’expliquer pourquoi le rapport n’a jamais été signé et préférait nous parler des gros efforts que fait le gouvernement pour améliorer la gestion en informati­que.

Le SCT a dit ne pas trop vouloir commenter puisque des négociations ont lieu avec les syndicats, dit-il.

Étant donné que le rapport n’est pas officiel, il refuse donc d’en ajouter, ne serait-ce que pour les faits rapportés par le gouvernement dans ce rapport.

 

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