/opinion/blogs/columnists
Navigation

Les Québécois et leur mauvais rapport à la religion : à propos d’un sondage (1)

Les Québécois et leur mauvais rapport à la religion : à propos d’un sondage (1)
Photo d'archives

Coup d'oeil sur cet article

Le Devoir nous l'apprenait il y a quelques jours, la toujours vertueuse Commission des droits de la personne, qui veille sur l’âme québécoise et sa tentation «xénophobe» a présenté récemment les résultats d’un sondage qu’elle veut nous faire croire effrayants: les Québécois seraient dévorés par l’intolérance religieuse. Elle commente le sondage, histoire que nous comprenions correctement sa signification: il serait effrayant et terrifiant. D’autres données seraient à venir. On nous conditionne à l’avance: il faudra réagir avec un cri d’horreur. C’est ainsi qu’on façonne la mauvaise conscience d’un peuple, en lui inculquant systématiquement le sentiment de sa culpabilité.

Mais voyons-voir ce qui effraie Jacques Frémont, le président de la CDPDJ. La CDPDJ nous apprend que 43% des Québécois seraient méfiants envers le simple fait d’avoir des convictions religieuses. Ils se méfient de la religion en elle-même. On peut certainement voir là l’héritage de la Révolution tranquille et du traumatisme laissé par la plus mauvaise part du catholicisme dans la conscience collective. On pourrait aussi y voir une forme d’athéisme conséquent. La CDPDJ préfère pourtant y voir de l’intolérance religieuse et un refus de la tolérance. N’est-il pas légitime pourtant, même si c’est une position très discutable, d’être méfiant envers la religion en elle-même?

De même, 48,9% des Québécois confessent un malaise à l’idée de recevoir un service d’une femme portant un hidjab. Plutôt que de hurler au loup, on pourrait y voir une inquiétude devant les difficultés liées à l’immigration musulmane, ou encore, un sentiment de frustration devant un voile ce qui peut passer pour un refus de l’intégration à la société québécoise. Est-il absolument irrationnel ou illégitime de se questionner sur la difficile intégration de l’Islam dans les sociétés occidentales? Est-il absolument insensé et illégitime d’avoir des réserves devant le voile islamique?

Mais ces nuances, apparemment, n’intéressent pas la CDPDJ qui préfère y voir la trace indéniable de l’islamophobie qui partout, gagnerait du terrain en Occident. Dans la logique multiculturaliste, l’Occident serait toujours occupée à persécuter une minorité. Hier, les Juifs avaient le mauvais rôle, aujourd’hui, ce serait le tour des musulmans. On veut faire de «l’islamophobie» la suite logique de l’antisémitisme même si une analyse minimalement fine de ces réalités nous convaincra aisément qu’elles n’ont rien à voir entre elles. À travers ces deux phénomènes, il y aurait une constante: le besoin occidental de toujours persécuter une minorité.

Qu’on me comprenne bien: je ne dis pas qu’il n’y a aucune intolérance envers les musulmans. Il y a dans chaque société et chaque peuple un lot de brutes, d’ignares, d’intolérants. Mais je dis qu’on ne saurait associer systématiquement la critique du voile à l’intolérance à l’endroit des musulmans. Et on trouvera certainement, surtout sur les médias sociaux, une collection de crétins fanatisés qui vomiront sur les musulmans, comme d’autres vomissent sur les Américains, les Français, les souverainistes québécois, les fédéralistes canadiens ou bien d’autres groupes.

De même, Jacques Frémont se désole que les Québécois s’agacent moins de la présence du crucifix que de celle d’autres symboles religieux dans la vie publique. Il pourrait y voir une préférence naturelle d’un peuple pour ses propres symboles, pour son propre héritage, pour ce qui lui rappelle sa propre histoire. N’est-il pas naturel d’avoir un préjugé favorable envers soi? Il préfère interpréter cela à la lumière de la sociologie antidiscriminatoire, qui voudrait que tous les symboles disposent de la même place dans la culture d’un peuple, comme s’ils étaient tous interchangeables, et qui voudrait qu’on refuse d’avoir une tendresse particulière envers notre propre patrimoine.

Il y a pourtant un hic. Une telle montée de «l’intolérance» devrait s’enregistrer dans les plaintes faites à la CDPDJ. Ce n’est pas le cas. Elles sont apparemment en baisse. Jacques Frémont s’en réjouit-il? Non! Il s’en désole! Cela veut dire pour lui que les discriminés se taisent! Car il a un tour de passe-passe conceptuel: c’est justement parce que les gens ont peur qu’ils ne portent pas plainte. Ils associent la CDPDJ à la société majoritaire et conséquemment, s’en détournent. Moins il y a de plaintes, et plus cela confirmerait l’intolérance de la société envers ses minorités: elles n’oseraient même plus protester contre leur mauvais sort.

C’est fort. C’est très fort. Mais ce n’est pas nouveau. La CDPDJ, dans un précédent document, il y a quelques années, s’était déjà inquiété du nombre de plaintes insuffisantes pour discrimination et se proposait de les susciter pour que les gens issus des minorités apprennent à se percevoir comme discriminés. La théorie antidiscriminatoire n’est pas confirmée par la réalité? C’est donc la réalité qui a tort et il faudra la tordre jusqu’à ce qu’elle engendre le nombre de plaintes qui viendrait confirmer la discrimination systémique. On ne le dira jamais assez: la CDPDJ est une institution qui fait plus de tort que de bien à notre société et qui croit pouvoir confirmer sa légitimité à travers le portrait infamant qu’elle en fait. Nous pourrions nous en passer.  

***

Un fait n’en demeure pas moins central : les Québécois, en général, n’aiment pas la religion. J’y reviendrai jeudi sur mon blogue dans la seconde partie de ce texte, qui sera consacrée à la méfiance québécoise à l’endroit de la religion.