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Mauro Biello: un entraîneur à l'écoute

Placé à la barre de l’Impact en fin de saison, Mauro Biello a la confiance de ses joueurs

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Après avoir marqué l’histoire de l’Impact comme joueur, Mauro Biello a rapidement su mettre son empreinte sur notre équipe de soccer, dans son nouveau rôle d’entraîneur-chef.

Depuis qu’il a pris la relève de Frank Klopas à la fin d’août, Biello a mené l’Impact vers une fiche de 7-2-2 et vers la troisième position dans l’Est qui permet au bleu-blanc-noir de participer, jeudi, à son premier match éliminatoire à domicile depuis son entrée dans la MLS.

Si Biello en retire un brin de fierté, lui qui a grandi avec l’Impact et qui a été le meilleur marqueur de l’histoire de l’équipe, il n’est pas du genre à se péter les bretelles.

Même si les joueurs ne ménagent pas leurs bons mots à son égard, le Montréalais de 43 ans garde les pieds sur terre.

Biello est conscient que c’est l’arrivée d’un joueur de la trempe de Didier Drogba qui a transformé l’équipe.

Il y a tout de même eu un «effet Biello» au sein de l’Impact, qui offre du jeu mieux structuré, autant défensivement qu’offensivement.

Fébrile à l’idée d’affronter le Toronto FC dans un match de barrage au stade Saputo, Biello a bien voulu répondre à quelques questions supplémentaires du Journal de Montréal à l’issue de la séance d’entraînement de mardi.

Toi qui es un membre de l’Impact depuis les débuts de l’équipe en 1993, que ressens-tu à l’idée de disputer ce premier match éliminatoire devant vos partisans?

«Je me réjouis pour eux, pour notre propriétaire, Joey Saputo. Et aussi pour la ville de Montréal. Il y a eu des hauts et des bas. On a travaillé très fort afin de populariser le soccer chez nous et nos efforts portent enfin leurs fruits. On mise sur une très bonne équipe et on joue devant des gradins remplis. Il règne une ambiance du tonnerre au stade. On sent vraiment un buzz pour le soccer au Québec et c’est gratifiant. Si on m’avait dit il y a 20 ans que l’Impact deviendrait aussi populaire à Montréal, je ne l’aurais pas cru. L’équipe a grandi et il y a de quoi être fiers aujourd’hui du stade Saputo, de notre site d’entraînement et de notre structure de développement, avec l’Académie et le FC Montréal.»

Vous amorcez les éliminatoires en affrontant le Toronto FC, un adversaire redoutable, dans un match sans lendemain pour l’une des deux équipes. Ça doit être stressant lorsqu’on pense qu’il n’y a aucune marge d’erreur?

«C’est sûr que c’est bien différent d’une série 4 de 7. C’est un beau défi. Oui, on a l’avantage de jouer ce match à domicile, mais on sait que tout peut arriver au cours de la soirée. Il faudra être prêts à tout dès le premier coup de sifflet. C’est le message que je vais livrer à mes joueurs.»

Est-ce bien différent de diriger un grand nom comme Didier Drogba? Doit-on le traiter différemment des autres joueurs?

«Avec un athlète de cette stature, il est important que l’entraîneur-chef puisse développer une bonne relation. C’est un gars qui a joué pour les meilleurs entraîneurs au monde alors que moi, je me retrouve dans une situation où je suis l’entraîneur-chef par intérim de l’Impact. J’ai besoin de son appui. Il est important qu’on discute et que je sache ce qu’il pense de certaines choses. Ça ne signifie pas que je vais faire tout ce qu’il me dit. Mais je dois être à l’écoute, tout en démontrant à Didier que je suis l’entraîneur et que ça revient à moi de prendre les décisions. Je dois trouver le juste équilibre dans ma relation avec Drogba.»

Es-tu surpris par son attitude, lui qui prend le temps de refiler des conseils aux jeunes joueurs de l’organisation après les entraînements? Drogba n’est pas obligé de faire cela.

«C’est quelqu’un qui a beaucoup donné au cours de sa vie, notamment par le biais de sa fondation. Il aime partager ses vastes connaissances avec les jeunes. C’est quelque chose d’extraordinaire pour un entraîneur. Il m’aide assurément dans mon travail.»

Tu insistes beaucoup sur la communication avec tes joueurs. Est-ce naturel chez toi?

«La communication est importante avec la génération d’aujourd’hui. À mon époque, il y avait des entraîneurs qui se contentaient de te jeter un regard de travers lorsque tu ne suivais pas leurs directives. Il faut être capable d’exprimer clairement ce que l’on veut. C’est fondamental. Si les choses sont claires, tu peux travailler comme il le faut avec le joueur. Si le message n’est pas clair, il est plus difficile d’apporter des correctifs.»

Qu’as-tu surtout appris durant tes six années passées comme entraîneur adjoint de l’Impact?

«J’ai eu l’occasion de travailler avec divers entraîneurs et j’ai vu ce qui fonctionne et ce qui ne marche pas. J’ai retenu des idées de chacun d’eux, même si je fais aujourd’hui les choses à ma manière. Je suis le genre de gars qui a toujours travaillé fort. C’est la meilleure façon de s’améliorer et d’apprendre. J’ai toujours pensé que j’allais avoir ma chance en étant persévérant.»

Comment réagis-tu lorsque tu entends les gens parler de l’effet Mauro Biello?

«Je fais simplement mon travail. Ça ne se compare pas à l’effet Drogba, qui est immense. J’ai indiqué aux joueurs ce que je recherchais. Je savais que certains d’entre eux allaient me suivre tout de suite, que d’autres allaient demeurer sur la clôture pendant un moment et que ça prendrait du temps avec quelques joueurs. C’était mon travail de convaincre tout le monde de me suivre et d’aller dans la bonne direction. On a changé notre mentalité. On joue de façon plus compacte défensivement. Contre Toronto, c’est important. Il faut éliminer autant que possible l’espace disponible pour une petite bombe comme Sebastian Giovinco.»

Tu accordes beaucoup d’importance au sentiment d’appartenance. Pourquoi?

«C’est primordial. Il faut vouloir se battre pour l’équipe. Il faut que ça fasse mal quand on perd un match. Lorsqu’on parvient à développer un sentiment d’appartenance au club et à la ville, les joueurs sont prêts à faire tous les sacrifices nécessaires pour gagner et aller plus loin.»

Tu as eu la main heureuse avec les changements effectués au cours du dernier match. Pour un jeune entraîneur-chef, ça doit être rassurant, n’est-ce pas?

«Parfois, ça marche! J’aime avoir différents scénarios à ma disposition. Je rappelle toujours à mes joueurs que tout le monde est important dans l’équipe. Le meilleur exemple est celui de Hassoun Camara, qui est entré à la fin du match dimanche pour quatre minutes seulement et qui a trouvé le moyen d’effectuer le jeu défensif de la soirée. Il était prêt mentalement à s’impliquer pour la cause de l’équipe.»

Peux-tu nous parler de ta relation avec Patrice Bernier, qui a retrouvé le sourire depuis que tu diriges l’équipe?

«Patrice est le capitaine et je lui ai fait savoir dès le départ qu’il allait être un joueur important pour l’Impact, qu’il devait se tenir prêt. Il a bien joué lorsqu’on a fait appel à ses services. C’est bon d’avoir une saine compétition dans l’équipe.»

Tu étais reconnu comme un joueur discipliné. Est-ce difficile de transmettre cette discipline à certains joueurs plus bouillants?

«Je n’étais pas un joueur très robuste, qui allait dans les tacles. J’étais un joueur offensif, mais je savais tout de même bien gérer mes émotions. Il faut être capable de contrôler ça, question de toujours accorder la priorité à l’équipe.»

Est-ce vrai que tu étais un bon joueur de hockey?

«Oui, j’ai joué pour les Hurons de NDG jusqu’à l’âge de 13 ans, avant de me concentrer sur le soccer. J’étais un bon patineur, mais disons que Nick De Santis avait de meilleures mains que les miennes!»