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L’État subventionnaire

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Les difficultés de Bombardier ne pouvaient laisser le gouvernement indifférent. Remarquez qu’on peut toujours compter sur lui pour dépenser, il suffit souvent de demander...

Les difficultés de Bombardier ne pouvaient laisser le gouvernement indifférent. Remarquez qu’on peut toujours compter sur lui pour dépenser, il suffit souvent de demander...

Outre les retombées fiscales habituelles, le gouvernement, celui de Philippe Couillard, ressemble à cet égard à tous les autres, aime bien avoir l’air d’un partenaire d’affaires. Ça le change de son rôle de gentil géant des programmes sociaux.

Jadis un fleuron de l’économie québécoise, Bombardier peine depuis des années à vendre les avions de sa série C; apparemment à bout de ressources, elle a droit à une aide extraordinaire d’un milliard! Mais rien ne garantit que ça suffira, et Bombardier a bien pris soin de mettre ses activités centrales à l’écart du soutien à la Série C.

Le milliard US qui lui est destiné sera évidemment emprunté. Le gouvernement n’a pas les moyens de tirer une somme pareille de ses comptes courants. Le fisc a beau avoir l’efficacité d’un extracteur de jus, les 100 milliards qu’il collecte chaque année sont entièrement bouffés par l’État.

Pas rien

Un milliard US, ce n’est tout de même pas rien. Il n’était pas étonnant d’entendre Pierre Karl Péladeau et François Legault dénoncer l’entente conclue avec Bombardier. Mais le premier ministre Couillard les a invités à la prudence, car critiquer ajouterait à la fragilité de l’avionneur québécois...

Jeudi, les grévistes du secteur public décriaient, eux aussi, l’aide à Bombardier. L’inculture économique étant répandue, on opposait cet «investissement» dans Bombardier à celui qui serait dû aux services publics. Le Front commun réclame d'ailleurs 7,6 milliards en hausses salariales!

Un manifestant de la CSN notait que Bombardier avait les ressources pour se débrouiller seule. Rappelons que le budget d’exploitation de Bombardier est deux fois moins élevé que les 40 milliards allant à la rémunération des employés de l’État chaque année. Il n’y a que la CSN pour soutenir qu’il n’y a pas de partage de la richesse au Québec.

Partage de la richesse

Le plus étonnant, c’est que les manifestants qui s’épanchaient à la télé hier semblaient ne pas comprendre que sans Bombardier, Jean Coutu, Québecor et tous les autres fleurons de l’économie québécoise, il serait impossible de financer les services publics. Pas de taxes, pas de fonctionnaires! Pas d'impôts, pas de profs!

Le profit crée des emplois, les emplois permettent les impôts et les taxes et la fiscalité assure des revenus aux employés de l'État... Peut-être un autre modèle existe-t-il, mais Françoise David devra descendre des cieux pour l’expliquer...

Il y a tout de même quelque chose d’agaçant dans ce réflexe du gouvernement d’intervenir dans tous les secteurs. L’électrification des transports est un bel exemple d’égarement. Mais qu’est-ce qu’on fout dans l’installation des bornes de recharge des automobiles électriques?

Des entreprises extrêmement riches, des géants mondiaux qui valent 30 fois Bombardier fabriquent des automobiles électriques, mais sont apparemment incapables d’installer les recharges nécessaires à ceux qui achètent leurs véhicules! Des véhicules coûteux que l’on doit en plus subventionner avec un crédit d’impôt de 8000 $. Ainsi subventionnons-nous Toyota, Mercedes-Benz, General Motors et Ford, toutes plus riches que la Belle Province! Partisan du progressisme tous azimuts, le Québec est le dindon de la farce. Il s’associe aux barons du capitalisme mondial en souriant aux caméras. Cette incongruité est nettement plus discutable qu’une aide humanitaire à Bombardier.

 

Échos de la colline

Piger dans la caisse

Comme le suggèrent les leaders syndicaux, il serait facile de hausser les salaires des employés du secteur public. Il suffirait de piger dans les fonds destinés à rembourser la dette. Se servir du Fonds des générations, constitué il y a 10 ans pour calmer les marchés financiers, inquiets de la dette du Québec. Jeudi, la députée Françoise David a opposé les minables salaires des fonctionnaires aux milliards de cette réserve. L’égérie de Québec solidaire ne dit pas les choses clairement, mais c’est bien ce dont il s’agit: l’augmentation des salaires doit avoir préséance sur le remboursement de la dette. Mais pourquoi n’y avait-on pas pensé avant?

Gros malaise

Il n’est pas chanceux, le député péquiste de Sanguinet. Il s’est présenté devant les médias pour parler d’informatique et dire au gouvernement ce qui doit être fait dans l’univers de l’incompétence quand un éminent journaliste lui a demandé s’il avait ressenti un «malaise» en voyant Stéphane Bédard partir avec son indemnité de départ. C’est que le Parti québécois a sévèrement dénoncé ces fameuses indemnités... Alain Therrien a d’abord fait comprendre que c’était la faute des libéraux, mais, pressé de questions, il a répondu que la liste de ses malaises était tellement longue qu’à les entendre, on finirait tous déprimés. Il a voulu couper court aux échanges, mais devant la grise mine des journalistes, le brave homme est revenu au lutrin pour quelques malaises de plus...

007 au MRI

Les journalistes qui suivent le premier ministre Couillard à l’étranger ont constaté une nouvelle et bien étrange habitude des fonctionnaires du ministère des Relations internationales. Les agents du MRI enregistrent désormais les entrevues que mènent les médias. Les conversations aussi, parfois. Un tel qui jase avec un patron d’entreprise verra surgir sous le menton de son interlocuteur la manche d’un 007 syndiqué tenant son micro. Le MRI met apparemment ses barbouzes au service du pouvoir politique comme bon vieux temps du KGB. Pourtant, à Moscou, il n’y a pas si longtemps, les staliniens du «MéMéRi» étaient plus attentifs aux dangers de l’hospitalité moscovite...

 

Citation de la semaine  

«Ce qui se passe actuellement à Val-d’Or met en lumière ce que nous savons depuis longtemps»

— Manon Massé, députée de Québec solidaire sur le malheur des femmes autochtones

 

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