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Parce que nous sommes en 2015

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Après avoir présenté son cabinet paritaire, le premier ministre Justin Trudeau s’est fait demander pourquoi il attachait tant d’importance à cette égalité des genres dans son équipe. «Parce que nous sommes en 2015», a-t-il répondu.

Après avoir présenté son cabinet paritaire, le premier ministre Justin Trudeau s’est fait demander pourquoi il attachait tant d’importance à cette égalité des genres dans son équipe. «Parce que nous sommes en 2015», a-t-il répondu.

Depuis, des critiques ont succédé aux hourras. Les hommes ont les dossiers clés; plusieurs femmes sont des ministres sans portefeuille; les femmes avaient beaucoup plus de chances d’être ministres puisque, formant moins du tiers du caucus, elles étaient assurées de la moitié des limousines. Imaginez tous ces talents masculins laissés sur les banquettes. Sexisme à l’envers, paternalisme, poudre aux yeux. Les mots ont été forts.

Compétence, compétence, compétence, disait la chorale, voilà le critère qui devrait déterminer l’octroi d’un poste de ministre. La compétence, bien sûr, critère objectif par excellence. Prenons quelques exemples connus pour en illustrer les mérites.

Vive la compétence

N’hésitons pas à lever la barre. Dans un monde idéal, il faudrait être docteur en philosophie pour être ministre de l’Éducation. Vous réalisez la chance que nous avons au Québec? Docteur en philo, c’est précisément le titre académique de François Blais, ministre de l’Éducation dans le gouvernement Couillard! Celui-là même qui s’est fait reprocher de n’avoir jamais visité une école de Montréal; celui qui a dit qu’il serait «maladroit» de réinvestir maintenant en éducation. La compétence à son zénith, mesdames et messieurs.

Yves Bolduc, l’ancien ministre de la Santé et de l’Éducation, Monsieur Controverse, compétent dites-vous? On frôlait le génie. Comme médecin, professeur et gestionnaire dans plusieurs régions, sa réputation était extraordinaire. Jean Charest avait réussi un coup de maître en le recrutant.

Si on veut un jour atteindre la normalité, il faut commencer par créer le précédent.

Martin Coiteux, le puissant président du Conseil du trésor. Lui, il est incompétent! Tellement, que des employés de l’État se lèvent la nuit pour le haïr. Mais ce docteur en économie internationale, diplômé en Suisse, s’est imposé comme le plus efficace porte-parole du gouvernement Couillard. À sa première expérience politique, il évolue avec aisance sous un feu nourri, défendant avec un aplomb sans failles le cadre budgétaire du gouvernement.

Stéphane Dion, nouveau ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Trudeau. Un autre intellectuel de haut vol. Voué aux gémonies par les souverainistes pour la Loi sur la clarté référendaire du gouvernement Chrétien, réhabilité comme ministre de l’Environnement, chef du PLC lors de la cruelle défaite de 2008, sa nomination de la semaine dernière a été quasi unanimement applaudie comme le retour en grâce d’un homme de talent.

Plus d’intuition que de science

Quelques exemples pour montrer que la compétence n’est pas ce phare dans la nuit, garantie d’un solide gouvernement. Elle est extrêmement difficile à évaluer. Sa définition change selon les circonstances et les allégeances. On ne sait jamais comment réagira une recrue dans la fosse aux lions du Parlement.

Un premier ministre forme son cabinet avec plus d’intuition que de science. Il espérera avoir la main heureuse et voudra exprimer une vision. La moitié de la population devrait former la moitié du gouvernement, parce qu’on est en 2015. On force un peu, oui, mais si on veut un jour atteindre la normalité, il faut commencer par créer le précédent. Le progrès naît de l’effort, pas de l’habitude.

 

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