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Le Non voulait une courte victoire

C’est ce qu’avance Sheila Copps

Le Non voulait une courte victoire
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Le camp du Non au Québec souhaitait remporter le référendum de 1995, mais avec une mince majorité de voix pour s’assurer que la province maintienne un rapport de force contre Ottawa, avance Sheila Copps.

«Ça venait d’un des gros organisateurs, soutient l’ancienne vice-première ministre du Canada. Il m’a carrément dit en face: “On ne veut pas gagner de trop, on veut avoir un équi­li­bre parce qu’on veut garder notre marge de manœuvre par rapport à Ottawa, pour avoir ce que nous voulons dans les politiques par la suite et que, si l’écart est trop grand, le fédéral va dire que la question du Québec est réglée”», affirme-t-elle.

Mme Copps reproche ainsi au camp du Non — dirigé par les troupes de Daniel Johnson, qui formaient l’opposition libérale à l’Assemblée nationale — de ne pas avoir cherché à l’emporter par une victoire décisive.

Faux, rétorque John Parisella, qui diri­geait le comité de liaison entre les politiciens provinciaux et fédéraux dans le camp du Non en 1995.

«Je ne sais pas qui a dit cela, mais je peux vous dire que ce n’était pas dans la stratégie de campagne. Si elle s’est fait dire cela, ce sont des gens qui se sont donné plus d’importance qu’ils n’en avaient», assure-t-il.

Malgré la victoire, l’ancienne ministre du Patrimoine canadien Sheila Copps conserve certaines déceptions liées à la campagne référendaire.
Photo d'archives, Le Journal de Montréal
Malgré la victoire, l’ancienne ministre du Patrimoine canadien Sheila Copps conserve certaines déceptions liées à la campagne référendaire.

Campagne de perdants

Mme Copps estime aussi que le camp du Non a mené une «campagne de perdants», et ce, même s’il l’a emporté de justesse et que ce sont les péquistes qui ont vu leur rêve s’éteindre le soir du 30 octobre 1995.

Elle reproche, entre autres, aux fédéralistes d’avoir dirigé une campagne axée sur l’argent, alors que les souverainistes présentaient une vision onirique de leur proposition, à l’aide de pancartes reprenant le symbole de la paix et de l’amour, et affichant marguerites et huard canadien.

«La campagne du Oui était beaucoup plus intelligente [...], c’était: “Nous, on veut aller ensemble, tout beau”», affir­me l’ex-ministre du cabinet Chrétien.

Excès de confiance

M. Parisella reconnaît que la campagne du Non a sans doute péché par «excès de confiance» jusqu’à ce que Jacques Parizeau cède le devant au charismatique chef bloquiste Lucien Bouchard et que le Oui prenne de l’avance.

«On n’était pas dans une situation où l’on offrait le contre-rêve au rêve de la souveraineté», croit-il, rappelant le contexte d’après Meech et Charlottetown.

Avec le recul, il est d’avis que le Non aurait dû tenir un «discours plus positif sur ce que ça représentait, le Québec dans le Canada».

Le camp du Non «cachait» les fédéralistes du Canada anglais

 
Dominique La Haye, Bureau parlementaire

Sheila Copps voulait jouer un plus grand rôle durant la campagne référendaire pour convaincre les Québécois de rester au sein du Canada, mais le camp du Non a préféré la tenir à l’écart.

La vice-première ministre du gouvernement Chrétien affirme s’être sentie muselée par le camp des fédéralistes dirigé par le Parti libéral du Québec (PLQ) de Daniel Johnson.

«Chaque fois que je me rendais au Québec, ils me donnaient des rencontres bizar­res à faire. [...] Ça me surprenait chaque fois de voir que la stratégie du Non, c’était vraiment: soit ils ne veulent pas que je vienne ou alors, si j’insiste pour venir, ils me faisaient travailler sur un marché déjà acquis», soutient l’ex-ministre fédérale.

Elle affirme que les micros ont été débranchés par les organisateurs du Non lorsque son collègue Brian Tobin et elle ont voulu chauffer les foules avant que ne commence le fameux rassemblement «Love-in» organisé à Montréal par Ottawa.

«C’était comme si j’étais dans une république de bananes, où tu n’as pas le droit à la parole», lance Mme Copps.

Résistance

John Parisella voit les choses d’un autre œil et affirme que, dans le contexte de l’époque, il aurait été difficile de voir des politiciens du Canada anglais occuper les tribunes de premier plan.

«Les Québécois ont une résistance à se faire dire des choses par d’autres, surtout quand on a eu des échecs causés par d’autres, en dehors du Québec. Meech a été rejeté par deux provinces qui représentaient 6 % de la population», souligne celui qui dirigeait le comité de liaison entre les politiciens provinciaux et fédéraux dans le camp du Non en 1995.

«C’est logique que les politiciens qui viennent du Québec — quand on sait qu’il y a une différence d’opinions au Québec — aient les tribu­nes principales», poursuit-il.

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