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L’héritage politique de Lucien Bouchard

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Il y a 20 ans, le Québec était en plein émoi référendaire. Alors que les premiers sondages avaient laissé planer une victoire facile du camp du «non», la nomination de Lucien Bouchard à titre d’éventuel «négociateur en chef» avait donné au camp souverainiste une impulsion qui l’avait presque propulsée vers la victoire.

Il y a 20 ans, le Québec était en plein émoi référendaire. Alors que les premiers sondages avaient laissé planer une victoire facile du camp du «non», la nomination de Lucien Bouchard à titre d’éventuel «négociateur en chef» avait donné au camp souverainiste une impulsion qui l’avait presque propulsée vers la victoire.

Paradoxalement, alors que Lucien Bouchard était perçu à l’époque comme le futur «Père de la nation», il est aujourd’hui considéré de façon très péjorative par de nombreux souverainistes qui n’hésitent pas à le qualifier de «girouet­te», «d’opportuniste» ou, pire encore, de «traître».

Ce jugement sévère à son égard est tributaire dans une très large mesure de la relation complexe qu’il a entretenue avec la politique et de ses associations au fil des années à différents partis aux idéologies radicalement opposées. Dans les circonstances, il semble impossible de comprendre la cohérence de son action politique, ce qui semble accréditer la thèse d’un individu aux idées changeantes.

Une vision pragmatique de la politique

Cette difficulté n’est toutefois qu’apparente. L’engagement politique de Lucien Bouchard trouve au contraire toute sa cohérence lorsqu’elle est pensée sous l’angle du pragmatisme. Évidemment, pareil qualificatif peut faire sourciller dans la mesure où il est souvent porteur, non sans raison, d’une connotation néga­tive. En effet, il est clair que le recours à l’argument du pragmatisme par certains élus tend à masquer des intentions clairement dogmatiques.

D’autre part, les pragmatiques sont également victimes d’un certain mépris en raison du fait qu’ils n’agiraient pas en fonction de principes normatifs clairs et qu’ils seraient plutôt prêts à toutes les compromissions afin de se maintenir au pouvoir.

D’autres politiciens clairement animés par des intentions dogmatiques n’hésitent pas à avoir recours à cette notion dans le but de rendre leurs décisions plus acceptables pour la population.

À cet égard, le président du Conseil du trésor, Martin Coîteux, est sans conteste un politicien pusillanime qui manie habilement le pragmatisme afin de masquer des positions idéologiques.

Le pragmatisme bouchardien

Le pragmatisme de Lucien Bouchard était d’une tout autre nature et ne saurait en aucun cas être comparé aux politiciens idéologues incapables d’assumer leurs intentions les plus profondes. Ses décisions étaient pensées autour d’un objectif central qui a toujours guidé son action politique, en l’occurrence les intérêts supérieurs du Québec.

C’est cet étalon de mesure qui a servi de fil conducteur à toute son action publique et qui est venu donner une cohérence à ses décisions qui sont en apparence opposées sur le plan idéologique, et ce, tant sur le plan de la question nationale que dans le domaine des politiques publiques.

À cet égard, le pragmatisme bouchardien comporte d’étonnantes similitudes avec l’action politique du général de Gaulle, envers lequel Lucien Bouchard manifeste un grand respect, comme en font foi ses nombreuses allusions aux écrits de ce héros de la Résistance.

Cette biographie intellectuelle de Lucien Bouchard remet en question l’opinion de plusieurs selon laquelle il n’était qu’un simple politicien opportuniste aux opinions louvoyantes: un héritage qui devrait inspirer les décideurs d’aujour­d’hui.


  • Jean-François Caron est l’auteur de Lucien Bouchard: le pragmatisme politique, Québec: Les Presses de l’Université Laval, 2015.