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Le prix de la haute voltige

Maxime Girard se retrouve en fauteuil roulant après un accident de trampoline

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Le 19 février 2013, la vie de Maxime Girard a chaviré. En plein spectacle au Moyen-Orient, l’acrobate québécois a perdu ses repères et est tombé d’un trampoline. Tétraplégique depuis l’accident, une pensée le hante toujours. «J’aurais préféré mourir sur le coup», confie-t-il.

«Est-ce que je pense encore au suicide? Oui. J’en veux à la vie», affirme-t-il sans broncher.

Rencontré à son condo dans l’est de la ville, Maxime Girard se confie avec franchise. Le jeune homme de 25 ans aborde des sujets comme la vie, la mort et le handicap sans aucune gêne ni malaise.

Il avait tout ce qu’il voulait: une carrière d’acrobate qui l’a amené à travailler avec le Cirque du Soleil, le Cirque Éloize et les 7 doigts de la main, en plus d’une relation harmonieuse avec son conjoint. Mais tout cela s’est envolé à la suite de son accident, alors qu’il était en tournée avec la compagnie québécoise Milord Entertainment.

L'acrobate Maxime Girard, avant son accident qui l'a rendu tétraplégique
Photo courtoisie
L'acrobate Maxime Girard, avant son accident qui l'a rendu tétraplégique

Il était habitué à des performances aériennes à 10 mètres du sol, mais c’est beaucoup moins haut que l’accident s’est produit. Lors d’un saut, Maxime Girard a perdu ses repères avant de heurter le sol, directement sur son cou, se fracturant ainsi deux vertèbres.

«J’étais conscient tout le long. Je me demandais pourquoi je n’arrivais à bouger ni mes bras ni mes jambes», raconte-t-il.

C’est dans l’ambulance qui le transportait à l’hôpital du Sultanat d’Oman qu’il a «perdu la carte», se souvient-il. Puis Maxime Girard a été plongé dans un coma dont il n’a émergé que deux semaines plus tard. C’est lors de son transfert à l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal, deux semaines plus tard, que le diagnostic est tombé comme une tonne de briques: l’accident l’ayant rendu tétraplégique, Maxime Girard ne pourrait plus marcher.

«Ça a été extrêmement difficile à accepter. Je dois faire le deuil de mon corps, mais je crois que c’est un deuil qui ne se fera jamais complètement», souligne-t-il.

Plus de deux ans et demi après l’accident, Maxime Girard se blâme toujours pour sa chute, avouant qu’il «s’en voudra pour le restant de sa vie».

 

La solitude

Maxime Girard ne le cache pas: il «souffre beaucoup de la solitude» depuis que son handicap a bouleversé sa vie. Au fil des mois suivant son accident, sa relation avec son conjoint s’est effritée. Un constat qui n’est pas sans teinter sa voix de tristesse.

«On garde contact, mais on ne parle plus de bâtir une vie ensemble. Aujourd’hui, je me vois faire ma vie seul. C’est un des chocs les plus difficiles à encaisser», explique-t-il, visiblement ému.

Il demeure maintenant seul, mais peut compter sur la visite d’une infirmière matin et soir, en plus d’un cercle d’amis très présents. Ils sont d’ailleurs nombreux à souligner son courage, une idée que Maxime Girard balaie du revers de la main.

«Je n’ai rien de courageux. Je me suis retrouvé au pied du mur après l’accident, sans aucune autre option», souligne-t-il.

«Je gravite autour de la société sans réellement y participer. Personne ne veut être le personnage secondaire dans son propre film. J’aimerais beaucoup mieux n’être tout simplement plus là», continue-t-il.

De l’espoir dans ses souvenirs

Avant son accident, Maxime Girard était un acrobate spécialiste en cerceau aérien ayant œuvré, entre autres, avec le Cirque du Soleil.
Photo courtoisie
Avant son accident, Maxime Girard était un acrobate spécialiste en cerceau aérien ayant œuvré, entre autres, avec le Cirque du Soleil.

Dans les moments de déprime, une chose lui permet de s’accrocher: ses souvenirs. Photos et vidéos du passé parviennent à faire renaître une lueur d’espoir dans son quotidien.

«J’ai beau n’avoir travaillé que trois ans dans le monde du cirque, j’ai accompli plusieurs choses dont je suis fier. J’ai eu une vie heureuse et une carrière que j’aimais», explique-t-il.

Cette vie heureuse semble appartenir au passé; pour Maxime Girard, l’idée de retrouver le bonheur évoque des sentiments contradictoires.

«Il y a une partie de moi qui ne veut pas être heureux. Ce serait en quelque sorte un manque de respect pour qui j’étais et ce que j’ai accompli avant mon accident», confie-t-il.

Un spectacle pour sa fondation

Il a mis en scène Hook Up, un spectacle-bénéfice au profit de la Fondation 33, qu’il a créée cette année.
Photo courtoisie
Il a mis en scène Hook Up, un spectacle-bénéfice au profit de la Fondation 33, qu’il a créée cette année.

Le cirque a beau lui avoir coûté l’usage de ses bras et de ses jambes, Maxime Girard n’a pas l’intention de quitter cette industrie.

«Le cirque sans danger, c’est inintéressant. Il y a beaucoup plus de gens qui se blessent dans des accidents de voiture, mais on ne va pas arrêter de conduire parce que c’est dangereux», souligne-t-il.

Il travaille d’ailleurs activement à la mise en scène de Hook Up, un spectacle circassien au profit de la Fondation 33, qu’il a créée plus tôt cette année. Son but: venir en aide aux victimes de traumatisme de la moelle épinière. Le spectacle sera présenté les 20 et 21 novembre prochains dans les studios du Cirque Éloize.

Avec ses 35 heures de traitements médicaux par semaine, Maxime Girard ne pourrait pas imaginer occuper un emploi à temps plein avec un lot important de responsabilités. La mise en scène lui permet d’entretenir sa passion pour le cirque tout en demeurant actif, et ce, à son propre rythme.

Pour l’occasion, il a pu compter sur l’aide d’amis, des artistes de cirque évoluant pour Les 7 doigts de la main, le Cirque du Soleil ou le Cirque Éloize. La totalité des fonds recueillis au cours des deux représentations ira directement à la Fondation 33.

Spectacle Hook Up, mis en scène par Maxime Girard au profit de la Fondation 33
Photo courtoisie
Spectacle Hook Up, mis en scène par Maxime Girard au profit de la Fondation 33

Le spectacle se déroulera dans une atmosphère rappelant les «bordels», ces cabarets de filles de joie, tout droit sortis des années 1920.

«Ça fait un parallèle avec mon histoire. On parle de gens qui vivent librement, sans penser au lendemain. Comme je vivais, jusqu’au 19 février 2013», conclut-il.

♦ Le spectacle Hook Up sera présenté les 20 et 21 novembre. Pour les billets et informations: www.Fondation33.com