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Le dernier droit de la campagne en 4 pourquoi

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Photo Agence QMI, JOEL LEMAY

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Le dernier grand débat de la campagne électorale présenté vendredi à TVA a été relevé et animé de main de maître par Pierre Bruneau. Le format devrait faire école par sa simplicité. Cet accent mis sur des échanges approfondis en duo a permis aux électeurs de voir ce que les candidats ont dans le cœur et dans le ventre. 
 
Ce débat n’a pas permis de faire un grand gagnant et les mouvements observés avant cette ultime confrontation se poursuivent. Le dernier sondage Nanos CTV News effectué du 2 au 4 octobre confirme ainsi la chute du NPD à travers le Canada. Les troupes de  Thomas Mulcair ont maintenant 22,8 % d’appuis, contre 31,0 % pour les conservateurs et 35,6 % pour les libéraux.
 
C’est la chute du NPD au Québec qui fait glisser le parti à l’échelle canadienne. Chez nous, le NPD n’est plus qu’à 30,1 % d’appuis et se fait maintenant chauffer sérieusement par les libéraux à 28,1 %. Le Bloc, à 20,4 % devance les conservateurs qui ferment la marche à 17,1 % des intentions de vote.
 
À quoi peut-on s’attendre pour la suite? Essayons de voir à travers quatre pourquoi.
 
Pourquoi la glissade du NPD est imparable?
Parce qu’une course à trois tend inévitablement à devenir une course à deux et que tôt ou tard, survient un moment où le changement trouve son porteur.
Parce que malgré tous les efforts et le travail remarquable de Thomas Mulcair pour recentrer le parti, le NPD n’est pas encore considéré comme un parti sérieusement capable de gouverner sur la scène fédérale. Il faut se rendre compte que le NPD fédéral partait de loin. Il était à l’échelle canadienne, à peu de choses près, l’équivalent de Québec solidaire à l’Assemblée nationale.
Parce que dans sa volonté de présenter un visage sérieux, Thomas Mulcair a commis l’erreur stratégique de s’engager à maintenir l’équilibre budgétaire coûte que coûte, malgré l’économie chancelante.
Parce que les faiseurs d’image du NPD ont un peu forcé la dose en présentant celui que les Québécois ont connu tel un lion rugissant à l’Assemblée nationale en homme jovial et digne émule de Jack Layton. Ce vernis a craqué.
 
Pourquoi la remontée des conservateurs est passagère?
Parce que ce parti ne peut pas se réclamer de l’avenir. C’est un gouvernement usé après 9 ans de pouvoir. Sa position sur les changements climatiques le met à rebours de la communauté internationale. Sur ce dossier central, il est même dépassé par les États-Unis.
Parce que Stephen Harper a fait le vide autour de lui, ses principaux lieutenants l’ont quitté.
Parce que plus les jours passent, plus apparaît honteuse l’exploitation démagogique que les conservateurs ont faite du niqab. Rien dans l’historique de ce gouvernement n’a témoigné d’une sensibilité à l’égard des femmes et son propre caucus compte plus de militants anti-avortement qu’il y a de femmes arborant le niqab dans tout le Québec.
Parce que le wedge politics de Stehpen Harper qui a consisté à polariser l’électorat pendant tant d’années va se retourner contre lui. Cette politique de division a créé une soif, un désir de rassemblement auquel il ne peut évidemment pas répondre.
Parce que, surtout, presque les trois quarts des Canadiens veulent un changement. 
 
Pourquoi le Bloc va plafonner?
Parce que le Bloc ne représente pas davantage l’avenir que les conservateurs.
Parce que malgré l’excellence de Gilles Duceppe, cette posture de l’éternelle protestation du Québec a été poussée jusqu’à son extrême limite et qu’une large majorité de Québécois sont las de ce no man’s land politique consistant à n’être ni dedans ni dehors du Canada.
Parce que dans ce contexte de déjà-vu, le « marché » du Bloc est restreint et se limitera à terme, essentiellement, aux souverainistes purs et durs.
 
Pourquoi l’ascension des libéraux va se poursuivre?
Parce que les conservateurs, et les néo-démocrates dans un moindre mesure, se sont employés avec tant de zèle à dénigrer Justin Trudeau qu’ils lui ont présenté sur un plateau d’argent la possibilité d’étonner les Canadiens et qu’il a su la saisir.
Parce que les libéraux ont joué d’audace et de franchise en disant qu’ils allaient réinvestir dans l’économie et dans les Canadiens au prix de trois déficits et que cela leur a permis de s’accaparer l’idée du changement.
Parce que Justin Trudeau a une qualité qui est rare en politique et qui s’appelle le charisme. Par ce qu’il est, comme personne, comme jeune père de famille, il représente une image moderne du Canada.
Parce que bien qu’il soit le fils de Pierre Elliot Trudeau, Justin Trudeau avait 11 ans en 1982, il n’était pas né en 1970, et que l’argument évoqué au Québec visant à tenir le fils responsable des actions de son père est déraisonnable.