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L’intransigeance du Dr Barrette

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Lorsqu’elle regarde son fils de 19 mois et sa fille de 5 ans, Joliane Trudel n’ose penser au temps qui lui reste. Les métastases sur son pancréas sont si importantes que son oncologue n’a même pas pu l’opérer. Il ne peut plus rien pour elle, sinon une chimiothérapie palliative.

Lorsqu’elle regarde son fils de 19 mois et sa fille de 5 ans, Joliane Trudel n’ose penser au temps qui lui reste. Les métastases sur son pancréas sont si importantes que son oncologue n’a même pas pu l’opérer. Il ne peut plus rien pour elle, sinon une chimiothérapie palliative.

Ce n’est qu’une question de temps, lui a-t-il dit. Joliane est donc partie en Allemagne il y a deux jours pour tenter le tout pour le tout.

Elle sera traitée à l’Hôpital universitaire de Francfort par le Dr Thomas Vogl, qui a étudié son dossier et croit pouvoir prolonger sa vie grâce à des traitements de chimioembolisation. On ne dit pas la guérir, juste lui donner un peu plus de temps avec ses enfants.

Un mois, six mois, un an, Joliane prend tout. Tout le temps qu’on pourra lui donner. Ce voyage va lui coûter 20 000 $ payés par ses proches et grâce à une campagne internet.

Se faire soigner ailleurs

De plus en plus de Québécois atteints de cancer font comme elle, attirés par l’espoir d’une rémission. En ce moment même, ils sont une quinzaine sous traitement à Francfort. De nombreux autres se préparent pour leur prochaine chimio là-bas, affirmant déjà se sentir beaucoup mieux. Juste leurs témoignages devraient intéresser notre ministre de la santé.

Au lieu, le Dr Barrette accuse le Dr Vogl de faire du «commerce de l’espoir». Il rejette catégoriquement l’efficacité des traitements de chimioembolisation pratiqués par le Dr Vogl, sans avoir pris la peine de le contacter pour en savoir plus.

La veille du départ de Joliane Trudel, j’ai demandé au Dr Barrette pourquoi de tels traitements n’étaient pas offerts au Québec. Pourquoi les Québécois atteints de cancer se sentent-ils obligés de se tourner vers l’Allemagne pour bénéficier de l’écoute attentive d’un médecin? Pourquoi le Québec ne se penche-t-il pas plus sur la technique de chimioembolisation du Dr Vogl?

Le Dr Barrette n’en démord pas: le Dr Vogl devra publier une étude sur ses travaux pour qu’il le prenne au sérieux. Sans étude, notre ministre de la Santé ne veut rien savoir. Il soulève même des doutes quant aux véritables intentions du médecin allemand, soulignant le côté commercial des traitements. Comme si nous, au Québec, ne faisions pas payer les patients étrangers qui viennent se faire soigner ici. Pourquoi les Allemands auraient-ils à payer pour des soins prodigués à des Québécois?

Pas de miracle

J’ai parlé au fameux Dr Vogl. Il se défend de vendre du rêve. «Nous insistons pour dire que nous ne faisons pas de miracle. Sur 20 patients qui nous contactent, nous n’en prenons qu’un. Nous traitons seulement ceux à qui nous croyons possible de rallonger la vie.»

J’ai reçu de nombreux témoignages de Québécois qui se sont fait traiter à Francfort, frustrés devant la lenteur du système. Peut-on les blâmer de chercher ailleurs un peu de répit? Non. Je ferais comme eux.

Quand tu te fais dire ici que tu en as pour trois mois à vivre, mais qu’on ne peut te donner un rendez-vous avec un oncologue... avant trois mois, tu te demandes qui joue avec ta vie.

Le Dr Barrette ne sait-il pas que l’espoir garde en vie?

 

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