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Un peu plus d’égouts dans le fleuve

DÉVERSEMENT D'ÉGOUT
photo d’archives

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Je suis étonné de l’ampleur de la réaction publique et politique à l’annonce que, pendant certains travaux de réfection à un collecteur, une portion des égouts de Montréal sera déversée directement dans le fleuve. Ces eaux usées sont des rejets sanitaires avec leur charge de pathogènes et divers nutriments qui contribuent à l’eutrophisation. On doit aussi considérer les concentrations de nombreux contaminants d’usage domestique (détergents, plastifiants, agents de conservation, produits ignifuges ou antiadhésifs, etc.) combinés aux médicaments (tout ce qui se vend en pharmacie risque de s’y retrouver – selon le volume des ventes et la persistance relative des différentes molécules).

La station d’épuration des eaux usées de Montréal a été conçue et fonctionne bien pour réduire les charges en matières organiques et en phosphore rejetées dans le fleuve – le procédé utilisé enlèvera aussi une portion plus ou moins modeste de certains autres contaminants. Mais le traitement n’inclut aucune désinfection des pathogènes et a un impact négligeable sur la majorité des contaminants émergents comme des détergents ou des médicaments qui sont donc rejetés directement dans le fleuve.

De mon point de vue, la totalité des eaux d’égouts de Montréal sont rejetés dans le fleuve sans désinfection pour diminuer la charge en pathogènes et sans traitement pour enlever les contaminants qui contribuent à la perturbation endocrinienne, à la résistance aux antibiotiques ainsi qu’une multitude d’effets toxiques plus ou moins bien répertoriés. Donc, que pendant quelques jours, une portion des égouts de Montréal soit rejetée directement dans le fleuve ne me semble que marginalement pire à la situation qui prévaut pour la totalité des eaux des égouts, 100% du temps.

Le scandale est justement le peu d’efficacité du traitement actuel. Il est urgent de mettre en place un système de désinfection et de traitement des contaminants. Le plan d’installer un traitement à base d’ozone est une option technologiquement lourde, énergivore et coûteuse, mais serait une grande amélioration à la situation actuelle. Il faudra aussi s’assurer que le procédé soit bien optimisé pour ne pas générer de sous-produits et augmenter la toxicité des effluents et qu’il soit en fonction 365 jours par an.

Sébastien Sauvé

professeur en chimie environnementale à l’Université de Montréal