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La beauté démaquillée

La psychologue Stéphanie Léonard a rencontré 30 vedettes pour parler de leur rapport à la beauté

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Les vedettes contribuent à propager le mythe de la beauté parfaite. Sur les petits comme les grands écrans, elles sont toujours impeccables. Mais dans leur vie quotidienne, il en va autrement.

«Les personnalités sont toujours présentées de façon magnifiée: toujours maquillées, coiffées, embellies, retouchées. C’était donc de montrer qu’elles aussi, dans leur quotidien, ont un cheminement à faire pour arriver à s’aimer», explique la psychologue Stéphanie Léonard.

Dans cette optique, la Dre Léonard a fait appel, pour son livre Miroir Miroir: Vivre avec son corps, à 30 vedettes québécoises, qu’elle a interrogées sur le sens des mots beauté, bien-être et bonheur.

Un travail de longue haleine

La psychologue a choisi 30 personnalités différentes, dont certaines n’ont jamais eu de problèmes d’image corporelle, comme c’est le cas de Julie Bélanger, et d’autres qui ont déjà souffert de troubles alimentaires, comme Mireille Deyglun ou Joey Scarpellino.

«Il y a des gens plus complexés que d’autres. Ma conclusion, c’est qu’un cheminement est nécessaire pour arriver à aimer son corps. C’est ce que je veux que les gens retiennent. Pour être bien, il faut travailler à défaire nos fausses croyances», précise Stéphanie Léonard.

La psychologue a apprécié la générosité des 30 personnalités interrogées. Certaines rencontres l’ont marquée.

Elle a beaucoup aimé sa rencontre avec la comédienne Debbie Lynch-White.

«Quand je suis sortie de l’entrevue, j’aurais défoncé des murs! Je la trouvais tellement inspirante et forte de caractère. Elle a des convictions et elle est drôle. Ça, c’est une des entrevues qui m’a beaucoup touchée», confie-t-elle.

D’autres rencontres l’ont aussi inspirée.

«France Castel et Mireille Deyglun, deux femmes que j’admire parce qu’elles sont plus vieilles que moi et n’ont eu aucune intervention chirurgicale. Elles se laissent vieillir en beauté», conclut Stéphanie Léonard.

♦ Stéphanie Léonard, Miroir Miroir: Vivre avec son corps, Les Éditions La Semaine.

6 dangers de la quête du corps parfait

Photo Le Journal de Montréal, Véronique Harvey

La psychologue Stéphanie Léonard dénonce six statistiques alarmantes sur le culte de la beauté moderne.

1• 90 % des femmes n’aiment pas leur silhouette et 70 % des hommes sont insatisfaits de leur apparence physique

«On pense que le culte de la beauté est une affaire de filles, mais ça touche aussi beaucoup d’hommes. Ç’a commencé tranquillement, il y a environ 40 ans, et maintenant, les hommes nous rattrapent quasiment. Les données se ressemblent beaucoup, même si ce n’est pas vécu de la même façon. Les hommes ont un modèle qui est aussi très contraignant, parce qu’il implique la musculature plutôt que la minceur. C’est irréaliste! La plupart des gens n’en parlent pas et ne s’empêcheront pas d’aller se baigner par exemple, mais en dedans, ils se dévalorisent et ne se sentent pas bien. Je trouve ça triste et c’est ce qui m’a motivé à faire ce projet de livre.»

2• Dès l’âge de 5 ans, les enfants commencent à se préoccuper de leur apparence physique

«C’est troublant! C’est insidieux aussi, puisqu’il s’agit rarement de malveillance de la part des parents. Malheureusement, nous sommes tous pris dans l’engrenage. L’idée est donc de prendre conscience de nos nombreux enjeux reliés à l’image corporelle, pour éviter de les transmettre aux plus jeunes.»

3• Chez les adolescents québécois, plus de 40 % des filles et 35 % des garçons sont insatisfaits de leur image corporelle et disent vouloir modifier leur apparence

«Le conditionnement à apprécier certaines caractéristiques physiques et à associer certaines silhouettes au bonheur et à la beauté, ça commence tôt et c’est bien difficile à défaire une fois intégré. Il y a donc beaucoup d’éducation à faire. Quand tu fais un commentaire sur l’apparence, à cet âge-là, ça frappe fort. Même si l’enfant n’est pas gros, qu’il n’est pas laid, ça peut l’affecter, parce que le physique est bien important à l’adolescence. Ils sont tellement vulnérables par rapport à leur identité, parce que leur corps est en train de changer.»

4• L’industrie de l’amaigrissement génère 60 milliards de dollars par année aux États-Unis

«Depuis quelques décennies, on est pris avec un stéréotype de beauté ultra rigide et irréaliste de minceur, de symétrie et de contrôle du corps. L’industrie de l’amaigrissement profite donc de cette image et nous bombarde de toutes parts. C’est une industrie qui capitalise sur notre inconfort et qui nous propose une tonne d’affaires pour ressembler à ce modèle de beauté hors normes.»

5• Au Québec, 40 % des personnes âgées de 15 ans et plus ont déjà entrepris un régime amaigrissant sur une période d’un an

«L’industrie des régimes amaigrissants capitalise sur nos échecs répétés. Tu en essaies un, ça ne fonctionne pas. Tu te dis donc que ce doit être parce qu’il n’est pas efficace, alors tu en essaies un autre et ainsi de suite. Ce qu’on remarque, en fin de compte, c’est que les gens prennent de plus en plus de poids au fil des régimes.»

6• 85 à 95 % des personnes qui perdent du poids à la suite d’un régime amaigrissant reprennent le poids perdu et même plus dans les cinq ans qui suivent

«Le problème avec les régimes, c’est qu’ils ne fonctionnent pas! On a des données qui se répètent et qui prouvent qu’environ 90 % des gens qui font un régime amaigrissant, tous régimes confondus, reprennent le poids dans les cinq ans qui suivent. C’est vrai qu’il y a des gens qui ont besoin de changer leurs habitudes alimentaires, mais ce n’est pas grâce aux régimes que ça va s’améliorer, car le fait de s’interdire des aliments fait en sorte qu’on a encore plus envie d’en manger. De toujours calculer, ça devient une obsession et ça fait en sorte que les gens ont envie de tricher et ils finissent par manger en cachette. Ça prend beaucoup de place dans la vie. Bref, je suis contre les régimes, parce que, un, ça empoisonne la vie, et deux, ça ne fonctionne pas.»