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Partenariat transpacifique: une entente qui pourrait avantager les consommateurs québécois

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Le Partenariat transpacifique (PTP) conclu entre le Canada et 11 pays situés sur les côtes du Pacifique pourraient jouer en faveur des consommateurs québécois, même si les impacts réels sont difficiles à prévoir, selon des experts.

Des associations de consommateurs et des spécialistes ont même refusé de se prononcer tant que les détails de l’entente ne seront pas dévoilés. Quoi qu’il en soit, «la libéralisation des marchés rime normalement avec une augmentation de la qualité et de la variété des produits», estime Germain Belzile, professeur en économie aux HEC. Mais il faudra peut-être attendre trois à cinq ans avant de noter des changements sur nos tablettes.

Voici cinq produits qui sont visés par cette entente touchant 40% de l’économie mondiale:

Les médicaments

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Le prix des médicaments pourrait augmenter et leur accès être plus limité, dénonce Médecins sans frontières (MSF).

Selon l’organisme, on retrouverait dans l’entente des dispositions qui accroissent la portée et la durée des brevets pharmaceutiques de certains médicaments.

Les entreprises pourront donc en con­trôler le prix plus longtemps et éviter la concurrence des génériques. «Le PTP passera à l’histoire comme l’entente commerciale la plus préjudiciable jamais signée en matière d’accès aux médicaments dans les pays en développement», a dénon­cé Judit Rius Sanjuan, directrice et con­seillère politique de la campagne d’accès de MSF.

Le poulet

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Le prix de la volaille pourrait aussi diminuer alors que l’entente laisse une brèche d’environ 2% au poulet et au dindon importés.

De nouveaux produits de meilleure qualité pourraient s’installer sur les tablettes, ce qui forcerait aussi les producteurs à revoir leurs méthodes de production, selon Sylvain Charlebois, professeur en agroalimentaire à l’Université Guelph.

«Ça fait des années que St-Hubert demande aux producteurs d’avoir des poulets sans hormones et sans antibiotiques. Peut-être qu’il l’obtiendra avec ce nouvel accord», espère-t-il.

Les voitures

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C’est dans le secteur automobile que les consommateurs verront sans doute le plus grand changement.

Le PTP prévoit que 45% de la valeur d’un véhicule automobile et de certaines pièces devront provenir des États partenaires de l’entente pour être libérés des tarifs douaniers.

«On l’a déjà vu avec l’accord avec la Corée, les voitures coréennes sont moins chères. D’autres voitures asiatiques suivront maintenant le pas. L’entente forcera sans doute aussi tous les constructeurs à baisser leur prix pour éviter de perdre de la clientèle», explique Germain Belzile, professeur en économie aux HEC.

Le lait

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Si de leur côté les producteurs de lait s’inquiètent de l’ouverture de 3,25% de leur marché aux importations, le con­sommateur, lui, ne verra pas une grande variation de prix sur les tablettes.

«Le producteur va certainement vendre son lait moins cher, mais tant qu’on aura le prix minimum permis au Québec, le consommateur ne sera pas vraiment touché», soutient Sylvain Charlebois, professeur en agroalimentaire à l’Université de Guelph.

Selon lui, ce seront les grands transformateurs de produits laitiers comme Saputo ou Agropur qui en profiteront le plus. «Ils vont pouvoir acheter du lait moins cher et diminuer leurs coûts de production, mais rien n’indique qu’ils baisseront le prix de leurs produits en conséquence», dit-il.

Les œufs

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Le prix des œufs pourrait diminuer, selon les experts consultés par Le Journal. Les produits importés pourraient occuper 2,3% du marché, ce qui forcerait les producteurs à revoir leurs façons de faire, esti­me Germain Belzile, professeur d’économie aux HEC. «La rotation des stocks se fait très lentement, nous n’avons pas accès à des œufs pondus la même journée dans les épiceries, loin de là. Mais avec l’entente, ça pourrait changer.»

Encore une fois, ce seront sans doute les transformateurs qui en bénéficieront le plus.

«Les boulangeries industrielles paieront moins cher leurs matières premières. Elles amélioreront sans doute leur marge de profits», soutient Bertrand Montel, chercheur indépendant en économie agroalimentaire.

Réactions des autres partis

  • Un gouvernement du Nouveau parti démocratique élu s’opposerait à l’entente, affirme le chef Thomas Mulcair, ajoutant que 20 000 emplois pourraient être perdus.
  • Le chef libéral Justin Trudeau est réceptif à l’entente, même s’il dénonce le manque de transparence.
  • Les producteurs de lait québécois subiront les coups les plus rudes, selon le chef du Bloc, Gilles Duceppe.

Ce qu’ils ont dit

« Un accord delibre-échange est toujours positif pour l’économie du pays. Dans son ensemble, le libre-échange est toujours positif. »

– Carlos Leitao, ministre des Finances

« C’est sûr que ça leur fait mal (aux fermes laitières), mais sur le total, moi, d’un point de vue économique, je suis obligé de dire “Non, c’est un bon accord”. »

– Jacques Daoust, ministre de l’Économie

« Un accord tout à fait unique, (...) le plus grand partenariat de l’histoire du monde. »

– Stephen Harper, premier ministredu Canada

Les pêcheurs auraient voulu être consultés

Réginald Cotton, Pêcheur.
Photo courtoisie
Réginald Cotton, Pêcheur.
GASPÉ | Les pêcheurs gaspésiens craignent l’arrivée massive de produits «bon marché» dans les poissonneries du Québec, à la lumière du Partenariat transpacifique qui inclut des volets sur la pêche. Ils déplorent par le fait même «l’absence de consultation» de la part d’Ottawa.

Difficile toutefois pour la plupart des intervenants consultés par Le Journal de commenter le fond de l’accord puisqu’ils ont reçu peu d’informations.

«Ça peut être bénéfique pour nos exportations, mais si c’est de l’importation qui arrive à bas prix comme ce qui se passe avec le lait qui permet à d’autres pays de s’attaquer au marché du Québec à prix moindre, ça met toute l’industrie laitière en difficulté. Ça va être la même chose pour la pêche», craint le président de l’Association des pêcheurs de la MRC de Pabok, Gilles Albert.

Un important transformateur de produits de la mer de la Gaspésie, Lelièvre, Lelièvre et Lemoignan, demeure prudent.

«À part le Japon, où on vend, les autres pays, on ne vend pas encore. Je ne sais pas quel effet ça va donner. Mais avant de m’avancer, je veux savoir le contenu de l’accord. On n’est pas assez au courant», indique Rock Lelièvre.

Aux Îles-de-la-Madeleine, l’Association des pêcheurs propriétaires n’a pas voulu s’avancer, n’ayant été «contactés ou sensibilisés par personne, ni même les députés, par rapport à cet accord-là».

Bon côté

Pêcheur de crevettes à Riviè­re-au-Renard, Réginald Cotton n’est pas au fait des développements de cet accord. Mais il pourrait y avoir certains aspects intéressants.

«Pour le Japon, on exporte le crabe et le turbot. Le crabe, ça fait des années. Si ça enlève les tarifs pour les douanes, ce pourrait être un plus, mais je ne veux pas trop m’avancer», dit-il.

Nelson Sergerie, Collaboration spéciale

« Un coup de pelle en pleine face »

Les producteurs de lait l’encaissent difficilement

Bruno St-Pierre, producteur agricole dans les Basses-Laurentides, est convaincu qu’en 24 heures la valeur de sa ferme a diminué.
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Bruno St-Pierre, producteur agricole dans les Basses-Laurentides, est convaincu qu’en 24 heures la valeur de sa ferme a diminué.
Un producteur laitier de Glenville, dans les Basses-Laurentides, croit que le Partenariat transpacifique vient de faire baisser la valeur de sa ferme.

C’est un coup de plus que doit subir Bruno St-Pierre. Le producteur laitier peine déjà à éponger ses pertes de 50 000 $ qu’il a subies l’an dernier lorsque le prix payé du lait a chuté.

Le PTP permettra au lait étranger d’accaparer 3,25% du marché canadien. Bruno St-Pierre se demande comment il réussira à tenir le coup.

Selon lui, les producteurs canadiens auront du mal à demeurer compétitifs devant le lait américain qui n’est pas soumis aux mêmes normes de qualité.

«La baisse du prix du lait était un coup de pelle derrière la tête. Là, c’est un coup de pelle en pleine face qu’on reçoit», commente-t-il.

Avenir compromis

À 36 ans, il a une dette de 2 M$ pour une ferme qui vient de baisser de valeur. L’avenir s’annonce difficile, au point où il se demande s’il pourra transférer la ferme à sa fille, qui souhaite devenir la quatrième génération à prendre la relève.

«Comment puis-je lui transférer la ferme si moi-même je ne suis pas capable de fonctionner? Je viens de perdre des revenus, de la stabilité, je suis en train de perdre mon nom vis-à-vis des créanciers et des fournisseurs.»

Avec l’entente de libre-échange signée entre le Canada et l’Union européenne en octobre 2013 et d’autres importations déjà acceptées, c’est un peu plus de 13% du marché qui est occupé par des étrangers.

«Ça fait deux fois que les producteurs font des concessions sur la gestion de l’offre, mais le soutien agricole n’est jamais sur la table», précise le président des Producteurs de lait du Québec Bruno Letendre.

À Noyan, en Montérégie, Christian Kaiser, 34 ans, entrevoit aussi les effets négatifs. Troisième génération à la tête de la ferme, il précise que les importations seront autorisées pour les classes de lait les plus payantes, c’est-à-dire le lait à consommer, celui pour le fromage et le yogourt.

À Val-Joli, en Estrie, Laurent Tremblay soutient pour sa part que plusieurs points devront être éclaircis. Le producteur laitier de 47 ans, également président du syndicat local dans le Val-Saint-François, estime que beaucoup trop d’argent a été investi dans le système des quotas pour qu’il ne soit abandonné à court terme.

«Il faut attendre avant de paniquer. C’est impossible que tout le système soit laissé de côté, mais je comprends que la situation en inquiète plusieurs.»

Éliane Thibault, Collaboration spéciale

L’Asie s’ouvre à la canneberge du Québec

De nouveaux territoires pourraient s’ouvrir aux producteurs de canneberges.
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De nouveaux territoires pourraient s’ouvrir aux producteurs de canneberges.
Les producteurs de canneberges du Québec sont satisfaits de l’entente économique qui leur donnera désormais un accès privilégié aux pays émergents de la zone Asie-Pacifique.

«On ne pouvait pas demander mieux!» lance Pierre Fortier, propriétaire des Atocas de l’Érable, situés à Notre-Dame-de-Lourdes, au Centre-du-Québec.

À la tête de cette entreprise qui produit 2% de la production mondiale de canneberge, M. Fortier est confiant que les transformateurs à qui il vend ses petits fruits augmenteront leurs parts de marché dans les pays émergents de l’Asie-Pacifique.

Baisse des tarifs

«On s’attend à une élimination complète ou partielle des tarifs douaniers», indique Monique Thomas, directrice générale de l’Association des producteurs de canneberges du Québec (APCQ). Selon les pays signataires de l’entente, ceux-ci varient de 5% à 30%.

Sylvain Dufour, vice-président aux ventes et au marketing chez Fruit d’Or, explique que la concurrence est ardue avec les États-Unis et le Chili, qui étaient déjà exemptés des tarifs douaniers en vertu d’ententes de libre-échange spécifiques.

Désormais, les producteurs d’ici se retrouveront sur un pied d’égalité. «Pour le Québec et l’industrie des petits fruits, c’est très très bon», commente-t-il.

Même si les États-Unis demeureront le principal marché des producteurs de canneberges québécois, Mme Thomas, estime que cette entente est «une porte ouverte vers l’Asie». Il s’agit, selon elle, d’un marché prédestiné pour la canneberge.

Caroline Lepage, Collaboration spéciale

 

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