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«J’ai senti qu’il manquait des choses dans ma vie»

Stéphane Bédard quitte la politique et retrouve sa famille

 Stéphane Bédard quitte la politique et retrouve sa famille.
Photo collaboration spéciale, Roger Gagnon Stéphane Bédard quitte la politique et retrouve sa famille.

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Dans son appartement de Québec, loin des siens, Stéphane Bédard trouvait le temps long. L’ex-député de Chicoutimi et leader parlementaire du Parti Québécois commence sa «vie de père de famille à temps plein» cette fin de semaine. Au terme de ses six mandats en 17 ans de vie politique, Stéphane Bédard livre le fond de sa pensée au Journal.

À quel moment précis avez-vous décidé de démissionner ?

«Lorsque l’intérim s’est terminé (à titre de chef du PQ), je savais qu’il y avait une partie de cette vie-là qui était derrière moi. Je voyais moins mon utilité.»

 Stéphane Bédard quitte la politique et retrouve sa famille.
Photo Le Journal de Québec, Simon Clark

La décision a-t-elle été prise sur un coup de tête ?

«Chaque année, depuis la fin des années 2000, avec ma jeune famille, je regardais mes possibilités, ce qu’il y avait de mieux pour nous. C’est un processus qui se fait tranquillement. J’ai fait murir ma réflexion, on s’en parlait au bureau, à la maison.»

Pourquoi n’avez vous pas attendu la fin de votre mandat pour quitter ?

«Mes enfants ont 14, 10 et 7 ans. C’est un bel âge. D’attendre trois ans, surtout pour ma plus grande, je me disais qu’il serait trop tard. Je me disais que je ne peux pas manquer ses beaux moments parce qu’ils ne reviendront pas. Je pense que je le devais à la famille.»

Vous avez goûté à la vraie vie de père de famille, cet été, en faisant un camp de jour à la maison. Est-ce cet événement qui vous a convaincu de partir ?

«C’est vraiment à partir de ce moment que j’ai senti qu’il manquait des choses dans ma vie. (...) Je me sens heureux et valorisé quand je suis avec ma famille. (...) Je me sens très utile et je suis prêt pour cette belle vie de père de famille à temps plein.»

Vous avez parlé, lors de votre départ, que vous ressentez un essoufflement. Que vouliez-vous dire par là ?

«On vit des moments très intenses. (...) Nous avons des journées qui ne correspondent à rien de normal, c’est complètement fou. On le fait, comme si on courait un marathon, mais quand on arrête, on réalise que nous sommes essoufflés.»

 Stéphane Bédard quitte la politique et retrouve sa famille.
Photo collaboration spéciale, Roger Gagnon

Avez-vous craint, un moment donné, pour votre santé ?

«Non, mais je voyais que c’était plus lourd de me retrouver, trois jours par semaine, seul dans mon appartement. C’était vraiment difficile, ça je n’étais vraiment plus capable, il n’y avait plus rien qui compensait. J’avais toujours hâte de repartir vers Chicoutimi.»

Est-ce que la perte de votre titre de leader parlementaire vous a convaincu de partir ?

«Il y a des gens qui associent ce qui s’est passé avec ma décision de partir, mais non. J’ai vécu une déception, qui n’est pas fondamentale. Il y a quelques semaines, j’ai ressenti que c’était le bon temps. J’en ai parlé avec mon chef, Pierre Karl, et ça s’est officialisé en fin de semaine dernière. (...) Des déceptions, en politique, c’est fréquent. Je vais vous avouer que la défaite du gouvernement de Mme Marois, en 2014, a été beaucoup plus difficile.»

Quelle a été la réaction de votre père, l’ancien ministre Marc-André Bédard ?

«Il le sait que ce n’est pas terminé. Je reste un militant de l’indépendance, là où tout a commencé, avec mon père, en 1976, bardassé par tout le monde, dans un petit local enfumé. Pour moi ce n’est pas une démission du monde souverainiste, c’est une démission de député.»

 Stéphane Bédard quitte la politique et retrouve sa famille.
Photo Le Journal de Québec, Simon Clark

Est-ce que vous aviez une bonne relation avec votre nouveau chef ?

«Ma relation avec mes chefs a toujours été très bonne. Pierre Karl, je l’ai connu autrement, mais ça n’empêche pas qu’on s’entend très bien. Il a toute ma confiance, ma loyauté et mon amitié.»

Avez-vous des projets ?

«Je ne suis pas mort, j’ai seulement 47 ans, je vais contribuer autrement. (...). Je vais analyser les opportunités qui s’offrent à moi. Je suis avocat, mais je ne ferme pas de porte à rien. Mon premier projet est de refaire la chambre de ma plus grande fille, elle est super contente, surtout que je me suis engagé à le faire publiquement. Elle m’en parlait encore ce matin et elle était vraiment contente.»

Vous désirez demeurer à Chicoutimi ?

«C’est certain, c’est ma vie ici, j’aime les gens et la nature. Ici je peux faire de la pêche, des randonnées, du cheval. Je suis un vrai Saguenéen, je me définis par rapport aux gens d’ici. Je suis un enragé souverainiste et régionaliste.»

 Stéphane Bédard quitte la politique et retrouve sa famille.
Photo collaboration spéciale, Roger Gagnon

Êtes-vous intéressé par la mairie de Saguenay ?

«Je suis vraiment ailleurs. Ça me touche de voir que les gens pensent à moi, mais je ne suis pas intéressé. Je crois que ça prend du renouveau.»

C’est l’heure des bilans, quelle est votre plus grande réalisation ?

«Il y en a plus qu’une. Je suis fier d’avoir réalisé la route à quatre voies dans le Parc ; de mon programme pour rénover les gymnases dans les écoles ; la Charte du bois et la loi 1 sur l’intégrité des contrats publiques. Ça incarne beaucoup mon parcours.»

Croyez-vous encore autant à la souveraineté ?

«Je suis très confiant. Je vais toujours être là, comme militant. Il y a des cycles dans la population, il n’y a pas personne qui va me convaincre que la souveraineté est en déclin.»

 

 Stéphane Bédard quitte la politique et retrouve sa famille.
Photo collaboration spéciale, Roger Gagnon

Est-ce que la vie de député va vous manquer ?

«Nous avons tous des deuils à faire. C’est certain que je vais m’ennuyer du contact avec les gens, dans le comté de Chicoutimi, d’aider mes citoyens. Le reste, je l’ai fait pendant 17 ans et je l’ai bien fait en me disant qu’un jour il y aurait une fin.»

Avez-vous un conseil pour votre successeur ?

«Il doit avoir des convictions et avoir le gout de servir les citoyens. C’est toujours agréable d’aider les gens. Je crois qu’il faut se lancer en politique pour les bonnes raisons, pour les autres, pas pour nos ambitions.»