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Le mannequin qui voulait devenir une femme

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Vin Los a tenté de devenir un célèbre mannequin international en tatouant 116 mots provocants sur son corps. Son but ultime était de se payer un changement de sexe. Le Montréalais de 25 ans travaille aujourd’hui comme commis dans une épicerie du Plateau, mais son rêve de devenir une femme demeure. «Moi, mon pénis, aussitôt que je peux le faire chopper, je le fais.»

Depuis combien de temps souhaitiez-vous être une femme?

Les traits du visage de Vin Los ont déjà commencé à changer depuis le début de la transition.
Photo courtoisie, VIN LOS
Les traits du visage de Vin Los ont déjà commencé à changer depuis le début de la transition.

Depuis toujours. Quand j’étais jeune, j’avais toujours hâte à l’Halloween pour me mettre de faux ongles et marcher sur le bout des pieds. À 17 ans, j’ai commencé à prendre les contraceptifs de ma meilleure amie pour que les hormones changent mon corps. Ça n’a pas duré longtemps par exemple, son médecin s’en est rendu compte. J’ai aussi toujours aimé les hommes, mais pas les homosexuels. Je ne me suis jamais identifiée comme homosexuel. Tous les hommes dont je suis tombé(e) amoureux, bien, amoureuse, étaient hétérosexuels.

Vous semblez hésiter sur l’emploi du masculin et du féminin quand vous parlez de vous-même. C’est l’habitude, peut-être?

J’ai commencé à prendre mes hormones il y a seulement un mois. Je n’ai pas encore beaucoup de seins, j’ai les cheveux courts, j’ai encore un peu de muscles. Je me sens femme à l’intérieur, ça, c’est sûr, mais je sais que le miroir ne reflète pas encore ce que je suis. Je ne suis pas stupide, mon image s’est féminisée depuis le début du processus, mais ce n’est pas encore à mon goût. Mon ultime objectif c’est la vaginoplastie. Mais bon, allons-y avec le féminin.

En moins de deux mois, vous êtes passée de 10 à 116 tatouages. Pourquoi un si gros changement?

J’avais 23 ans à l’époque. J’avais besoin d’argent pour apporter tous les changements que je voulais à mon corps. Pour moi, entrer dans le show-business, ça rimait avec argent. Je savais que si j’arrivais dans ce marché tout maigre comme j’étais, ça ne marcherait jamais. Je me suis dit que j’allais créer une image pop, d’abord parce que je suis passionnée de la culture pop, mais surtout parce que je savais que ça allait faire jaser. J’ai pris des moyens extrêmes pour arriver à réaliser mes rêves. Ce que j’ai créé c’est une recette gagnante. C’est une technique marketing. Je n’ai jamais eu d’agent, je n’ai jamais voulu avoir d’agent, je veux tout contrôler. J’ai étudié en publicité au cégep de Jonquière.

Vous parlez encore de «recette gagnante» même si votre carrière de mannequin n’a pas eu les résultats financiers escomptés?

C’est vrai, je n’ai pas fait beaucoup d’argent avec les contrats que j’ai eus dans le domaine de la mode. J’ai fait environ 5000 $. Je me suis déjà fait dire, par exemple, de défiler pour un designer à New York et que, comme paye, on allait me donner un t-shirt. Une autre fois, ils voulaient me faire venir à Londres pour un événement et j’ai dû m’obstiner pour réussir à avoir 400 $. À un moment donné, je ne suis pas une bitch quand même. Par contre, la visibilité que j’ai eue dans les médias à cause de mon look m’a permis de me faire connaître. J’ai un emploi dans une épicerie, mais je fais aussi des toiles. Maintenant, les gens me contactent directement pour me faire des commandes. Ça marche vraiment bien et je fais plus d’argent avec mes toiles que comme mannequin. J’ai vendu environ 80 tableaux, entre 150 $ et 250 $ le tableau, depuis novembre 2014. J’ai commencé à peindre après les tatouages, c’était une autre façon de m’exprimer.

Avez-vous vous déjà eu des doutes sur votre transition?

Photo courtoisie, VIN LOS

Oui. J’ai longtemps mis une croix sur la transition avec les hormones et les chirurgies. J’ai beaucoup de craintes, c’est sûr. À un moment donné, j’ai fait des transformations extrêmes. J’ai carrément arrêté de manger, je courais chaque jour jusqu’à me rendre malade, j’avais environ 30 livres de moins qu’aujourd’hui. Je me disais que j’allais modifier mon corps par moi-même. Quand je m’étais entraînée beaucoup pour atteindre les standards de beauté du monde de la mode, je ne voyais plus la possibilité de me «dé-entraîner». J’avais des veines et des muscles partout, je ne voyais pas comment je pourrais devenir une belle femme.

L’argent semble être votre plus grand problème, mais outre la vaginoplastie, qui est couverte par le gouvernement du Québec, qu’avez-vous d’autre à payer?

C’est une chose de devenir une femme, mais je ne veux pas avoir l’air d’une traînée. Je veux être belle. Ça prend beaucoup d’argent pour ça. J’ai calculé que j’avais besoin d’environ 15 000 $ à 20 000 $ pour avoir le physique dont je rêve. Par exemple, se faire retirer la pomme d’Adam, c’est 6000 $. Je veux aussi apporter quelques modifications dans mon visage, comme sabler mon arcade sourcilière pour l’arrondir et avoir l’air plus féminine. C’est plusieurs petits éléments comme ça qui font qu’à un moment donné, les gens disent: «Ah oui, c’est une fille».

Vous aviez créé un personnage très masculin quand vous vouliez devenir mannequin. Aviez-vous adopté une nouvelle attitude pour aller avec?

Non. Je me souviens, parfois j’allais à des séances photo et on me demandait de sortir mon côté agressif. Je leur disais: «Je ne suis pas capable, j’ai pas ça en moi!» Mais c’était bizarre pour eux, parce que j’avais transformé mon corps pour avoir l’air de ça, j’avais les tatouages, les muscles, la barbe. On m’avait même teint les cheveux, les sourcils et tous les poils foncés pour que j’aie l’air plus viril.

« Je veux être belle. ça prend beaucoup d’argent pour ça. »

Le pire, c’était quand ils nous demandaient de faire du freestyle et de danser, par exemple. Aille, moi je danse et je me déhanche comme une fille! Si je veux avoir l’air d’un gars, je dois contrôler tout ce que je fais. Le freestyle ne fonctionnait pas très bien pour moi.

Est-ce que vous avez noté un gros changement depuis que vous avez commencé à prendre vos hormones?

Oh oui! Présentement, il y a des gars hétéros, des beaux gars hétéros, qui flirtent avec moi. Il y a des gars qu’avant j’aurais regardés, mais qui ne m’auraient jamais regardée. Maintenant, c’est le contraire. Dans ma vie, ça a toujours été comme ça: s’il y avait deux gars devant moi, un hétéro avec la grosse barbe et qui aime le hockey et un autre avec un t-shirt rose serré et les sourcils épilés, je devais toujours flirter avec le deuxième. Le barbu qui aime le hockey était toujours hors de ma ligue, mais c’était lui que je voulais dans le fond.

De quoi vous ennuierez-vous le moins quand vous aurez complété votre transition?

Mon pénis. Moi, mon pénis, aussitôt que je peux le faire chopper, je le fais. Quand j’ai des relations sexuelles avec des hommes, c’est vraiment du donnant donnant. Les homosexuels que j’ai connus, c’était beaucoup comme ça, mais moi, j’avais pas nécessairement envie de donner. Maintenant, je ne le referais plus. Je ne veux même plus l’option de m’en servir. C’est une question de sensation et moi je le faisais beaucoup plus pour faire plaisir à l’autre. Aussi, chaque jour, je dois me taper. Je porte des jeans serrés de femme et, soyons honnêtes, personne ne veut voir des bosses au travers. Je m’achète régulièrement des rouleaux de Duct tape.

Si je vous croise dans quelques années, qu’aurez-vous de bon à raconter?

Moi, je voudrais me fermer les yeux et me réveiller dans un an et dire «Ok, on repart à zéro». Dans les prochaines années, je veux vraiment me concentrer sur la femme que je suis. Ma carrière de mannequin est terminée. Je veux me concentrer sur mes toiles. Maintenant que j’ai une petite visibilité, je vais pouvoir l’utiliser pour afficher mon art.

 

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