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«Ils ne veulent plus m’avoir!»

«Ils ne veulent plus m’avoir!»

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Mon père fêtera bientôt ses 92 ans. Malgré son âge avancé, il est quand même en bonne santé physique et mentale.

Veuf depuis deux ans, il demeure seul dans un appartement dans une résidence pour retraités.

Bien qu’il ait besoin d’aide pour certaines choses, il est encore autonome. Il s’occupe de ses affaires bancaires et il gère bien le quotidien. En plus, il conduit sa voiture en ville pour régler ses petites commissions et il en est fier. Par contre, une surdité progressive est un obstacle aux communications avec ses proches.

Vendredi matin, 7 h, coup de téléphone en panique à ma résidence. Il me lance comme ça: «On dirait qu’ils ne veulent plus m’avoir!»

En effet, il avait reçu la veille une lettre de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) comprenant plusieurs feuillets. On lui demandait de remplir tout ça et de voir son médecin et son optométriste. Il craignait beaucoup de perdre son permis de conduire.

Il faut dire que, pour la majorité des gens de cet âge, la moindre embûche est souvent vue comme étant une grosse montagne.

Il se dit qu’il conduit prudemment depuis 70 ans, qu’il paye ses frais et taxes et que, soudainement, il se sent abandonné par la SAAQ et son gouvernement.

À notre clinique de physiothérapie, nous avons la chance de travailler avec une ergothérapeute d’expérience, Mme Louiselle Brassard. C’est elle qui gère avec tact les examens pour le renouvellement des permis de conduire.

Parfois, elle ne peut recommander ce renouvellement, et certains clients partent très en colère, ne comprenant pas tout à fait la raison de cette situation.

C’est un gros deuil pour eux!

Sujet délicat

Je lui laisse le soin de préciser quelques points sur ce sujet délicat:

«Lorsqu’une personne comme M. Girard reçoit une lettre de la SAAQ menaçant leur privilège de conduire, c’est la catastrophe! “Vais-je perdre mon permis? Autant mourir que de perdre mon permis, moi qui n’ai jamais rien eu depuis que je conduis.”»

«L’ergothérapeute, qui pourrait rencontrer M. Girard si nécessaire, n’aura pas le rôle de suspendre le permis de conduire de celui-ci, mais plutôt de s’assurer qu’il possède encore les capacités physiques et mentales pour conduire de manière sécuritaire. Ce genre d’évaluation peut se faire en une ou plusieurs rencontres. Elle comprend des tests papier, une évaluation succincte des capacités physiques et un test sur la route accompagné d’un moniteur de conduite. L’évaluation se termine avec la transmission des résultats et des recommandations, qui seront envoyés à la SAAQ parce que seule la SAAQ a un pouvoir de décision dans ces dossiers.»

Un Privilège et non un droit

«La conduite automobile n’est pas un droit, mais un privilège. Malheureusement, rien ne peut garantir ce privilège, même un âge vénérable et un dossier vierge d’infraction.

«Alors, gardez confiance, M. Girard, et je vous souhaite de pouvoir rouler encore plusieurs années!

«En plus de rassurer notre conducteur d’expérience, je l’ai accompagné dans ses démarches pour satisfaire aux demandes de la SAAQ.

«Que ce soit pour les jeunes hommes conduisant à tombeau ouvert, les jeunes filles textant au volant, les gens conduisant sous l’effet de l’alcool ou d’autres substances ou le vieux conducteur qui a perdu un peu de ses réflexes et qui sort près de chez lui à l’occasion pendant la journée, ça prend des normes bien claires.

«Il faut cependant intervenir avec fermeté et tact selon la dangerosité réelle des conducteurs.»