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8 milliards de litres de fange. Vous auriez pas pu le dire avant?

DÉVERSEMENT D'ÉGOUT
photo d’archives

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Il est de ces situations qui révèlent combien nos décideurs ont du chemin à faire en matière de respect des citoyens. En 2015, dans une société démocratique saine, il est inacceptable que le peuple ait été mis devant le fait presque accompli du déversement de millions de litres d’eaux usées dans le Saint-Laurent.
 
Dans une société démocratique saine, le maire de Montréal, le ministre de l’Environnement et un spécialiste de la gestion des eaux usées auraient convoqué une conférence de presse il y a 6 mois.
 
Ils nous auraient dit à peu près ceci.
 
Nous voulons informer les citoyens d’une situation tout à fait exceptionnelle qui surviendra dans les prochains mois, dans la foulée de la réalisation des travaux de réaménagement de l’autoroute Bonaventure.
 
Pour réaliser cet abaissement de l’autoroute, il sera nécessaire de déplacer une chute à neige et de purger les égouts. En termes clairs, nous serons dans l’obligation de déverser dans le Saint-Laurent des eaux usées et non traitées pendant une semaine. La quantité déversée sera d’environ 8 milliards de litres.
 
Les spécialistes de la Ville de Montréal et du ministère de l’Environnement élaborent actuellement différents scénarios pour limiter les impacts de cette opération.
 
Nous sommes ici pour répondre à toutes vos questions parce que nous croyons que les citoyens doivent être bien informés de cette situation, encore une fois exceptionnelle, que nous regrettons vivement.
 
***
 
Et les citoyens auraient compris. Bien sûr, il y aurait eu une vive controverse, des écolos seraient montés aux barricades, des maires et des citoyens de municipalités situées en aval de Montréal auraient fait des conférences de presse à leur tour pour dénoncer la situation.
 
Mais c’est ça la démocratie.
 
À quelques jours de ce grand beurrage du fleuve, on apprend que Québec et Montréal planchent sur cette situation délicate depuis plus d’un an. Alors que la grande majorité de la population québécoise est riveraine, alors que par dizaines des municipalités prennent leur eau potable dans le fleuve, on a tenu les citoyens dans le secret.
 
Je suis prêt à accepter que nous sommes devant une situation exceptionnelle qui n’a peut-être pas d’autres solutions que l’impossible constipation des masses, mais que nos décideurs aient agi en catimini est indigne en démocratie. Cela nous ramène des décennies en arrière, à l’époque où les gouvernants considéraient les citoyens comme des gens bêtes.
 
Et comme si ce n’était pas assez comme fiasco politique et démocratique, voilà que le gouvernement fédéral, celui-là même qui est à la face du monde une honte environnementale, celui qui, au dire du maire Coderre était au parfum (!) du dossier depuis septembre 2014, surgit en pleine campagne électorale pour venir faire la leçon aux indigènes. Il se découvre une fibre verte avec la même hypocrisie qu’il s’est découvert une sensibilité au sort des femmes voilées.
 
On en rirait si la situation n’était pas si sérieuse.
 
Ce dossier est gênant sur le plan écologique, mais il est une véritable honte sur le plan de la relation État-citoyens.