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Vingt ans après

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Vendredi prochain, nous commémorerons les 20 ans du référendum de 1995. On se demandait depuis un temps quelle serait l’ambiance. Les Québécois seraient-ils un peu tristes, prenant conscience d’avoir raté quelque chose d’important? Où l’événement allait-il passer inaperçu, à la manière d’une journée parmi d’autres?

Vendredi prochain, nous commémorerons les 20 ans du référendum de 1995. On se demandait depuis un temps quelle serait l’ambiance. Les Québécois seraient-ils un peu tristes, prenant conscience d’avoir raté quelque chose d’important? Où l’événement allait-il passer inaperçu, à la manière d’une journée parmi d’autres?

C’est peut-être un autre sentiment qui s’impose: un mélange de nostalgie et de résignation. On accepte d’être passé à autre chose.

La souveraineté? Ça aurait été une belle aventure, mais elle n’est pas arrivée.

Passons à autre chose. Dès qu’on sort de la frange la plus militante du camp souverainiste, on ne trouve plus beaucoup d’ardents convaincus. Au mieux, les optimistes nous disent qu’un jour, peut-être, par je ne sais quel miracle, le Québec deviendra enfin un pays souverain. En un mot, ils ont aussi fait leur deuil.

Tristesse

Les souverainistes aujourd’hui sont moins les militants d’une cause en voie de se concrétiser que les témoins d’un idéal vaincu qu’ils ne peuvent renier sans se renier eux-mêmes. C’est pourquoi ils sont si souvent mélancoliques: ils sont les citoyens d’un pays qui pourrait bien ne jamais naître, qui n’existe que dans leur tête et dans leur cœur, mais ils sont incapables de s’en séparer mentalement.

J’ai l’impression, quant à moi, d’habiter un pays vaincu qui ne veut pas s’avouer sa défaite. Un pays qui se fait croire que rien n’est grave.

Les Québécois ont différentes manières de gérer mentalement cette défaite qui n’ose pas dire son nom. Les uns disent qu’il s’agissait d’une passion de jeunesse. Ils y pensent avec tendresse, mais la relativisent. Les autres, en prenant une pose philosophique, nous expliquent que nous avons changé d’époque.

Avec la mondialisation et la révolution démographique, vouloir un pays a quelque chose d’anachronique. Sans oublier ceux qui posent des conditions au pays. Les uns le veulent à gauche, les autres à droite. Ce sont des souverainistes conditionnels. Ils voudraient bien avoir un pays, à condition qu’il soit soumis à leur idéologie.

Admirables démocrates !

Nous ne le savions pas, mais, pour paraphraser Denis de Rougemont, nous vivions «les derniers jours du bon vieux temps» québécois. Personne ne doutait alors que la majorité historique francophone représentait le cœur vivant du Québec. Personne ne doutait qu’on pouvait conjuguer enracinement et cosmopolitisme. En 1995, la question nationale n’était pas un enjeu parmi d’autres dans le paysage politique.

Aujourd’hui, on la traite comme un parasite.

Résignation

J’ai l’impression, quant à moi, d’habiter un pays vaincu qui ne veut pas s’avouer sa défaite. Un pays qui se fait croire que rien n’est grave pour ne pas regarder la réalité en face. Nous sommes quand même des autruches sans égales! Les Québécois deviennent des Canadiens parmi d’autres, ils passent du règne du français au bilinguisme obligatoire. Ils sont indifférents à la Constitution qui les nie. Au moins, ils réagissent encore contre le délire multiculturaliste.

Et pourtant, le 30 octobre, quant à moi, sera une journée triste, mais pas une journée de deuil. Je laisse aux autres la résignation.

Il se peut que des compromis politiques soient nécessaires à court terme. L’histoire n’est pas qu’une succession de référendums. Mais au fond des choses, j’aurais l’impression de trahir la meilleure part de ce que nous sommes si je sacrifiais l’idéal de l’indépendance. Sans l’espoir, même ténu, de l’indépendance, le Québec finira par mourir.

S’il n’en reste qu’un, je serai celui-là.

 

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