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Et si les traités de libre-échange ne faisaient plus accroître le commerce international?

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Les pays participant aux négociations sur le Partenariat transpacifique (PTP) ont annoncé hier qu’une entente de principe avait finalement été conclue. Cet accord commercial international regroupe douze pays (États-Unis, Canada, Mexique, Pérou, Chili, Australie, Nouvelle-Zélande, Japon, Vietnam, Malaisie, Singapour, Brunei) représentant environ 40 % du PIB mondial. Il s’ajoute aux douze accords de libre-échange déjà en vigueur au Canada ainsi qu’aux deux accords conclus dans la dernière année.

Sur le site de Affaires étrangères, Commerce et Développement Canada, on peut lire qu’« il s’agit d’un accord économique, exhaustif, stratégique et équilibré qui permettra d’accroître la présence du Canada en Asie-Pacifique ». Le premier ministre Stephen Harper s’est réjoui lundi de la conclusion de cette entente, affirmant que cet accord « protégera l'économie canadienne [de même que] les emplois et créera d'autres emplois pour les générations à venir” ».

 

Cet enthousiasme contraste pourtant avec la dynamique actuelle du commerce international, qui a fait l’objet d’une analyse dans la plus récente Revue du système financier de la Banque du Canada. Les auteurs du rapport rappellent que le commerce international s’est accru à partir du milieu des années 1980 avec la libéralisation des échanges (notamment grâce à la diminution des tarifs douaniers) et la fragmentation des processus de production entre les pays. Concrètement, « entre 1990 et 2008, le commerce mondial a crû deux fois plus vite que la production de l’ensemble du globe. De ce fait, le volume des échanges de marchandises (exportations plus importations) est passé d’environ 25 % à 45 % du PIB mondial » (p. 15).

 

Cette tendance montre toutefois des signes d’essoufflement depuis quelques années :

« Après avoir connu une croissance plus rapide que le produit intérieur brut (PIB) mondial durant la période qui a précédé la crise, les échanges internationaux ont marqué le pas, leur progression affichant depuis 2010 un niveau à peine équivalent à celui de la croissance économique peu reluisante dans l’ensemble du globe. En conséquence, la propension mondiale au commerce (ou le ratio des échanges au PIB mondial) a cessé de croître » (p. 14).

 

Après avoir examiné l’impact évident de la crise financière de 2008 et de la récession qui s’en est suivie sur la propension des pays à échanger entre eux, les auteurs se penchent sur les causes structurelles (qui ne sont pas liées aux cycles économiques) pouvant expliquer cette faible croissance du commerce international. Ils mettent en évidence trois phénomènes : premièrement, la délocalisation de certaines industries manufacturières canadiennes dans les pays émergents semble avoir freiné les échanges intra-industriels (la propension à exporter et à importer un certain type de bien, par exemple des automobiles). Deuxièmement, l’avantage amené par la spécialisation de notre économie semble s’être réduit sous l’effet de la diffusion de diverses technologies de production dans les pays émergents. Troisièmement, le fait que la Chine ait réduit sa dépendance envers les autres pays pour la fourniture de biens entrant dans la production de ses marchandises a vraisemblablement réduit l’ampleur du commerce international, étant donné le poids de ce pays dans l’économie mondiale. Les auteurs concluent : « Ces facteurs structurels sont [...] à l’origine du déclin graduel du taux d’accroissement du ratio du commerce mondial au PIB, qui au fil du temps se rapproche de zéro. » (p. 27)

 

Depuis le début des années 2000, la libéralisation accrue du commerce n’a pas eu d’effet marqué sur le rythme de croissance des échanges pour le Canada. La dynamique de la mondialisation de l’économie pourrait avoir atteint sa limite et la Banque du Canada n’est pas la seule à souligner cette tendance. Le professeur Christian Deblock soulignait toutefois en entrevue au Devoir que les accords de libre-échange permettent d’uniformiser une série de normes (administratives, environnementales, etc.) qui s’appliquent aux entreprises. Est-ce à dire qu’ils visent d’abord à adapter les juridictions et réglementations nationales aux besoins des multinationales ? Le Centre canadien de politiques alternatives soutient que si ces corporations profitent de tels traités, c’est au détriment de la souveraineté des États, par exemple en matière de développement local. Si le PTP n’apportera vraisemblablement pas la croissance espérée par ses défenseurs, il est légitime de se demander à qui profitera-t-il ? Voici en tout cas une question qu’il aurait été pertinent de soulever dans le cadre de la présente campagne électorale.