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Des «profs extraordinaires» pour expliquer le succès

Une école de la Mauricie a plus que doublé son résultat dans le classement de l’Institut Fraser

Des «profs extraordinaires» pour expliquer le succès
Photo Le Journal de Québec, Annie T Roussel

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Une équipe-école qui remue ciel et terre pour faire réussir ses élèves, des jeunes impliqués à fond dans des activités parascolaires et un fort sentiment d’appartenance. Voilà quelques-uns des ingrédients qui font le succès de l’école secondaire Le Tremplin, en Mauricie, qui est l’une des écoles qui s’est le plus améliorée au cours des dernières années.

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En cinq ans, la cote attribuée par l’Institut Fraser à cette école de Sainte-Geneviève-de-Batiscan est passée de 2,6 à 5,7, ce qui lui a permis de gravir les échelons pour se situer maintenant au milieu du palmarès, soit l’une des meilleures remontées dans la province.

Le directeur, Jean-Pierre Bordeleau, est arrivé en poste il y a cinq ans. Si ses élèves réussissent mieux aux examens ministériels, c’est d’abord et avant tout à cause des enseignants, dit-il. «Quand je suis arrivée ici, j’ai voulu orienter l’ensemble de nos actions vers la réussite. On a une équipe d’enseignants extraordinaires, on oublie trop souvent de le souligner», lance-t-il.

Il faut dire que M. Bordeleau ne se voit pas vraiment comme un directeur d’école, mais plutôt comme un «collaborateur», comme on peut le lire sur la porte de son bureau. «Quand j’arrive à l’école le matin, le titre de directeur, je le range dans le tiroir. Je suis là d’abord et avant tout pour trouver des solutions. Ce que j’ai peut-être fait, depuis cinq ans, c’est de faire que les enseignants y croient, à la réussite de leurs élèves», lance-t-il.

Au fil des ans, davantage de mesures de récupération et de mentorat ont été mises sur pied, pour mieux encadrer les élèves.

Services accélérés

M. Bordeleau s’efforce aussi que les élèves aient accès rapidement à des services particuliers lorsqu’ils en ont besoin. «Il faut arrêter de s’enfarger dans la paperasse. Si on suivait la procédure, ça prendrait trois ou quatre mois avant qu’un élève ait des services», explique-t-il.

Parce qu’il fait confiance à ses enseignants lorsqu’ils lui signalent un problème avec un élève, M. Bordeleau peut mettre en place des services sans attendre un diagnostic en bonne et dûe forme, explique-t-il. «Si on attend trop longtemps, on passe à côté.»

Des jeunes impliqués

À l’école secondaire Le Tremplin, près de 75% des élèves sont impliqués dans un comité ou une activité parascolaire qui les motive à se lever le matin pour aller à l’école. «Je dis souvent que le parascolaire, c’est ce qui entoure l’école. C’est la clôture qui fait que le jeune va rester dedans», lance M. Bordeleau.

Lors de notre passage, des élèves avaient organisé des activités de décorations de citrouille pour l’Halloween, pendant l’heure du dîner. Au total, ils peuvent s’impliquer dans une 40e d’activités et de comités, un nombre important pour cette école d’environ 300 élèves.

Des casiers pas barrés

Le sentiment de sécurité et d’appartenance joue aussi beaucoup dans la réussite des élèves, ajoute Maggie Pike, enseignante d’anglais depuis 26 ans à l’école Le Tremplin. Dans les corridors de cette petite école, plusieurs casiers ne sont pas barrés.

«C’est comme une grande famille ici», lance celle qui enseigne maintenant aux enfants de ses anciens élèves.

Même son de cloche de la part de Frédéric, un élève de cinquième secondaire qui se passionne pour l’art dramatique. «C’est l’fun, on connaît toute la gang. J’aimerais ça redoubler pour rester un an de plus à l’école», lance-t-il à la blague.

Et il y a aussi la fierté d’être dans une petite école de campagne, à 20 minutes seulement de Trois-Rivières. Dans l’album des finissants de l’an dernier, l’irréductible village gaulois d’Astérix a été remplacé par l’irréductible école Le Tremplin, encerclée par les écoles citadines des environs...

Dans les petites écoles, les meilleures notes?

Les dix écoles de la province qui se sont les plus améliorées au cours des cinq dernières années comptent moins de 650 élèves. Est-il plus facile de faire mieux lorsque l’école compte un moins grand nombre d’élèves? La réponse ne fait pas l’unanimité.

Il y a d’abord les chiffres. Les résultats d’un seul élève ont beaucoup plus d’impact sur le portrait global d’une école qui compte 20 finissants, que sur celui d’un établissement qui en regroupe 200. Si bien que les résultats des petites écoles fluctuent davantage d’une année à l’autre, souligne l’Institut Fraser, auteur du Palmarès des écoles secondaires.

Mais il y a plus que les statistiques. Pour Valérie Trudeau, directrice de l’école secondaire Vallée-des-Lacs qui compte une centaine d’élèves, il est clair qu’un nombre peu élevé d’élèves a ses avantages.

«Quand tu as un groupe de 13 élèves, tu peux faire plus d’interventions en classe, tu peux répondre à plus de questions. C’est mathématique», dit celle qui suit les résultats de chacun de ses élèves à la trace.

Mais il y a aussi les mauvais côtés. En cas de conflits entre deux élèves, toute l’école «prend partie» et se range dans un camp ou dans l’autre, ajoute-t-elle.

De son côté, le conseiller en rééducation Richard Gagnon, qui travaille dans la même école, considère que le succès de Vallées-des-Lacs est loin de s’expliquer par le nombre d’élèves qui y défilent chaque jour. «La proximité des élèves entre eux, les histoires de famille, ça peut devenir problématique dans notre milieu», dit-il.

À la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement, on considère qu’il n’y a pas de lien direct entre le nombre d’élèves et le succès d’une école. «Ce qui est important, c’est que les gens soient mobilisés, peu importe la taille de l’école», affirme sa présidente, Lorraine Normand-Charbonneau.

Même son de cloche de la part de Jean Bernatchez, professeur à l’Université du Québec à Rimouski spécialisé en administration scolaire. La recherche en éducation démontre que les enseignants et le leadership de la direction ont un réel impact, dit-il.

« C’est véritablement le type de stratégies d’intervention et les efforts fait pour améliorer la qualité de l’enseignement qui peuvent faire une différence, plutôt que la taille de l’école, affirme-t-il. Mais c’est évident qu’il est plus facile d’instaurer un changement à l’intérieur d’une petite organisation plutôt que d’une grande.»