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Lettre à Réjean Tremblay

Lettre à Réjean Tremblay
Photo Didier Debusschere / Agence QMI

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Cher Réjean,


Dans ta chronique de ce matin, tu nous parles des différents perdants de l’affaire Aubut...
 
Selon moi, les seuls vrais perdants sont des perdantes : les femmes qui depuis des dizaines d’années ont eu à subir les remarques et les comportements déplacés de Monsieur Aubut.

Réjean, dans ta chronique tu dis : « Marcel Aubut se retrouve emporté par un tsunami médiatique qui l’a forcé à démissionner de son poste de président du Comité olympique canadien et qui va l’obliger, avec sa famille, à vivre un enfer dans l’opinion publi­que pendant des mois »
 
Ce n’est pas le « tsunami médiatique » qui l’a forcé à démissionner. Ce n’est pas le « tsunami médiatique » qui va faire vivre l’enfer à sa famille.


Ce sont ses agissements. Quand on agit en toute impunité pendant des années, le retour du balancier fait mal quand il nous frappe en plein visage.


Ton ami n’a qu’une personne à blâmer. Et c’est lui.


C’est « the oldest trick in the book », blâmer les médias ! Ne blâme pas le messager, Réjean, les médias ne font que leur travail.


Tu écris : « J’espère que toutes les femmes concernées se sont mieux senties en ­lisant ses excuses publiées dans les journaux. Tout le monde a droit au respect ». Justement, les femmes, qu’elles soient secrétaires, journalistes comme Karine Gagnon ou grande avocate, ont droit au respect et n’ont pas à se faire donner des becs mouillés par mononcle Marcel, voir mononcle Robert en boxer ou se faire caresser les cuisses par mononcle Gérard.


Réjean, tu es un homme. Tu ne sais pas ce que c’est que de se faire rabaisser à n’être qu’une paire de seins, une paire de fesses.

Tu ne sais pas ce que c’est que d’avoir la peur au ventre, à l’idée de croiser un collègue ou un patron dans le corridor ou dans un bureau fermé. Tu ne sais pas ce que c’est de vivre avec l’humiliation, la honte d’être réduite à un objet sexuel.


Tu penses que les remarques ou les blagues de ton ami (et de tant d’autres) ne visaient pas à blesser. Mais elles blessent, pourtant, et plus profondément que tu ne peux l’imaginer.
 
Réjean, as-tu suivi le « tsunami médiatique » autour de « agressionnondénoncée » ? Des milliers de femmes (et quelques hommes) ont témoigné sur Twitter des petites, moyennes et grandes agressions qu’elles ont vécues au quotidien. Bien des hommes sont tombés des nues en découvrant l’ampleur du phénomène. Mais pas une femme que je connais n’a été surprise.

On le sait toutes ce que c’est de vivre avec un monconcle aux mains baladeuses, une cousine victime d’un père incestueux, une collègue qui se fait tasser dans un coin.

Quand je travaillais comme productrice télé, j’étais le bras droit d’un producteur connu. Un de nos clients n’arrêtait pas de faire des blagues : « T’es le bras droit du producteur, ça veut-tu dire que tu le crosses avec ton bras gauche ? ». Des gars comme ça, on en a toutes rencontrés dans nos familles, nos milieux de travail, parmi nos proches.


Ce que disent les femmes qui ont dénoncé Marcel Aubut c’est « tolérance zéro », mon cher Réjean.


On ne veut plus jamais se faire dire « Y’est comme ça Marcel, c’est un bon gars, il ne voulait pas faire du mal, regardez comme il a accompli de grands choses ».
Ça n’est pas une excuse.


Et tous ceux qui ont été témoins des agissements déplacés de gens de pouvoir et qui se sont tus sont en quelque sorte des complices.


Ras-le-bol de l’omerta du sexe, qui fait qu’on se tait quand un grand patron fait un commentaire sur les seins d’une secrétaire.

Tu écris : « sa nature et son exubérance l’ont amené à une familiarité et à une façon d’aborder les femmes qui ont déplu à plusieurs. » Tu en fais une question de goût. Certains aiment, d’autres pas. 


Mais tu aurais dû écrire que ces comportements ont déplu À TOUS. Personne ne devrait accepter ou tolérer ce genre d’agissements.


C’est ça qu’un vrai chum dit à son ami.

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