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Il croule sous les plaintes

L'homme d'affaires attire des clients avec des voyages gratuits et leur vend des forfaits dispendieux

Jean-Sébastien Monette
Photo le Journal de Québec, Kathryne Lamontagne Depuis le début de l’année, l’homme d’affaires spécialisé dans la vente de forfaits de vacances à temps partagé, Jean-Sébastien Monette, a fait face à cinq procès, dont trois qu’il a remporté.

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Un homme d’affaires spécialisé dans la vente de forfaits de vacances à temps partagé — communément appelé time-sharing — collectionne les plaintes et les jugements contre ses pratiques depuis quatre ans.

Jean-Sébastien Monette et ses associés attirent des clients en leur offrant de participer au tirage d’un voyage gratuit, mais finissent par tenter de leur vendre des forfaits de plusieurs milliers de dollars.

De toute évidence, des centaines de consommateurs n’apprécient pas cette technique.

Depuis le début de l’année, Monette a ainsi fait face à cinq procès, dont trois qu’il a remporté. Mais c’est sans compter une douzaine de causes en attente de procès, où les clients demandent plus de 80 000 $ à l’homme d’affaires de la région de Québec. On parle aussi d’une centaine de causes réglées hors cour depuis 2012.

La semaine dernière, Le Journal relatait que sa compagnie, le Groupe Laro Alta, venait d’être condamnée à rembourser 3045 $ à un couple de Rivière-du-Loup. Mercredi dernier, un juge de Montréal a prêté une oreille attentive aux doléances d’un couple de Pointe-Claire qui se dit victime de tactiques déloyales.

L’Office s’en mêle

Et dans deux semaines, Monette fera face à la justice à Québec, cette fois contre l’Office de la protection du consommateur (OPC), qui a décidé de s’inviter dans la cause où un client réclame plus de 22 000 $ à Laro Alta.

Car Monette et ses partenaires sont bien connus à l’Office, où les clients déçus préfèrent souvent porter plainte plutôt que de passer par les tribunaux. En 2014 et 2015, l’OPC a reçu 152 appels à leur sujet, la plupart pour dénoncer des pratiques trompeuses ou de la vente sous pression. C’est encore plus que les 136 plaintes reçues en 2012 et 2013.

L’OPC a aussi déposé 317 chefs d’accusation en 2013, exigeant des amendes de 463 000 $. On reproche à ses entreprises d’avoir mal informé les clients, qui ne savaient pas dans quoi ils s’embarquaient avec ce coûteux système de points de voyages proposé. Dans ce cas, le long processus judiciaire suit son cours.

La dernière cause en lice implique Denis et Jessyca Moothoosamy, de Pointe-Claire, qui ont raconté leur mésaventure mercredi au palais de justice de Montréal.

<b>D. Moothoosamy</b>  <br>  <i> Demandeur </i>
D. Moothoosamy
Demandeur

« Ils m’ont bien eu »

«Ils m’ont appelé en me disant que j’avais gagné. Il a profité de notre faiblesse; ils m’ont bien eu», a sangloté la dame. Elle et son conjoint exigent le remboursement des 3362 $ payés à Monette et 11 638 $ de dommages.

«Vous n’êtes pas les premiers à avoir des problèmes avec eux. Le 3362 $, vous l’avez. Pour le reste, je vais analyser ça. Et plus de concours pour vous!» a lancé le greffier spécial Patrick Gosselin, qui faisait office de juge.

Une cause que Monette contestera, car, dit-il, des problèmes de poste l’ont empêché d’être informé de la tenue du procès.

Les problèmes du couple ont débuté le 15 mars au Salon de la femme de Montréal quand Jessyca a rempli un coupon de tirage au kiosque d’Option Évasion Vacances. L’entreprise est enregistrée au nom de Catherine Vigeant, la conjointe de Monette.

Au moment de récolter son prix le 19 avril, le couple passe deux heures avec son nouveau-né à se taper une longue présentation sur le time-sharing.

Épuisé, le père signe le contrat, le regrette aussitôt, et veut annuler. Monette lui aurait alors dit qu’il valait mieux payer, car il y aurait «des conséquences», a-t-il dit à la cour.

Time sharing
Option Évasion vacances et Voyage Élite ont pignon sur rue sur le boulevard Taschereau, à Longueuil.
Photo Le Journal de Montréal, Pierre-Paul Poulin
Option Évasion vacances et Voyage Élite ont pignon sur rue sur le boulevard Taschereau, à Longueuil.

Toujours le même stratagème...

Quelle que soit l’entreprise, la façon d’attirer des clients demeure presque toujours la même, selon les témoignages récoltés ou entendus au tribunal. En voici un aperçu:

  1. On vous propose de remplir un coupon de participation pour le tirage d’un voyage lors d’une visite dans un festival ou un salon du tourisme.
  2. L’entreprise vous contacte pour vous annoncer que vous avez «gagné» un prix. Le plus souvent, il s’agit d’un court séjour au mont Orford ou au mont Sainte-Anne.
  3. Pour réclamer le prix, il faut absolument se présenter aux locaux de l’entreprise.
  4. Sur place, vous devez assister à une présentation sur les vacances à temps partagé. On vous présente alors des images d’hôtels de luxe et de paysages à couper le souffle.
  5. On fait miroiter que tous ces voyages ou croisières vous seront accessibles grâce au système RCI, qui permet d’échanger des points contre un voyage à l’étranger ou au Québec.
  6. On vous propose des forfaits de trois ou cinq ans; certains vont jusqu’à 39 ans. En échange d’un contrat de quelques milliers de dollars, vous pourrez échanger des points contre de l’hébergement. Le transport n’est jamais inclus.
  7. Les vendeurs font constamment pression sur les acheteurs potentiels pour qu’ils signent le contrat, car le «spécial» n’est valide qu’à ce moment. On les empêche même de sortir pour réfléchir ou d’appeler des proches pour prendre conseil.
  8. Si les clients qui signent le contrat regrettent leur achat par la suite, ils sont souvent incapables de se faire rembourser ou l’entreprise exige une lourde pénalité.

– Marie-Ève Dumont, Le Journal de Montréal

... Mais plusieurs compagnies

Véritable roi du time-sharing au Québec, Jean-Sébastien Monette a participé à la création de plusieurs entreprises liées à la vente de forfaits à temps partagé depuis 2012. Le Journal a retracé les compagnies que l’ex-contrôleur aérien dirige seul, avec sa conjointe Catherine Vigeant, ou en compagnie d’associés. De quoi mélanger bien des consommateurs.

 2012 Résident de Québec, Jean-Sébastien Monette achète le Groupe Laro Alta. Située à Beaupré, l’entreprise est aussi connue sous le nom de Club Vacances toutes saisons.

Monette travaille avec Dominic Tessier et Sarah Sullivan pour vendre des forfaits de time-sharing. Tessier est propriétaire de Voyagesclub.ca, à Greenfield Park, et Sullivan possède Navillus, à Beaupré.

 2013 Monette acquiert des dizaines de condos au Club Le Céleste et Au Domaine des Neiges, au Mont-Sainte-Anne. À Orford, il achète les Condos Lion D’Or avec l’homme d’affaires et ancien joueur de hockey semi-professionnel Christian Campeau, aussi président du Club Reina del Mar, en République dominicaine. Ainsi, les condos d’Orford, du Mont-Sainte-Anne, de Beaupré et de la République dominicaine accueillent des clients qui ont acheté des forfaits de time-sharing (RCI), vendus par Monette.
 2014 Monette met fin à son association avec Tessier et Sullivan. Le duo ferme ses anciennes entreprises et lance évasionpoints.com, à Gatineau. Ils vendent des forfaits de time sharing pour le Phoenix Spa & Resort, en République dominicaine.

De son côté, Monette crée Passion Vacances, à Québec, et Option Évasion Vacances, à Longueuil, enregistrées au nom de sa conjointe, Catherine Vigeant. Au cours de l’année, un partenaire de longue date, Serge Boudreault, se joint à Option Évasion Vacances.

<b>Catherine Vigeant</b>
Photo Facebook
Catherine Vigeant
  2015 Monette se lance dans Escale 360 à Longueuil avec Serge Boudreault. La fille de Catherine Vigeant travaille dans cette nouvelle entreprise.

Une ancienne employée de Monette, Marie-Christine Vachon, lance Voyage Élite, qui loge à la même adresse qu’Option Évasion Vacances, à Longueuil.

Pour une raison inconnue, Jean-Sébastien Monette signerait certains contrats sous le nom de Jean-Sébastien Lefebvre.

– Kathryne Lamontagne, Le Journal de Québec

 

« L’OPC dit n’importe quoi »

Jean-Sébastien Monette était hors de lui vendredi quand il a su que Le Journal allait publier un reportage sur lui. Deux discussions d’une quarantaine de minutes n’ont pas calmé le jeu.

«Vous allez avoir une poursuite. Il faut nous lâcher, c’est du harcèlement. On passe en cour seulement deux ou trois fois par année», peste l’homme d’affaires de Québec.

Il en a aussi contre l’Office de la protection du consommateur, qui a reçu des centaines d’appels de clients insatisfaits.

«L’OPC dit n’importe quoi. La plupart des plaintes et des chefs d’accusation sont contre les anciens propriétaires ou des anciens partenaires d’affaires.»

Il en veut finalement aussi à plusieurs de ses clients, «qui ne comprennent pas ce qu’on leur dit. C’est écrit sur leur coupon qu’on va leur faire une présentation de 90 minutes avant de leur remettre leur séjour».

Et quand on parle de vente sous pression, M. Monette s’emporte: «On ne leur met pas un couteau sous la gorge pour qu’ils signent le contrat.»

Mieux qu’avant

Il assure que les techniques de vente de l’entreprise ont aujourd’hui changé.

«Je faisais affaire avec des gens dont je me suis débarrassé. Aujourd’hui, c’est moi qui vends ces produits.»

M. Monette fait référence à l’enquête du Journal en décembre 2013, où un vendeur filmé à son insu a proposé aux clients potentiels des offres impossibles, comme une virée de huit personnes en jet privé au Super Bowl dans un hôtel de luxe pour un total de 2200 $.

Mais alors, pourquoi toujours appâter des clients avec des voyages gratuits au lieu de leur dire sans détour qu’on les sollicite afin de leur faire payer des milliers de dollars pour devenir membre de ce système de vacances à temps partagé que M. Monette trouve extraordinaire?

«Vous connaissez les gens dans les salons. Ils ont 30 secondes à vous consacrer. On ne peut pas leur expliquer tout ça», répond-il.

 

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