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Le monde à l’envers

Le monde à l’envers
AFP

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On ne me soupçonnera pas de mettre de l’avant un biais favorable au Parti libéral du Canada et à un Trudeau, moi qui ai combattu les gouvernements Chrétien et Martin quotidiennement durant toute une décennie. Des tranchées de la recherche politique, j’ai même participé à déterrer les scandales boueux du Shawinigate, des commandites, celui du Fonds pour l’unité canadienne et des multiples programmes de propagande de ce parti. Je me suis battu bec et ongles contre la funeste Loi sur la clarté (on a produit plus de 1000 amendements pour la «filibuster» à l’époque avec mon ami Matthieu), contre tous les actes de centralisation des rouges fédéraux, contre l’arrogance fédérale incarnée par le parti naturel de gouvernement. Plusieurs de ces combats politiques furent menés avec des gouvernements du Québec, péquiste bien sûr, mais aussi libéraux. Je me souviens d’entendre Jean Charest se déclarer prêt à se battre aux côtés du Bloc pour contrer le déséquilibre fiscal. 
Mais ces temps-ci, je me pince. Entre les libéraux d’Ottawa et ceux de Québec, l’adversaire principal n’est plus le fédéral, c’est le provincial! Ça vous fatigue cette utilisation du mot «provincial»? Mais comment qualifier autrement un gouvernement qui ne semble dominé que par cette rage de rapetisser à tout prix l’État québécois? Rapetissement de nos pouvoirs en environnement, rapetissement de notre rayonnement international, rapetissement de notre culture, rapetissement de l’éducation, rapetissement de notre dignité, de notre caractère national. 
Il y a bien un mot encore plus juste, c’est paroissial. Le gouvernement libéral de Québec est paroissial, dominé par les notables que sont les boutiquiers à la Coiteux et les médecins, nouveaux curés de notre postmodernité qui cache en fait un élan vers la prémodernité. Retour numérique vers les années 50 en DeLorean. Comment être fier de notre gouvernement? 
À côté de cela, il y a ce nouveau gouvernement Trudeau, rajeuni, plein de vie, paritaire, miroir vivant de cette diversité devenue le véritable ciment de l’unité canadienne. Pays sans histoire et sans mémoire, sans nation, sans peuple. Nietzsche n’écrivait-il pas que trop de mémoire confine à l’impolitesse? Le Canada, pays du 22e siècle, Mecque du multiculturalisme triomphant comme fin de l’histoire? Air connu. Fukuyama peut aller se rhabiller...
Alors que la capitale fédérale déploie ses ailes, menée par un Prince charmant délesté des lourdes idées des hommes d’État, la capitale québécoise, que nous rêvions nationale, prend l’allure d’un chef-lieu paroissial, inspiré par un petit épicier venu des HEC qui coupe, rapetisse, réduit, amoindrit. Le premier médecin laisse faire, encourage même ce traitement contre la métastase nationale. Lui qui regarde vers la vraie capitale, la canadienne, avec envie, écoutant un air d’opéra pour combler l’ennui...