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Apprendre la vie québécoise

Dany Laferrière sera à Montréal pour le Salon du livre, puis ira ensuite en Haïti avec des écrivains, «afin d’en apprendre un peu plus sur ceux qui vivent depuis si longtemps chez nous. Ce n’est jamais bien de ne rien savoir sur la vie de son voisin. Depuis quelques  années, les écrivains québécois réparent 
cet oubli».
Photo courtoisie Dany Laferrière sera à Montréal pour le Salon du livre, puis ira ensuite en Haïti avec des écrivains, «afin d’en apprendre un peu plus sur ceux qui vivent depuis si longtemps chez nous. Ce n’est jamais bien de ne rien savoir sur la vie de son voisin. Depuis quelques années, les écrivains québécois réparent cet oubli».

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L’écrivain Dany Laferrière présente cette semaine son premier titre après son entrée à l’Académie française: Tout ce qu’on ne te dira pas, Mongo. On retrouve avec plaisir le ton à la fois léger et sérieux de cet écrivain d’exception, son amour pour le Québec et pour la vie, son humour fin, sa sensibilité et la qualité du regard qu’il porte sur l’humain.

Cette chronique brillante raconte comment un homme du Sud qui vit depuis 40 ans dans un pays du Nord rencontre un jeune homme tout juste arrivé d’Afrique. Il lui raconte en détail son expérience, souhaitant ainsi lui faire éviter certains obstacles.

Cela se fait, précise Dany en entrevue par courriel, «tout en sachant que la vie peut mélanger les cartes différemment et que la société d’il y a 40 ans n’est plus la même». En même temps, «les traces du passé sont toujours présentes dans une société si neuve, qui tente de se forger une identité».

Beaucoup de Mongo

Dany Laferrière affirme qu’il a rencontré beaucoup de Mongo au fil des ans.

«Beaucoup de jeunes gens qui arrivent au Québec viennent me voir afin que je leur explique la vie d’ici. Je leur dis d’abord qu’avant toute différence, il faut chercher les points de rencontre. La vie est plus forte que les analyses et l’idéologie. L’amour est une boussole juste. Ne pas trop s’attarder à ce qui pourrait nous sembler négatif aujourd’hui, car demain, cela peut changer de couleur. Comme l’hiver, que j’ai détesté au début et qui, maintenant, me fait moins peur.»

D’autres conseils s’ajoutent. «Éviter la nostalgie qui nous fait croire que la vie qu’on vient de quitter était meilleure. En fait, c’est la même qu’on poursuit dans un nouvel espace.»

Cela dit, Dany Laferrière précise que Mongo a déjà existé dans un livre précédent, Chronique de la dérive douce. «J’aime reprendre mes personnages comme mes idées. Mon esthétique est celle de la roue qui tourne sur elle-même pour avancer. Cette roue garde la poussière du chemin parcouru.»

«Chemin d’écrivain»

Mongo représente le jeune homme que fut l’écrivain en arrivant au Québec, il y a 40 ans. «Et, bien sûr, c’est trop tard, je ne peux plus rien faire pour lui: les jeux sont faits. Il reste la consolation que le Québec fut bon pour moi. C’est ici que j’ai fait mon chemin d’écrivain.»

Sur le Québec et les Québécois, Dany Laferrière apprend à Mongo que «les Québécois ne forment pas un seul bloc» et que c’est «une société formée de gens aux caractères si différents». «Ne les mettez pas dans le même panier. Ils contestent tout. Ils peuvent être d’une docilité incroyable et, le moment d’après, vouloir tout casser. Mais la vie ici coule douce, car ils n’iront pas jusqu’au bout. Ce sont au fond des modérés avec un sang vif. Leur révolution est lente, tranquille même.»

Le calme

Ce qu’il aime le plus de la vie québécoise? «La nuit québécoise est calme. Et les cafés, les théâtres, les cinémas, les restaurants permettent une vie brillante, cela même pour un jeune homme qui vient d’arriver et qui se cherche du travail. Je passais mon temps à observer la vie. Je n’avais peur d’aucun pouvoir abusif. Quand on vient d’une dictature, c’est la fête de vivre à Montréal.»

Et, Dany, quelle est la principale différence entre le Nord et le Sud? «Le Nord fournit des touristes au Sud, tandis que le Sud lui fournit des ouvriers. L’un passe 15 jours chez l’autre, tandis que ce dernier y passe 40 ans. Qui connaît, d’après vous, mieux l’autre?»

  • En librairie le 10 novembre.
  • Dany Laferrière est membre de l’Académie française depuis 2013.
  • Il a été fait Officier de l’Ordre national du Québec en 2014.

EXTRAIT

«Je descends la rue Saint-Denis vers le fleuve. On m’arrête au coin de la rue Cherrier. C’est un jeune homme au début de la vingtaine.

- Je m’appelle Mongo. J’arrive tout juste d’Afrique.

- C’est grand, l’Afrique.

- Ah, vous connaissez! Je viens du Cameroun. En fait, j’ai pris le nom d’un écrivain camerounais pour qui j’ai beaucoup de respect.

- Mongo Beti.

- Vous le connaissez aussi!

- Oui... J’aime bien sa colère. Il ne prend rien pour acquis.

- La plupart des gens prennent l’Afrique pour un pays où l’on ne fait qu’attendre la mort. Je suis étonné par un tel manque de curiosité.

Et moi, je suis étonné par la qualité de sa langue, son ton calme et réfléchi. Et son regard de tigre prêt à bondir sur l’ennemi de chasse.»

— Dany Laferrière, Tout ce qu’on ne te dira pas, Mongo

Dany Laferrière — Tout ce qu’on ne te dira pas, Mongo
Dany Laferrière sera à Montréal pour le Salon du livre, puis ira ensuite en Haïti avec des écrivains, «afin d’en apprendre un peu plus sur ceux qui vivent depuis si longtemps chez nous. Ce n’est jamais bien de ne rien savoir sur la vie de son voisin. Depuis quelques  années, les écrivains québécois réparent 
cet oubli».