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Trop d’intérêt pour les «légumes moches»

La demande croissante des chaînes d’épicerie pour ces produits inquiète les cultivateurs

Pascal Guérin, des Jardins A. Guérin et fils, a peur de devoir utiliser ses belles carottes pour fournir les sacs de carottes moches, si l’intérêt pour ce genre de produit continue de grandir.
Photo Journal de Montréal, marie-ève dumont Pascal Guérin, des Jardins A. Guérin et fils, a peur de devoir utiliser ses belles carottes pour fournir les sacs de carottes moches, si l’intérêt pour ce genre de produit continue de grandir.

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Les cultivateurs craignent l’intérêt grandissant des chaînes d’épicerie pour les légumes moches, ce qui pourrait mener à une dévaluation de leurs produits.

«On ne produit pas de légumes moches. C’est seulement 15 % à 20 % de notre production qui se retrouve dans cette catégorie. Il ne peut pas y en avoir tout le temps. Il ne faut pas qu’on mette de côté les beaux légumes pour fournir des légumes moches», s’inquiète André Plante, président de l’Association des producteurs maraîchers du Québec.

« S’il n’y a pas assez de produits moches ici, allons-nous en faire venir de l’extérieur ? » – Luc Bérubé

Les supermarchés Maxi, et récemment IGA, se sont lancés dans des projets pilotes pour mettre sur les tablettes des légumes dits «moches» ou «drôles».

Ces légumes sont tout aussi frais, mais ils ne respectent pas les standards de grosseur et de formes de la première catégorie. Ces sacs de légumes se vendent environ 30 % moins cher.

Mais les cultivateurs restent sur leur garde devant cette nouveauté très populaire auprès du consommateur.

Définition floue

«La définition de moche est difficile à déterminer, et s’il n’y a pas assez de produits moches ici, allons-nous en faire venir de l’extérieur ?», se questionne Luc Bérubé, propriétaire des Pommes de terre Bérubé.

C’est d’ailleurs toutes ces questions restées en suspens qui préoccupent les agriculteurs.

«En pleine saison des récoltes, ça se fait bien, mais s’ils en veulent toute l’année, il va certainement falloir en rediscuter», insiste Denis Bissonnette du Groupe Éthier, qui fournit des betteraves moches.

Le faible prix que s’attendent à payer les consommateurs fait également l’objet de craintes puisque produire des légumes moches ne coûte pas nécessairement moins cher.

«Il faut quand même enlever les légumes pourris ou grugés par les insectes, par exemple. On doit aussi les emballer et les transporter», explique Pascal Guérin des Jardins A. Guérin et fils.

Le consommateur apprécie aussi le produit puisqu’il a le sentiment de contrer le gaspillage alimentaire. Mais ce n’est pas nécessairement le cas.

«Nos légumes moches ne sont pas jetés. Ils sont vendus aux ban­ques alimentaires ou pour faire la nourriture pour animaux», dit M. Guérin.

De son côté, IGA se fait rassurant. «C’est un projet pilote sur une période de six semaines. Nous allons ensuite en rediscuter avec les producteurs. Notre objectif n’est pas de mettre de la pression», indique Laurie Fossat chez Sobey’s.

 

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