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On n’est pas couché

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Vous connaissez On n’est pas couché? À certains égards, c’est l’émission phare de la télévision française, qui passe le samedi tard en soirée. TV5 la diffuse ici. À certains égards, c’est l’équivalent de Tout le monde en parle.

Vous connaissez On n’est pas couché? À certains égards, c’est l’émission phare de la télévision française, qui passe le samedi tard en soirée. TV5 la diffuse ici. À certains égards, c’est l’équivalent de Tout le monde en parle.

La formule est la suivante. Laurent Ruquier anime et fait le farceur, mais est assisté de deux francs-tireurs qui provoquent le débat et confrontent les différents invités.

Pour un Québécois, l’émission a quelque chose de surréaliste. On y invite régulièrement des intellectuels et des politiciens, on les met en relation avec des cinéastes, des chanteurs, des acteurs. Et on s’y esquinte sérieusement. Les invités n’y sont pas traités avec complaisance.

Évidemment, c’est une émission de divertissement et quelquefois, tout vire au mauvais spectacle, à la polémique facile. Comme on dit, on cherche à faire le buzz.

Vive le débat

Il y a quand même là quelque chose de vivifiant pour une société comme la nôtre, aussi coincée lorsque vient le temps de débattre publiquement. Dans une société aussi consensuelle que le Québec, un débat, c’est moins l’affrontement assumé, mais civilisé de deux points de vue qu’une manière originale de les réconcilier en finissant avec des câlins et un grand rire.

Pour les Français, c’est un peu le contraire. Si on ne s’affronte pas, on s’endort.

Il faut dire que la France est bien singulière. Philosophes et écrivains font la une des hebdomadaires. Il y a de quoi rêver.

Qu’on ne se trompe pas. Ce n’est pas d’une émission faite pour les intellectuels par des intellectuels. Elle n’a rien à voir avec la légendaire émission Apostrophe, avec Bernard Pivot, qui longtemps a fait la gloire de la France.

Mais c’est une émission qui leur fait une place dans la vie publique et qui donne pour cela un angle original à l’actualité. La vie des idées a sa place au cœur de la cité.

Il faut dire que la France est bien singulière. C’est un des rares pays où un livre peut encore provoquer un tremblement de terre, comme on l’a vu ces dernières années avec L’identité malheureuse d’Alain Finkielkraut, Le suicide français d’Éric Zemmour ou Soumission de Michel Houellebecq.

En France, philosophes et écrivains font la une des hebdomadaires. Il y a de quoi rêver.

Nous partons de loin chez nous. Comme si les idées étaient de trop dans la vie publique et devaient vivoter dans les marges. À la radio, on ne trouve aucune émission sérieusement consacrée au monde des livres. On s’imagine qu’un livre est un produit culturel aussi exotique qu’ennuyant. On laissera les initiés en parler entre eux, mais on ne croira pas qu’il peut éclairer le commun des mortels.

Vive les idées

Je rêve d’une ouverture de notre espace médiatique à un plus grand sens du conflit, de la confrontation. Non pas la chicane pour la chicane, où chacun se hurle à la tête.

Un vrai débat n’est pas un festival de ruades, où chacun cherche à en finir une fois pour toutes avec son adversaire. C’est le moment d’éclaircir un désaccord de fond entre des visions du monde contradictoires.

Peut-on espérer une plus grande ouverture de nos médias à la vie intellectuelle et la multiplication des débats de fond? Qui sait, si un plus grand nombre de Québécois écoutait On n’est pas couché, cela pourrait leur en donner envie.

 

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