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Elle porte le niqab et se confie au Journal: «Je ne suis pas votre ennemie»

Rencontrée en privé, la dame a dit s’inquiéter de l’importance du sujet dans la campagne électorale

momina
Photo Le Journal de Montréal, Sarah-Maude Lefebvre Venue rejoindre son mari à Montréal en 2004, Momina affirme que l’attitude des Québécois envers son niqab s’est «détériorée» au fil des ans.

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Une Montréalaise qui porte le niqab implore la société québécoise de cesser de considérer les femmes voilées comme des ennemies, dénonçant du même coup l’intimidation et la violence dont elle est victime dans les rues de la métropole.

«Je ne suis pas votre ennemie. Venez me parler dans la rue. Ça me fera plaisir. Acceptez-moi comme je vous accepte. Tout ce que je veux, c’est participer à l’avancement de la société québécoise et contribuer à mon pays», lance Momina.

La mère de trois enfants, qui préfère taire son nom de famille par peur de représailles, a accepté de rencontrer Le Journal pour témoigner de ce qu’elle vit, inquiète de constater à quel point le niqab a pris une place importante dans le débat électoral. Elle s’est entretenue à visage découvert avec la représentante du Journal.

Sa sécurité menacée

Régulièrement insultée et agressée physiquement, Momina avoue parfois craindre pour sa sécurité. Elle raconte qu’à plusieurs reprises, des individus ont tenté de lui arracher son voile de force. Des automobilistes l’injurient et certains lui lancent même des objets ou du liquide.

«Mon mari m’a demandé, il y a 4 ans, de cesser de porter le niqab à la suite d'un incident survenu alors que je me rendais à la clinique avec mon fils. Un homme s’est mis à me faire des doigts d’honneur et m’a alors pris de force dans ses bras. Je me suis jetée dans la rue avec mon fils pour essayer d’obtenir de l’aide», raconte-t-elle.

Malgré cela, la femme de 35 ans, originaire du Pakistan, a décidé de continuer à porter le niqab.

«La plupart des gens qui s’en prennent à moi sont âgés. Ils ont leurs vieilles valeurs et c’est difficile d’en changer. Mais je suis toujours étonnée lorsque des jeunes m’insultent. Ça me déçoit. Ils sont pourtant instruits et devraient être plus compréhensifs.»

Respectueuse des lois

Momina jure que le port du niqab ne l’empêche nullement de s’intégrer à sa société d’accueil.

«Je suis respectueuse des règlements. Lorsqu’on demande de voir mon visage à la banque ou lorsque je vais voter, je le montre sans problème, même à un homme.»

«Le niqab ne devrait pas être un enjeu électoral. C’est le temps de s’unir et de trouver tous ensemble la meilleure personne pour diriger notre pays. C’est tout.»

Si Momina a accepté de donner une entrevue au Journal, c’est d’abord pour ses enfants.

«C’est très difficile pour eux. Une fois, alors que j’étais triste, deux de mes garçons m’ont dit pour me consoler que je ne devrais pas penser que tous les Québécois me détestent, puisqu’eux m’aiment et qu’ils sont des Québécois. Ils sont nés ici.»

« Je suis toujours étonnée lorsque des jeunes m’insultent. Ils sont pourtant instruits et devraient être plus compréhensifs » – Momina

«Venez me parler dans la rue. Si vous êtes inconfortable avec le niqab, venez me demander gentiment pourquoi je le porte. Ça me fera toujours plaisir de répondre aux questions des gens. Arrêtez de me juger et souriez-moi. C’est comme ça que les choses s’arrangeront.»

EN RAFALE

Pourquoi portez-vous le niqab?

Je le porte parce que ça fait partie de ma foi, de mes croyances personnelles. C’est important pour moi de ne me montrer qu’à mon mari. C’est mon choix.

Vous impose-t-on le port du niqab?

Non. Et toutes les femmes que je connais qui le portent le font par choix personnel. Si mon mari me maltraitait et m’obligeait à le faire, ça serait facile de le dénoncer. On est au Canada!

Vous considérez-vous comme une femme libre et émancipée?

Oui, vraiment. Lorsque j’étais au Pakistan, j’ai pu faire des études de médecine. Mon père, qui était très religieux, m’a encouragée et permis de voyager partout à travers le monde. Je me concentre présentement sur ma famille, mais j’ai bien l’intention d’aller chercher les équivalences nécessaires et de bientôt pratiquer comme médecin ici.

Pourquoi est-ce important pour vous de continuer à porter le niqab malgré les agressions que vous avez vécues?

Le Canada est censé être le pays le plus libre au monde. Je suis Canadienne et fière de l’être. Je crois que j’ai le droit de vivre avec mes convictions religieuses, tout en respectant les lois.

Vous sentez-vous rejetée par la société par moment?

Le débat entourant le projet de charte des valeurs québécoises a été un moment très difficile à vivre. Nous étions plusieurs à nous demander si on devrait quitter le Québec. Mais c’est mon pays, ma maison ici. J’aimerais juste que les frères et les sœurs qui habitent dans la même maison que moi me parlent et ne m’ignorent pas.

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