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Rien n'est impossible pour les Québécois

Rien n'est impossible pour les Québécois

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Il est pénible ce 20e anniversaire du référendum du 30 octobre 1995. Vous avez entendu ce ton, ces formules dramatiques, qui vont du « suicide » à la « honte »? Les souverainistes ont le souvenir douloureux et accusateur. Entre la nostalgie et la nécrologie, est-ce qu’on ne pourrait pas regarder les choses avec un peu plus de respect pour nous-mêmes?
 
Avec le recul, on devrait être capable de jeter sur ces événements un regard plus nuancé, plus détaché. Ce que je vois, c’est que sur la courbe de l’histoire, les souverainistes ont bien réussi. En fait, ils ont si bien réussi qu’ils ont rendu la souveraineté non nécessaire.
 
Le projet souverainiste s’est formulé véritablement pendant la Révolution tranquille. Pendant que Jean Lesage présidait à ses grandes réformes, le Parti québécois naissait du Parti libéral comme de la cuisse de Jupiter et René Lévesque donnait une voile démocratique à ce vent qui se levait.
 
C’est tout le Québec qui était transporté, chauffé à blanc par le feu vif de la modernité. C’est tout le Québec qui se redécouvrait. Cette génération née Canadiens français, élevée à travers les soutanes des prêtres, dirigée par des patrons qui parlaient anglais avait décidé de rompre avec le passé.
 
Le mouvement souverainiste avec René Lévesque comme premier porte-parole a profondément imprégné le Québec et sa vie politique. Le Parti libéral est lui aussi devenu nationaliste. Et d’un gouvernement à l’autre, qu’il ait été fédéraliste ou souverainiste, le Québec a fait du français la langue officielle du Québec, imposé la Loi 101, développé sa diplomatie internationale et rapatrié des pouvoirs dans de nombreux domaines, allant de la culture, à  l’immigration, à la formation de la main-d’œuvre.
 
Au premier référendum, en 1980, les Québécois n’étaient pas prêts et au second, les gains réalisés avaient été tels qu’ils étaient déjà nombreux, malgré le rapatriement de la constitution et l’échec de l’Accord du lac Meech, à trouver irréel ce Québec humilié que les leaders souverainistes décrivaient.
 
Alors que la mondialisation montrait son nez, on était quelques années après la conclusion du Traité de libre-échange avec les États-Unis, les Québécois n’étaient plus habités par ce goût de la revanche. Ils étaient plutôt fascinés par cette ouverture sur le monde. Dans une sorte de mouvement contradictoire, la cause nationale avait perdu de l’intérêt pendant que la cause mondiale en gagnait.
 
D’une certaine façon, on pourrait dire que l’élan donné en bonne partie par le mouvement souverainiste avait projeté les Québécois à travers le mur de l’indépendance pour les faire atterrir directement et sans complexe dans l’ère de la mondialisation. Ils ont rempli les universités, conquis tous les domaines de l’activité économique et vu leurs artistes triompher sur les plus grandes scènes du monde. Quant à la souveraineté elle-même, elle est restée derrière, comme une solution d’une autre époque.
 
Les souverainistes ont le nez tellement collé sur l’arbre de leur option, qu’ils ont perdu de vue la forêt, le peuple lui-même. C’est pourtant l’essentiel. Un jeune Québécois sait aujourd’hui que rien ne lui est impossible. Il n’est pas un poste décisionnel, un titre, un cercle d’influence ou un prestige qui lui soit inaccessible si tant est qu’il a le talent pour y aspirer et le cœur au ventre pour le décrocher. À peu près tout ce dont rêvaient les indépendantistes de la première heure est aujourd’hui accessible à la jeunesse du Québec.
 
Les souverainistes n’ont pas réussi à faire du Québec un pays il y a 20 ans, mais ils auront largement contribué à faire des Québécois d’aujourd’hui des citoyens du monde.