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La prévision du Calcul électoral: victoire libérale minoritaire

La prévision du Calcul électoral: victoire libérale minoritaire

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Selon le tout dernier Calcul électoral, une victoire libérale minoritaire est à prévoir. Mais ce n’est pas toute l’histoire.

Mise à jour: L'addition au Calcul électoral de quelques sondages parus en soirée après la rédaction initiale de ce billet de blogue est venue changer quelque peu les prévisions en ajoutant plusieurs sièges à l'avance libérale. Pour les détails, consultez le Calcul électoral, qui a été mis à jour pour refléter ces additions. Bref, la prévision est maintenant plus claire : la victoire libérale sera fort probablement minoritaire, mais pas nécessairement si mince que cela. La consultation des tableaux ci-dessous permet de se faire une idée des circonscriptions où les luttes seront les plus serrées ce soir. Les parties en italiques ont été mises à jour. N.B.: Dans la circonscription de Davenport (Ont.), nos 10 000 simulations se sont soldées par un rarissime match nul (5000 aux libéraux et 5000 aux conservateurs), ce qui explique le compte en apparence fautif de 337 sièges du Calcul.

Tout au long de la campagne, le Calcul électoral a présenté des projections en prenant bien soin de ne pas les confondre avec des prévisions.  La veille du vote, le Calcul prédit une victoire à l’arraché du Parti libéral, sans fermer la porte à une égalité ou une courte pluralité conservatrice qui précipiterait une mini-crise constitutionnelle à Ottawa, car les libéraux et les néodémocrates se sont tous deux engagés solennellement à désavouer un gouvernement Harper minoritaire à la première occasion.

Donc, selon nos derniers résultats, les libéraux sont en tête avec une récolte attendue d’environ 138 sièges et les conservateurs seraient deuxièmes avec 117 sièges. Notre prévision est donc teintée de prudence, car plusieurs facteurs pourraient venir infléchir les tendances observées par les sondages dans une direction ou l’autre.

Quelques sources générales d’incertitude sur nos projections

Notre prévision dépend largement de la fiabilité des données que nous avons utilisées pour évaluer les intentions de vote dans les six régions définies par les maisons de sondage. Ces firmes utilisent des méthodes différentes qui peuvent à différents moments influencer leurs résultats, même si les spécialistes ne s’entendent pas sur l’ampleur ou la direction de tous ces effets.

Dans le cas du Québec, par exemple, on a noté pendant toute la campagne une assez grande variance dans les intentions de vote pour le Bloc Québécois. Alors que des firmes comme Léger ou EKOS (dans son tout dernier sondage) placent les appuis du Bloc autour de 24% (son résultat de 2011), d’autres sondeurs aux mêmes dates l’estime plutôt sous la barre des 20%. Qui dit vrai? Difficile à dire, mais il ne semble pas exagéré de prédire pour le Bloc un résultat plus proche de sa borne supérieure (15 sièges) que de sa borne inférieure (zéro). Les mêmes tendances à surévaluer ou sous-évaluer un parti ou un autre s’observent à travers toute la campagne, ce qui rend probable certains écarts entre nos estimations et les résultats de lundi.

Une autre source possible de biais dans les sondages tient à la propension plus grande, règle générale, des électeurs d’allégeance conservatrice à participer au vote. Certains prévisionnistes ajustent les résultats de leurs projections en fonction de cette tendance. Nous ne l’avons pas fait. De plus, cette élection a généré beaucoup d’énergie de la part de ceux et celles qui appelaient vivement de leurs vœux un vote contre le gouvernement Harper. La forte participation au vote anticipé pourrait être un signe d’une participation plus élevée qu’à l’habitude qui viendrait amoindrir cet avantage conservateur.

Quelques sources spécifiques d’incertitude

Finalement, il y a un bon nombre d’impondérables qui feront en sorte que les élections dans certaines circonscriptions défieront les tendances qui guident notre modèle vers des prédictions plus ou moins aveugles. Par exemple, le courant de sympathie dont a bénéficié le Bloc Québécois après le retour de son chef pourrait permettre à celui-ci de battre la tendance lourde qui l’identifie comme perdant dans Laurier-Sainte-Marie. Il est aussi possible que les électeurs d’Outremont, une circonscription traditionnellement libérale, signaleront au leader du NPD le chemin de la sortie plus vite que prévu, maintenant qu’il est clair que son parti ne formera ni le gouvernement ni l’opposition officielle.

Dans d’autres comtés, certains députés ont réussi à tisser des liens étroits avec leurs commettants et ceux-ci pourraient les récompenser en leur accordant un vote de sympathie qui leur permettrait de garder leur poste malgré les déboires de leurs partis. La même logique s’applique pour des candidats qui auront développé un lien exceptionnel avec leur électorat qui leur permettra de dépasser dans leur circonscription les attentes générées par la performance d’ensemble de leur parti. Par contre, si la moyenne d’intentions de vote mesurée par les sondages est exacte, pour chaque circonscription où un parti performe mieux que la tendance, il s’en trouvera une autre où les choses iront moins bien. C’est pourquoi, même si on peut s’attendre à un certain nombre de prédictions incorrectes au niveau des circonscriptions, les erreurs devraient avoir tendance à s’annuler si la tendance est correcte.

Des circonscriptions à surveiller

Au Québec, plusieurs luttes à trois et parfois à quatre rendent la prévision des résultats individuels extrêmement hasardeuse, comme en témoigne le tableau ci-dessous, qui rapporte les 16 circonscriptions où nous estimons à moins de trois points de pourcentage l’avance du meneur, liste à laquelle nous ajoutons le comté d’Outremont, où le chef néodémocrate Thomas Mulcair pourrait voir ses choix d’orientation de carrière grandement facilités si les électeurs traditionnellement libéraux qui lui ont accordé leur confiance lors des élections précédentes retournent en masse à leurs allégeances passées.

Tableau 1: Les projections les plus serrées au Québec

Blogue 2015 10 18 No 1

Parmi les autres luttes à surveiller lundi soir, il y a Saint-Maurice-Champlain, où le jeune candidat libéral vedette François-Pierre Champagne aurait un point d’avance sur ses deux rivaux. Une légère déviation de la tendance pour ou contre un ou l’autre de ces partis pourrait lui coûter la victoire. On verra également si le fort capital de sympathie personnel qu’a su développer la députée Ruth-Ellen Brosseau dans Berthier-Maskinongé lui permettra de surmonter la tendance lourde d’un retour vers le Bloc, ou même vers les libéraux, dans son comté. Dans Québec, on pourrait voir une autre vedette libérale, l’économiste Jean-Yves Duclos, battre la tendance en rattrapant l’avance présumée du NPD, mais cela devra se faire en passant par-dessus le Bloc, qui pourrait revenir de l’arrière.

Mise à jour

Avec la mise à jour du Calcul électoral, la liste des circonscriptions les plus serrées au Québec s’est étendue un peu. Plusieurs des courses serrées qui penchaient vers le NPD ont basculé dans la colonne libérale et plusieurs circonscriptions où l’avance du NPD dépassait les trois points sont maintenant incluses. Si on assiste lundi soir à une performance du Bloc Québécois meilleure que ce que ne laissent entrevoir les plus récents sondages, plusieurs de ces courses serrées pourraient se solder par un retour du Bloc. On surveillera bien sûr particulièrement la circonscription d’Outremont, mais aussi celles qui donnent lieu à des courses à trois, identifiées au tableau par un astérisque (si le troisième est à moins de trois points du meneur).

Tableau 1: Les projections les plus serrées au Québec (dernière mise à jour)

Blogue 2015 10 18 No 1A

Le tableau qui confirme la prévision

(Mis à jour) Le tableau mis à jour dans le reste du Canada révèle un plus grand nombre de courses serrées, et surtout un bon nombre de circonscriptions où la projection bascule du camp des conservateurs à celui des libéraux. Dans l’ensemble du Canada, les 55 candidats dont l’avance est inférieure à trois points se distribuent maintenant de la façon suivante après mise à jour : 15 conservateurs (tous à l’extérieur du Québec); 19 néodémocrates (dont 11 au Québec); 19 libéraux (8 au Québec); et 2 bloquistes. C’est ce qui me fait dire que si nos estimations sont justes, la pente paraît désormais extrêmement difficile à remonter pour les conservateurs.

Tableau 2: Les projections les plus serrées ailleurs au Canada (dernière mise à jour)

Blogue 2015 10 18 No 2A

En somme, tout peut arriver, mais une victoire minoritaire libérale demeure de loin le scénario le plus probable.  Une courte victoire minoritaire des conservateurs n’est toutefois pas totalement exclue. Statistiquement parlant, en tenant compte des variances de chacun des paramètres de notre modèle, nous estimons à environ 25% les chances d’une pluralité de sièges pour les conservateurs (c’est-à-dire que 25% de nos simulations, qui tiennent compte des mesures connues d’incertitude de nos indicateurs et paramètres, se soldent par une pluralité de sièges conservateurs), mais étant donné la tendance des derniers jours, il serait timoré de miser de gros montants sur cette éventualité. Tous les résultats détaillés de nos projections sont disponibles sur le site du Calcul électoral. Pour voir quels effets pourraient avoir certaines variations dans les niveaux d'appui à chaque parti, voir notre Simulateur.