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Quelle est la place du Canada dans le Québec?

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C’est bien ainsi que doit se poser la question à mon sens. Quelle est la place du Canada dans le Québec? La question inverse nous maintient dans les ornières du passé. Elle nous subordonne comme Québécois. Chercher la place du Québec dans le Canada, c’est se maintenir dans la position de quémandeurs d’attention, d’argent et de respect. 
 
Si nous sommes une nation, ce qui est pour moi une évidence historique et culturelle; si nous sommes une nation qui a fait le choix de vivre dans le pays qu’elle a co-fondé, alors agissons en conséquence. Investissons-nous dans ce pays véritable et faisons-en notre maison. Impliquons-nous dans les affaires canadiennes, parce que ce sont aussi nos affaires et engageons-nous dans le gouvernement canadien, parce que c’est aussi notre gouvernement.
 
J’appartiens à ces Québécois nationalistes qui ont ressenti comme une blessure l’échec de l’Accord du lac Meech. Je suis de ceux qui ont jadis soutenu ce mouvement de protestation qu’était le Bloc québécois sous Lucien Bouchard. Je suis de ceux qui croient que la non-reconnaissance constitutionnelle de la différence du Québec est un problème de symbole bien plus réel que deux niqabs. 
 
Mais une fois que cela est dit, que la porte est close et que nous sommes engagés dans une époque d’un fruit constitutionnel qui a séché sur l’arbre avant même de mûrir, on fait quoi? Pendant combien de temps doit-on se tenir sur la voie d’évitement du Canada? Et pour y gagner quoi? En quoi notre auto-marginalisation nous a-t-elle servis? 
 
Le Bloc québécois a mené une excellente campagne. Gilles Duceppe est un politicien de talent. Dans les dernières semaines, il nous a présenté un très bon remake de son film à succès des années 90. Mais il ne peut que proposer des idées dont les autres disposeront. En lui-même, le Bloc est la marginalisation du Québec. Et quand M. Duceppe demande qu’on lui donne la balance du pouvoir, il prête à la caricature. Voici un chef politique qui déploie tout son talent dans l’objectif de ne pas gouverner, qui réclame en fin de parcours de gouverner à temps partiel le pays qu’il veut quitter! Une chatte y perdrait ses petits.
 
Les Québécois sont nombreux à dire qu’ils ne se reconnaissent pas dans le Canada et tout spécialement dans le Canada de Stephen Harper. Mais ceci explique cela. On cherche nos repères dans un pays qu’on refuse de gouverner depuis 25 ans. 
 
Notre nation doit se remettre en mouvement. Le courant de l’histoire appelle notre nation à se remettre aux commandes du Canada. C’est pour moi, depuis le début, le sens profond et réel de cette campagne électorale.
 
En 2011, les Québécois ont tourné le dos au Bloc québécois qui n’était plus alors, synonyme d’avenir. Ils ont fait ce qu’on pourrait appeler un pas de côté. Ils se sont maintenus en retrait de la conduite du pays en votant pour un parti qui ne pouvait pas prétendre au pouvoir et qui, presque au terme de cette longue campagne, ne le peut vraisemblablement pas davantage aujourd’hui.
 
En 2015, nous avons la possibilité réelle de faire sauter les verrous en passant de la marginalisation du Québec dans le Canada au réengagement du Québec dans la gouverne du Canada.
 
Ce ne serait certainement pas la fin des débats, mais ce serait le début de quelque chose. Ce serait le début d’un nouveau cycle politique. Comme une remise en marche de la machine de l’histoire. Nous avons trop longtemps contemplé l’avenir en prenant le rétroviseur pour la fenêtre.
 
Nous pouvons ramener le Québec aux commandes avec un premier ministre qui a le nom de son père, mais la capacité de retisser les liens entre Québécois et Canadiens.