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Grèves tournantes: Sans précédent depuis 40 ans

La mobilisation des syndiqués contre le gouvernement est assez forte pour mener à un long bras de fer

grèves secteur public
Photo Le Journal de Montréal, Chantal Poirier Des manifestants ont fait sentir leur présence devant l’hôpital Pierre-Le Gardeur dans Lanaudière, lundi.

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Le mouvement de «ras-le-bol» qui pousse les syndiqués de l’État à mener des grèves tournantes cette semaine est le plus important à secouer le Québec depuis plusieurs décennies, selon des experts.

«Le ras-le-bol est complet et généralisé. L’écœurement est radical», estime Jean-Marc Piotte, professeur émérite en politique à l’UQAM.

En effet, ce mouvement de contestation est le plus important impliquant des syndiqués des secteurs public et parapublic depuis plus de 40 ans, affirme le spécialiste en syndicalisme.

Il faut remonter à 1972 pour retrouver une telle effervescence, quand le gouvernement avait mis fin à la grève générale de 210 000 employés par une loi spéciale ordonnant le retour au travail, se souvient M. Piotte.

Cette semaine, quelque 400 000 employés du front commun réclament de meilleures conditions de travail. Ils refusent la hausse de salaire de 3 % sur 5 ans et réclament plutôt une hausse de 13,5 % sur 3 ans.

Paralysie

Ce qui distingue le mouvement actuel selon M. Piotte, est le fait que la colère ne vient pas des centrales syndicales, mais des travailleurs eux-mêmes. «Ils sont prêts à se battre», prévient-il. Les Québécois peuvent donc s’attendre à un bras de fer très musclé dans les prochaines semaines et à un automne chaud.

«Près de 500 000 salariés tombent en négociation en même temps. Cette grève risque de paralyser l’État si elle perdure», craint ainsi Alain Barré, professeur en relations industrielles à l’Université Laval.

C’est en fait la loi qui prévoit que ces conventions collectives échoient au même moment, rappelle de son côté Jean-Noël Grenier, professeur en relations de travail à l’Université Laval. «Ce système avantage le gouvernement, car il rend plus facilement justifiable l’utilisation d’une loi spéciale», explique-t-il.

Nuisance

M. Grenier croit que les syndiqués «n’ont plus grand-chose à perdre», leur pouvoir d’achat ayant chuté au cours des 25 dernières années. «Un tel ras-le-bol, je n’ai pas vu ça depuis les années 1990, dit-il.

Il note notamment la forte mobilisation des enseignants. «Ils sont habituellement difficiles à motiver, car la grève va à l’encontre de leur éthique professionnelle. Ils hésitent à nuire à ceux qu’ils desservent. Mais il y a maintenant un renversement de cette tendance, car les politiques gouvernementales [elles-mêmes] viennent nuire aux conditions d’enseignement», explique-t-il.

-Avec la collaboration de Karine Limoges

Des moyens de pression tous azimuts

Enseignants

Plus de 70 000 enseignants prendront la rue lors de grèves rotatives tout au long de la semaine. Demain, les enseignants de l’Estrie, de la Montérégie, du Centre-du-Québec et de la Mauricie débraieront, tandis que ceux de Montréal et de Laval débraieront jeudi.

Personnel du réseau de santé

Une partie des employés du réseau de la santé et des services sociaux, notamment les professionnels en soins et le personnel de soutien, prend part à des journées de grève rotatives à travers la province ces jours-ci.

Infirmières

Les 66 000 membres de la Fédération interprofessionnelle de la Santé du Québec (FIQ) ont voté à 79 % pour un mandat de grève de trois jours, dont les dates n’ont pas été arrêtées.

Fonctionnaires

Quelque 37 000 employés de la fonction publique et parapublique s’apprêtent aujourd’hui à prendre pancartes et sifflets. Les employés de bureau de ministères, de la Sûreté du Québec, de la Société de l’assurance automobile et de l’Agence du revenu en font partie. Les services essentiels devraient cependant être maintenus.

Employés des palais de justice

L’horaire des causes prévues aux palais de justice de Montréal et de Laval pourrait être perturbé aujourd’hui en raison du débrayage de plusieurs centaines de leurs employés. Un procès devant jury a d’ailleurs déjà été reporté pour cette raison et ne reprendra que demain.

Policiers

Depuis plus d’un an, les policiers à travers le Québec ont adopté la tenue de camouflage pour protester contre la réforme des régimes de retraite municipaux. Le ministère des Affaires municipales a toutefois laissé entendre dernièrement qu’il déposerait un projet de loi pour les forcer à remettre l’uniforme réglementaire.

Employés des traversiers

Quelque 150 officiers mécaniciens et de navigation sont en grève depuis le 13 octobre. Une entente de principe est survenue hier entre la Société des traversiers du Québec et le Syndicat des métallos et sera soumise au vote de mercredi à dimanche.

Informations recueillies par Karine Limoges, Dominique Scali et Éric Thibault

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