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Yo bitch!

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Le Journal a réalisé un entretien important avec Jasmin Roy, il y a quelques jours, à propos de la culture d’intimidation qui prévaut à l’école, principalement entre les jeunes filles.

Le Journal a réalisé un entretien important avec Jasmin Roy, il y a quelques jours, à propos de la culture d’intimidation qui prévaut à l’école, principalement entre les jeunes filles.

Son propos: entre elles, elles sont plus violentes que jamais. Elles se traitent de «bitchs», de «salopes», de «putes» et se dénigrent continuellement. Le vocabulaire que des maquereaux et autres dégoûtants proxénètes utilisent à leur endroit, elles l’intériorisent et l’imaginent même affectueux.

Jasmin Roy va plus loin: elles tolèrent que leurs copains les appellent ainsi.

Extrapolons un peu: y voient-elles une marque de virilité? Un homme qui traite sa femme de pute, c’est un grand baiseur, un beau voyou dominant, alors qu’un autre qui lui donne du mademoiselle et oserait le baisemain, c’est une demi-bite qu’on traitera de «fif», de «tapette» ou de «pédé»? Imaginons le pire: considèrent-elles qu’un homme qui peut lever la main sur elles a le charme du barbare?

Appel au viol

Prenons l’exemple de certains rappeurs qui n’en finissent plus de vomir sur les femmes et qui répètent qu’ils veulent les tringler et peut-être même les violer jusqu’à ce qu’elles en jouissent.

Notre société a tellement peur d’être autoritaire et de blesser intimement une jeune personne qu’elle se montre bien laxiste avec ses jeunes barbares.

N’importe quel humain civilisé, s’il ne se retenait pas, aurait envie de foutre une raclée à de tels abrutis en leur expliquant qu’ils sont moins évolués que le dernier des chimpanzés. Pourtant, ils prospèrent et servent de modèles en traitant les femmes de chiennes et en les humiliant.

L’intimidation prend souvent la forme du vilain cancan. On nous dira qu’il ne date pas d’hier. Que les femmes et les hommes, depuis toujours, se martyri­sent à coup de rumeurs assassines.

Et l’adolescence, quoi qu’en pensent ceux qui idéalisent les jeunes années, est un âge sauvage et presque darwinien où de petites brutes font la loi et d’autres la subissent. Ce n’est pas un âge tendre, plutôt un âge ordurier. Il n’y a pas, en la matière, de bon vieux temps.

Mais il y avait autrefois une digue: un monde adulte résolu à discipliner les jeunes générations en expliquant clairement que des choses se font et d’autres ne se font pas.

Notre société a tellement peur d’être autoritaire et de blesser intimement une jeune personne en l’obligeant à faire des choses et en l’empêchant d’en faire d’autres qu’elle se montre bien laxiste avec ses jeunes barbares.

Vive les interdits

Il faudrait inculquer dès le plus jeune âge aux garçons et aux filles de puissants interdits. La politesse, quoi qu’on en pense, n’est pas une vieillerie. La courtoisie non plus. Elles poussent les gens de tout âge à garder pour eux les injures qui leur viennent à l’esprit.

Peut-être faudrait-il aussi apprendre aux adolescents à faire la distinction entre l’authenticité et la vulgarité, entre la franchise et l’agressivité? Et redécouvrir la vertu civilisatrice de la punition.

Chose certaine, nous sommes contemporains d’un «ensauvagement» des mœurs. C’est un peu comme si à l’image proprette et aseptisée que notre société aime donner d’elle-même répondait une violence croissante, désinhibée, presque érotisée. Internet offre à cette violence un théâtre où se mettre en scène.

On ne peut évidemment pas mettre toute la faute sur les médias, mais on doit bien convenir que la culture dans laquelle nous baignons peut rendre fou.

 

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