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«Ils vont tout faire pour nous mettre dans le trouble»

Un des policiers suspendus en raison d’allégations de femmes autochtones dit être abandonné par ses supérieurs

Une crise secoue le détachement de la Sûreté du Québec à Val-d’Or.
Photos d’archives Une crise secoue le détachement de la Sûreté du Québec à Val-d’Or.

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ROUYN-NORANDA | Un des huit policiers suspendus à la suite d’allégations de femmes autochtones qui les accusent d’abus de pouvoir et de sévices sexuels nie catégoriquement tout geste déplacé et se sent trahi par la direction de la SQ et par la ministre de la Sécurité publique.

«Lorsque mes supérieurs m’ont rencontré vendredi matin pour m’annoncer que j’étais suspendu, je leur ai demandé pour quelle raison et ce que j’avais fait de mal. Ils ont été incapables de me répondre», a raconté le policier qui a demandé que son anonymat soit préservé.

Selon lui, ses collègues et lui sont des agneaux sacrifiés pour apaiser l’opinion publique à la suite de la médiatisation de témoignages sans crédibilité et sans fondement.

Plusieurs des policiers suspendus se sont rencontrés pour discuter vendredi et samedi.

Pas sexuel

Selon sa version, une enquête pour séquestration et voies de fait a été ouverte au printemps par la Direction des normes professionnelles contre lui et d’autres de ses collègues à la suite de plaintes déposées par des autochtones. Mais jamais il n’a été question d’agression sexuelle avant la diffusion de l’émission Enquête jeudi soir.

Selon lui, les plaignantes du mois de mai ne sont même pas les femmes qui ont parlé sur les ondes de Radio-Canada.

Lors de cette émission, trois femmes algonquines ont prétendu avoir été battues et agressées sexuellement par des policiers. L’une d’entre elles a prétendu que deux policiers lui avaient donné chacun 200 $ pour une fellation.

La ministre Lise Thériault a été choquée par ces révélations, au point de pleurer pendant une conférence de presse vendredi.

«Les enquêteurs nous ont rencontrés, on a donné notre version des faits et on nous a laissé entendre qu’il n’y aurait pas d’accusation. On nous suspend sans raison en laissant entendre dans les médias que c’était en raison d’allégations sexuelles. Ce n’est aucunement des allégations sexuelles pour aucun de nous», a-t-il dit.

Le policier se dit disposé à collaborer à l’enquête qui a été transférée au SPVM. «Je suis intègre là-dedans. L’intégrité de nos patrons et de la ministre n’est pas la même. Ils vont porter des accusations sans fondement pour faire plaisir à la communauté autochtone. Ils vont tout faire pour nous mettre dans le trouble», a-t-il dit.

D’après lui, la SQ et la ministre sont prêts à les sacrifier pour faire taire l’opinion publique.

Délaissé

Le policier, qui compte plusieurs années de service, est en colère.

«On se sent abandonné par la SQ et la ministre. Il n’y a personne qui nous soutient. Les citoyens gobent ce qui est distribué dans les médias. La ministre et nos directeurs en haut s’en foutent, comment on peut se sentir», raconte-t-il.

Pour l’instant, il ignore s’il pourra retourner patrouiller un jour. «Psychologiquement, ce n’est pas facile de savoir que notre organisation est prête à nous “flusher” du jour au lendemain pour sauver leur job ou la face devant la société», a-t-il dit.

Dans les normes

Selon lui, l’intervention auprès des autochtones a été faite dans les normes.

«Chaque jour, on doit intervenir auprès d’hommes et de femmes autochtones en état d’ébriété au centre-ville de Val-d’Or. On subit régulièrement des voies de fait. On se fait cracher dessus. On apprend, dans nos formations, à utiliser la force nécessaire. On a fait des interventions légales», a-t-il dit.

Le policier dit très bien connaître les trois femmes qui ont témoigné dans l’émission Enquête. Il est intervenu très souvent auprès d’elles alors qu’elles étaient intoxiquées.

«On est appelés à les expulser des commerces, des bars ou des guichets automatiques. On a l’ordre de la Ville de les expulser des parcs. Les bars qui nous traitent aujourd’hui de racistes et de violents nous appellent pour qu’on intervienne quand les autochtones se battent. Même le Centre d’amitié autochtone fait appel à nous quand il y a des autochtones en état d’ébriété entre leurs murs», a-t-il dit.

«Je suis convaincu d’avoir sauvé plusieurs vies d’autochtones au fil des ans. On les trouve souvent saouls dans les bancs de neige. Si on ne les amenait pas à la Piaule, ils pourraient mourir de froid», soutient-il.

Selon lui, ses collègues qui sont encore en poste n’osent plus intervenir auprès des autochtones. Ils ont peur de se faire dénoncer. «Les allégations sont faciles à faire. On ne fait rien et on se fait dénoncer dans les médias», a-t-il dit.

 

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